The Men - Tomorrow's Hits

chronique The Men - Tomorrow's Hits

Bon oui, je sais, ce disque est sorti en 2014 et, oui je sais, c’est pas forcément pertinent de causer d’un album moyen (je sais que vous avez déjà lu la note) avec presque deux ans de retard. A la rigueur, quand il s’agit d’une découverte tardive, cela peut encore se justifier mais, dans le cas présent, la raison pour laquelle ce disque n’atterrit sur ma platine qu’aujourd’hui c’est que leur avant-dernier album, « Open your heart » (chroniqué dans ces pages), la squattait pas mal depuis plusieurs années sans susciter en moi l’envie d’écouter quelque autre oeuvre du groupe tant celle-ci m’arrachait la gueule. Il aura juste fallu que mon redac’ chef nous demande gentiment de vider ses cartons de CD promo et que je réponde présent pour me retrouver avec cette galette dans les mains.

 

Et donc, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière est sacrément désarçonnante de mon point de vue. Mais bordel de dieu, qu’est ce qui a bien pu se passer dans la tronche des quatre punks états-uniens pour opérer un virage aussi radical en à peine deux ans (2012 – 2014) ?

 

Après les quelques premières écoutes de rigueur du reviewer bénévole et moyen que je suis, le seul élément de ce disque qui obtient ma totale approbation, c’est l’humour et le décalage dont les gars ont fait preuve dans le choix du titre du disque, mais j’y reviendrai. Par ailleurs le son est super cool, les compos, ultra bien écrites et jouées. Pour tout le reste, il semblerait que the Men aient décidé de porter leur regard vers les racines de leurs racines et remontent le temps bien violemment sur ce disque.  Mais si l’hommage que le quatuor pouvait faire au punk, au garage, au rock psychédélique, au post-punk & consorts sur leurs précédents disques était sans cesse dynamité par une certaine folie et par une urgence qui semblaient inépuisables, ici c’est vers le rock des 60’s (voire early 70's) que le groupe tend. Pour ce qui est de la folie et de l’urgence par contre, elles ont toutes deux laissé la place à une exécution, certes relativement énergique, mais trop propre, trop léchée et passablement empâtée dans ce qui ressemble à une grosse zone de confort (ou à un jam sans fin dans le local de repet’, à vous de voir). Coté name dropping, histoire d’évacuer très vite cet aspect, je citerai allègrement Neil Young, période Crazy Horse en tête, Bob Dylan , les Beach Boys, les Byrds ou encore Bruce Springsteen.

 

Alors oui, on a quand même vu bien pire comme références et l’hommage demeure foutrement bluffant de maîtrise et de rigueur : on traverse donc allègrement ici les contrées de la folk, de l’americana, du surf rock primal et du proto punk des origines. Ouais, ouais, il y a même de l’harmonica et du saxophone, plein ! Mais sans vouloir passer pour un jeune con (et putain, j’ai plus l’habitude), je suis pas du tout certain qu’un pareil disque puisse véritablement parler à qui que ce soit d’autre qu’à mon daron. Et encore, contrairement à d’autres vieux machins comme le punk et le post punk (oui, on en parlait plus haut), ce rock à papa dont il est question ici n’a été que très peu nourri depuis les 70’s et ne peut sortir que très difficilement du simple hommage. Je n’y vois aucune flamme, aucune perpétuation, aucune folie, aucune urgence… Rien de très vivant à défaut d’être innovant donc. Du coup, j’ai bien peur que même mon papa chéri ne finisse son écoute en me disant « ouais c’est pas mal ton truc. Ça ressemble beaucoup à Dylan tout ça mais bon,c'est quand même un peu mou par rapport aux trucs d'aujourd'hui, non?... C'est des potes à toi, ils sont connus ? ».

 

Et c’est là que je vais faire une remarque de gros capitaliste de gauche (mais si c’est possible, vous lisez pas les journeaux ?) : les disques de the Men sont signés chez Sacred Bones, un foutu bon label que l’on ne peut que saluer pour son audace, son éclectisme, sa clairvoyance et ses partis pris esthétiques. Il se trouve aussi que le groupe se pose un peu en fer de lance tant il semble constituer les plus grosses ventes du label : il est donc d’autant plus étonnant de voir the Men s’engager sur cette voie avec  l’aval d’une maison de disque aussi avant-gardiste que la musique qu’ils nous proposent est maintenant aux antipodes de tout ce qui fait le sel des sorties habituelles de cette dernière. Par ailleurs, fait étonnant : ce disque, même s'il est le dernier album studio du groupe, a été enregistré avant New Moon (l'avant-dernier, qui était déjà pas top à mes yeux, vous suivez ?). On peut donc se demander si le groupe croit lui même en ce disque ou si ce dernier ne constitue pas au moins une sorte de parenthèse dans son évolution musicale. Du moins, on l'espère car au final, Tomorrow’s Hits n’est pas un mauvais album et si l’ironie qui oppose son titre (« les hits de demain »… Je vous avais dit qu’on y reviendrait) à l’âge maintenant très avancé du rock auquel il rend hommage semble sous-entendre plus sérieusement qu’aux yeux du groupe, l’avenir de la musique est aussi ici, j’avouerai sans honte que je ne les suivrai pas sur cette voie, à mes yeux bien trop ennuyeuse et soporifique. Dommage.

photo de Swarm
le 27/02/2016

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