Serpent Column - Kathodos

Chronique CD album (46:22)

chronique Serpent Column - Kathodos

Il est des artistes dans le (Black) Metal, spécialement ceux embarqués par des projets soli, qui ont un tel rythme de création que les chroniqueurs rencontrent les pires difficultés à en capturer le travail. Quand ces derniers pensent être enfin parvenus jusqu’à eux et à leurs derniers efforts, voilà que ces artistes prolifiques sont déjà plus loin. L’exemple le plus significatif, le plus grossier même, est le russe WV avec son projet Wintaar : on en est à 23 albums et 10 splits depuis… 2017. Avec, le dernier en date, Our World Is A Grave, sorti le 12 décembre 2020, soit son neuvième … pour cette seule année ! Donc, pour lui, ma réponse est prompte et définitive : « I quit » !

 

Le découragement était sur le point de l’emporter avec un autre fou furieux de la compo : Theophonos et son projet avant-gardiste Serpent Column. Sans être aussi exagérément généreux que ce Russe – soit écrit en passant je suis à deux doigts de qualifier un tel flot de « diarrhée créatrice » –, le rythme de cet Américain n’en demeure pas moins très soutenu avec 3 albums et deux EP en cinq ans. Ne voulant pas trop séparer le temps de la sortie et de la rédaction de mes textes, j’avais laissé tomber avec pas mal de regrets la chronique de son album sorti en septembre 2019 : Mirror In Darkness. Heureusement, la prolificité de Theophonos en 2020 avec son EP Endless Detainment (mars) et son 3e album Kathodos (septembre), toujours soutenu par Mystískaos, m’offre l’opportunité de rattraper le coup ! En fait de faire d’une pierre trois coups !

 

Artwork de l’album Mirror In Darkness

 

Je dois bien reconnaître que Mirror In Darkness est la meilleure proposition de l’ensemble, qui, au passage, trouve dans la mythologie grecque un puissant invariant, conceptuel et illustratif. Sachez que la première approche est vertigineuse et douloureuse ; elle risque bien de vous intriguer, de vous éreinter, de vous décourager et/ou de vous agacer, et ce pour la simple raison que cet écorché vif, qui se présente lui-même comme le « Lord of Plagues », construit là une musique frénétique et dissonante, dont la violence atteint une très haute intensité, rarement entendue. L’auditeur évolue alors sur une étroite ligne de crête séparant deux versants, le premier formé d’un Black ultra agressif et implacable, le second – très saillant – d’un maelstrom sonore avant-gardiste difficile à apprivoiser. Avec comme résultat final un chaos polymorphe, un chaos techniquement maitrisé certes, mais compliqué à pénétrer.

 

Artwork de l’EP Endless Detainment

 

Les compositions d’Endless Detainment ont sans doute été créées dans un même mouvement que celles de Mirror In Darkness. Le titre éponyme de l’EP, par exemple, comporte bien des gémellités dans le riffing avec plusieurs titres de l’album de 2019 ("Mirror in Darkness", "Promise of the Polis"). Mais cet EP est bien plus concis (certes !) et surtout bien plus féroce (si, si, c’est possible !) que la proposition qui le précède. Il s’agit d’un concentré de pure rage qui porte en lui une agressivité et une intransigeance paroxysmiques qui finissent par lasser, tout du moins par abraser sérieusement les conduits auditifs !

 

Les évolutions sont plus saillantes avec Kathodos, au point de nous désorienter. Ainsi de la longue outro instrumentale de près de dix minutes, au cours desquelles Theophonos ne joue que sur quelques notes à la guitare, étirées à l’infini. Les compos s’arrondissent, se calment parfois, mais on reste dans la même trempe : un Black Metal avant-gardiste, autant dérangeant que ravageur ("Dereliction"), animé de riffs destructeurs et souvent rompu par des respirations habilement dissimulées ("Night of Absence"). Ce rageux tente de nous perdre avec ses deux premières pièces "Departure of Splinters" (la meilleure de cet album) et "Kathodos", deux titres longs auxquels succèdent en fait 8 morceaux bien plus ramassés. La cohérence demeure malgré tout. En témoignent quelques titres, dont l’écoute se veut complémentaire des autres compositions. Difficile, par exemple, d’appréhender l’aérien "Seinsverlassenheit", sans penser tout de suite au trippant et non moins court "Seinsvergessenheit" de Mirror In Darkness. Aborder les trois dernières créations de Theophonos comme un tout – ce qui n’est sans doute pas son intention de départ – s’avère fort utile, éclairant même. C’est alors que des acceptions oxymoriques concernant Theophonos s’imposent à moi, qui qualifierais très volontiers ce type déluré …

… de « violent esthète »,

de sensible furibard,

de tendre bestiasse.

 

Kathodos est certes un peu plus inégal et moins probant que Mirror In Darkness, qui aurait mérité que je me bouge les miches pour le chroniquer en temps et en heure et l’intégrer ainsi tout en haut de mon Top 2019. Mais il tire malgré tout profit du travail d’un musicien habité de je-ne-sais quelle énergie cathartique et qui est parvenu à retranscrire en musique, avec sa violence créatrice, une vie intérieure triturée, mais riche, tellement riche…

 

-Résumons (1) :

Mirror in Darkness* = 9/10

Endless Detainment** = 7/10

Kathodos*** = 7,75/10

 

-Résumons (2) :

Je vous propose un petit tri effectué dans les trois dernières sorties de Serpent Column, en vous dressant les contours de ce qui aurait pu être un album 10 titres de très très grande facture :

1. "Ausweg" *

2. "Seinsvergessenheit" *

3. "Amphiclasm" *

4. "Mirror in Darkness" *

5. "Warlords of the World to Come" *

6. "Antihelical" **

7. "Άράχναιν" **

8. "Departure of Splinters" ***

9. "Kathodos" ***

10. "Dereliction" ***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo de Seisachtheion
le 29/01/2021

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 29/01/2021 à 11:50:35

impressionnant travail d'écoute, d'analyse et de synthèse.
Je n'ai pas encore écouté mais je vais m'y pencher très vite

Seisachtheion

Seisachtheion le 29/01/2021 à 16:17:45

Merki Xuxu...
... Tout cela m'a demandé en effet quelques heures d'écoute ! Mais quel plaisir au bout du chemin ! ^^

Xuaterc

Xuaterc le 29/01/2021 à 20:24:00

Outch, Mirror In Darkness est particulièrement velu!

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