Short Fuse - Embrace Yourself

Chronique CD album (20:57)

chronique Short Fuse - Embrace Yourself

« Mèche courte.

Planque-toi, connard ! »,

conseille amènement Mallory dans Il était une fois la Révolution (film dont on trouve par ailleurs un sample dans l'excellent EP de Rosa sorti l'année dernière).

 

Comme Sergio Leone, Short Fuse (parce que c'est d'eux qu'on parle, la citation d'intro n'était donc pas complètement à côté de la plaque) viennent de Rome, pour pratiquer depuis une dizaine d'années un hardcore qui de spaghetti n'a même pas le nom.

Car sur ce nouvel EP Embrace Yourself, les Romains proposent un hardcore d'excellente facture, qui vous parlera probablement si vous avez apprécié le récent effort d'Inclination, par exemple. Dans le son comme dans la voix, on circule en effet en des territoires proches de ceux arpentés par le combo du Kentucky, et notamment du dernier morceau de leur album (« Commitment To Self »).

 

On les avait quittés il y a trois ans avec un Sink or Swim qui avait déjà fait plutôt bonne impression, assez pour que le label californien New Age Records décide de les prendre sous son aile pour ce nouveau disque.

 

Pour donner un aperçu des ingrédients composant la tambouille, une ossature hardcore assez moderne tendant régulièrement vers le 2-step constituera la masse de base, malaxée par une production au poil, presque metal, donnant parfois un aspect martial aux compos (l'intro laminoir du premier morceau « Liberation Dance », par exemple), et permettant ailleurs d'insister sur les émotions arrachées portées par un chant de très bonne facture, que l'on pourrait situer entre celui des sus-nommés Inclination et de One Step Closer, ou de Defeater.

 

On retrouve en effet sur Embrace Yourself des inclinaisons mélodiques et des façons de poser la voix qui intègrent des marges hxc mélodique vaguement screamo, et qui à mon sens permettent à Short Fuse de faire ce petit pas en avant qui était nécessaire suite à Sink or Swim, où on devinait déjà ces tendances. Ici, je les trouve bien plus fluides et consistantes.

 

Mais malgré ça, et bien que certains et certaines y trouveront un léger manque de rentre-dedans, les Romains sont loin d'avoir délaissé les racines purement hardcore de leur musique : tant au niveau des paroles (le disque commence par les mots « This is my heart I want to give to you », histoire de bien dire où on va mettre les pieds ou les oreilles) que des lignes faites pour être reprises en choeur en concert, des dynamiques de jonction du 2-step aux mosh-parts, on n'a pas trop de mal à coller une étiquette stylistique ici. Mais c'est vraiment bien foutu, ça groove de long en large.

Et puis le quintet parvient à ratisser suffisamment large entre les morceaux pour rester assez varié dans sa proposition : le côté martial du premier, le riff groovy du second avec un petit côté thrashy (et son outro lo-fi rappée), la mélodie introductive de « In Me » qui fait tout de suite penser à Drei Affen, pour un morceau suivant (« Still Counting ») beaucoup plus 'post' avec son mid-tempo et sa voix arrachée, la cavalcade hardcore de « The Fallen » (dont on peut regretter que le break ne vienne pas arracher un peu plus la gueule, car il est annoncé, et se prend à en attendre un peu plus), etc...

 

Dans les petits bémols, on pourrait évoquer un aspect presque trop propre, qui donne parfois un air de partition bien réalisée mais sans le petit quelque chose de hargneux qui fait la différence : la différence entre un clappement de mains en fin de morceaux et un claquement de dents après une directe talon-mâchoire, en gros. Une bonne dose de sincérité compense néanmoins ce petit manque de 'rawness'.

 

Mais en bref, pour moi, Embrace Yourself est une belle découverte de cette fin d'année (même s'il est sorti en mars, ahem) dans le petit monde du hardcore, qui parvient à rester frais malgré le relativement grand âge des recettes employées : mais quand c'est bon, on prend. Et chez moi, ça glisse tout seul, car il rejoint d'autres très bonnes sorties hardcore italiennes de ces derniers temps (dans sa frange plus chaotique, je ne saurais que recommander le récent album des Piémontais de Infall).

Donc voilà, si le hardcore ancré dans l'esprit DIY mais au son assez propre et 'metalisé' par endroits vous parle (et notamment les noms dont on parlait plus haut), alors jetez une oreille à ce disque de Short Fuse, il risque de vous plaire.

Juste un petit mot aussi sur la pochette, très belle, d'une sensibilité que je trouve appréciable pour illustrer un disque du style.

 

A écouter avant que la caravane passe saute.

photo de Pingouins
le 11/01/2023

4 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 11/01/2023 à 17:40:16

"Un hardcore qui de spaghetti n'a même pas le nom." : déjà la chro débute aux p'tits oignons. J'adore. Après cette génération de groupes ne sent plus la Kro à 3 boules le litre et demi mais la Brew Dog à 4 euros les 33 cl. C'est très bien fait, oui, à l'aire du numérique, mais en écoutant, on n'a pas envie de se bagarrer dans une ruelle qui craint, juste de faire de la corde à sauter à la salle avec les copains. Je comprends absolument que ça peut plaire (en fait je m'en cogne mais avec un gros bisou quand même), cependant, il n'y pas d'âme tellement tout est millimétré. Triste génération et  je suis un vieux con.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 11/01/2023 à 17:41:59

Du coup, je retourne écouter BROKEN BOMB, qui sue la passion et la sueur.

Pingouins

Pingouins le 11/01/2023 à 17:53:43

Yep, c'est exactement ce que je pose en disant qu'il y a des "petits bémols, on pourrait évoquer un aspect presque trop propre, qui donne parfois un air de partition bien réalisée mais sans le petit quelque chose de hargneux qui fait la différence : la différence entre un clappement de mains en fin de morceaux et un claquement de dents après une directe talon-mâchoire".
Et je pensais justement à toi en écrivant la chronique, à propos de ça, parce que je suis assez d'accord, même si le disque me plaît vraiment bien !
A voir le rendu en concert, j'ai failli pouvoir les voir à Rome mais les dates ne calaient pas à quelques jours près.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 11/01/2023 à 18:27:33

"Et je pensais justement à toi en écrivant la chronique" : mmmmm c'est hot tout ça.

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