Syndrome 81 - prisons imaginaires

Chronique CD album (30:45)

chronique Syndrome 81 - prisons imaginaires

Syndrome 81 me donne enfin l’occasion avec la sortie de leur premier album Prisons imaginaires d’écrire sur un Post-Punk qui fait Oï Oï dans mon cœur. Originaire de Brest, Syndrome pour les familiers, est devenu depuis la sortie de ce morceau de bravoure qu’était Béton Nostalgie le représentant indiscutable d’une scène cultivant le revival Post-Punk. Litovsk, Demain, Secteur Pavé ou tout récemment les Méssins de Oï Boys rejouent le punk des aïeux au travers d’un Post-Punk de la Street. L'ambiance générale sur Prisons imaginaires : la rue est froide et venteuse, la nostalgie embarquée dans la canette et le sabordage fatale devant un réalisme social désabusé.

 

Le Punk Brestois jouit d’une aura qu’il n’est plus à démontré, aussi c’est notoire, la Bretagne à le rock chevillé à sa culture, et sa proximité avec l'Angleterre lui a toujours été inspirante. Une identité Punk très marquée et que l’on peut célébrer à Brest dans des lieux aussi chaleureux et emblématiques que le Café de la Plage ou encore le P’tit Minou. Le rapport qu’entretien Syndrome avec la ville qui l’a vu naître m’a toujours été attachant. A mi-chemin entre lassitude urbaine et attachement profond. Un fort sentiment d’appartenance « Toujours à l’Ouest » mais un rapport social ambivalent; la fierté chauvine est absente et la culture quotidienne souvent morose mais toujours objet de combat « Sur la Brèche ». Une identité heureuse, qui ne se la raconte pas, ne se lamente pas mais qui, s’appuyant sur la grisaille ambiante, les déboires affectifs, les désillusions sociales, la virulence du climat et l'amour pour le Punk donne toujours le sentiment d'en être; Prisons imaginaires c'est l'intimité Punk Brestoise dans laquelle peut se reconnaître la famille élargie.

 

Sur le plan strictement musical, la basse est solidement arrimée tel un Brestouô à sa culture locale, les guitares sont clinquantes, rugueuses et vintages à la fois avec une utilisation répétée du Chorus, conséquence du côté retro Post-Punk. La batterie fait les Poum/Tchaks de circonstances sans aucun superflu et tient une ligne rythmique dont la sobriété n’a d’égal que sa vélocité. Vélocité toute retenue mais entraînantes grâce aux concours de riffs appuyés et coulés dans le béton. Les riffs sont à la portée de tous bon keupon respectant les idées d’accessibilité et d’épure musicale. Le minimalisme et l’énergie restent la première des motivations avec toujours cette envie de dresser une série de constats sociaux malheureux. Des considérations sur la merditude du passé, l’incertitude de l’avenir et un présent pas plus reluisant : « Vivre et mourir dans cette putain de France. » Des titres et des textes hypers catchy, ou le sens de la formule et les slogans devraient inspirer davantage les clubs de supporters et leurs chants infamants. Petit aparté footballistique car on connait l’attachement de Syndrome pour le Stade Brestois, un attrait pour le ballon et la culture de classe qui va avec.

Au chant on retrouve Fabrice qui a fumé un chanteur Oï quand il en était encore à gerber ses premières tripes. Une voix étouffée mais arrachée, que tu prends souvent pleine carafe et qui traduit très bien la merditude du propos.

 

Un petit florilège de quelques lignes inspirées :

 

 « L’océan à l’horizon, le béton ma prison ».

« Et dans les rues de Brest, j’ai cramé ma jeunesse, et dans les rues de Brest j’ai prolongé l’ivresse ».

« C’est marche où crève, y-a pas de sentiments, violence violence, violence sociale ! ».

« Au cœur du béton froid, je pense à toi ».

 

L’album se conclura sur « Lumière magnétique », un titre Street Wave que les Oï Boys aurait pu compter dans sa récente discographie. Prisons Imaginaires est un album à la croisée des chemins, entre épaisseur et dureté Oï, nostalgie et sensibilité Post-Punk et réalisme de la Street. Une expression Punk désenchantée, dans la plus pure tradition Post-Punk et qui se nourrit de la mélancolie et de la poésie urbaine.

 

La Bretagne est une région qui à la côte c’est évident, l’enclave Brestoise un peu moins, et pourtant son littoral somptueux, ses rades ou l'interconnaissance existe encore, ses habitants.es chaleureux.ses, ses visages charmants burinés par des existences rugueuses et des vents violents, sa culture Punk unique  etc., ont su construire dans mon esprit des représentations sociales et esthétiques à jamais positives. Prisons Imaginaires est une valeur sûre, le témoignage que le Punk se porte toujours très très bien à l’autre bout du monde. 

photo de Freaks
le 15/06/2022

5 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 15/06/2022 à 11:29:44

C'est beau.

Freaks

Freaks le 15/06/2022 à 19:21:45

C'est rare mais là on tombe d'accord aha ! ;) 

Freaks

Freaks le 15/06/2022 à 19:27:26

J'avais un peu peur, le dernier était pas très marquant.. Là on est bon

daminoux

daminoux le 16/06/2022 à 08:57:27

c'est un album qui tourne en boucle chez moi. 

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 16/06/2022 à 20:12:39

Un bon pti bout de plaisir ;)

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