Morbid Angel - Altars of Madness

Chronique CD album (51:16)

chronique Morbid Angel - Altars of Madness

Bienvenue, mes bien chers frères, mes très chères sœurs, dans la chapelle des goules. En ce dimanche de célébration de nos premières amours musicales, il convient de rendre grâce à l’un de ces pionniers sans lesquels le présent édifice, au sein duquel nous venons quotidiennement nous recueillir et faire nos auriculaires ablutions, n’existerait pas. Ou du moins pas tel qu’on le connait. Si, en l’an de grâce 2021, Morbid Angel n’est plus vraiment considéré comme notre Père au plus haut des cieux – Kingdoms Disdained n’ayant pas le panache d’un Throes of Joy in the Jaws of Defeatism, ou même d’un Overtures of Blasphemy – il a longtemps été considéré comme l’un des grands patrons, surtout par ceux qui apprécient leur Death metal sulfureux et tortueusement technique. Et le Altars of Madness vers lequel convergent aujourd’hui nos louanges est le premier d’une série de 3 (voire de 4 ou de 5 selon le fidèle avec lequel vous entreprenez des débats théologico-musicaux) albums référentiels qui gardent – 32 ans après, pour celui-ci – le même impact.

 

Obligé: le jeune Bryan nous lit peut-être, il faut donc rappeler 2 ou 3 des événements qui ont fait l’Histoire. Alors voilà.

* Au commencement était Tampa, Floride. C'est en ce lieu mille fois saint que Trey Azagthoth – ze guitariste de légende, qui reste aujourd’hui seul aux commandes – et Mike Browning – batteur qui quittera le groupe en 1986 suite à une embrouille bassement zyva-il-a-niqué-ma-meuf-c’batard et ira fonder le presqu’autant légendaire Nocturnus – créèrent Morbid Angel

* Dès 1986, nos jeunes prophètes du Metal de la Mort enregistrent Abominations of Desolation, opus qui n’obtiendra pas le statut de premier album officiel tant il ne répond finalement pas à leurs exigeantes attentes (il ne sortira officiellement que plus tard, en 1991)

* En 1986 toujours débarque un deuxième guitariste, Richard Brunelle, suivi de peu par l’iconique bassiste/vocaliste David Vincent, puis par la machine à blaster Pete "Commando" Sandoval, fondateur de Terrorizer

* La pochette qui ornemente l’objet de nos présentes attentions est la toute première que le cultissime Dan Seagrave ait réalisé pour un groupe de Death Metal

Fin du cours d’histoire, retour du cours de musique.

 

Alors voyons: pourquoi diable ces presque quarante minutes de musique ont-elles eu un tel impact, aussi bien sur la scène Black Metal nord-européenne que sur de grands noms comme Nile, Gojira, Krisiun , Gorguts (on s’arrête sur un bon vieux « etc » sinon il y en a pour des heures) ainsi que sur l’ensemble de l’« école Polonaise » (Vader, Trauma, Behemoth, Hate)? Du fait de l’excellence d’une majorité des morceaux proposés, évidemment (on y revient dans le paragraphe suivant), mais pas seulement. C’est aussi du fait de cette aura méphitique se dégageant de riffs malsains, de textes occulto-blasphématoires, d’imprécations acides et véhémentes, ainsi que d’une production entretenant avec à propos – volontairement ou non, je vous parle d’un temps… – d’épaisses couches de brumes sulfuriques autour des enceintes de nos jeunes suppôts de Satan. Imaginez, vous qui tutoyez la vingtaine, qu’à l’époque les jeunes métalleux qui enfournaient la K7 dans leur walkman ressentaient d’ambigus frissons mêlant appréhension de flirter ainsi avec le Malin et plaisir de goûter à la toute-puissance d’une musique quasi-surnaturelle. Le groupe faisait peur, un peu comme Deicide quelques temps plus tard. Et pour nous profaner les oreilles, plutôt que de gesticuler tels les punks lucifériens de Venom – dont les simagrées compensaient une assise technique approximative –, les Floridiens sortent le grand jeu. Une batterie qui blaste comme on n’avait jamais blasté jusqu’alors, se lançant régulièrement dans des excès chaotiques frôlant les tempos du Grind (on vous le disait ci-dessus, Mr Sandoval vient de Terrorizer) mais sachant également accompagner les mélodies dans leurs ralentissements les plus maladifs. Et une guitare – celle de Trey Azagthoth – aux nombreux solos complètement hallucinés, qui ajoute une touche lovecraftienne aux excès précédemment initiés par Slayer (Trey avouera avoir beaucoup puisé dans la musique psychédélique d’un Pink Floyd – et dans les drogues qui vont avec? – pour accoucher de ces leads inhumains). En cette lointaine période de folle insouciance, le but de l’ange morbide en chef était alors sans ambiguïté: pousser le genre dans ses derniers retranchements pour se démarquer de ses pairs et ainsi définir de nouveaux standards dans les musiques extrêmes.

 

Ce postulat de base étant posé, il faut encore disposer de la matière première – une muse au top! – pour effectivement conquérir cœurs et oreilles et pouvoir alors prétendre à juste titre livrer une pierre angulaire discographique (...anguleuse ou circulaire, du coup?). Et sur ce terrain, nul risque de pénurie: Altars of Madness regorge de ces assauts séducteurs à même de convertir les plus récalcitrants des gros blasés. C’est sur la pulsation infernale de cymbales chuintantes (effet a priori obtenu en jouant la piste de batterie à l’envers) que l’auditeur pousse les portes des enfers marquant l'entrée d’« Immortal Rites ». Véhémence maléfique, attaques de biais, regard conquérant, assauts frénétiques: le Grand Cornu n’est pas content et le fait savoir bruyamment. Sur « Suffocation » le groupe emmène un cran plus loin le jeu des contrastes en enfermant l’auditeur dans un sarcophage oppressant, puis en le libérant ponctuellement, selon son humeur, à l’occasion d’explosions mélodiquement véloces et aussi sexy que méchantes (attention, orgasme à 0:47!). Le bouillonnement furieux ouvrant « Visions from the Dark Side » alterne lui aussi avec des descentes plus retorses, puis laisse la place à des twins dont le froid éclat préfigure ce que sera le son de Dissection quelques années plus tard, avant d’aboutir, à 0:37, à une pluie de coups d’estoc méthodiques et successifs. Le démon est fier, impérial et sans pitié!

 

Démarrant sur une mélodie visqueusement légendaire, l'incontournable « Maze of Torment » continue de marier le chaud et le froid, la méchanceté frontale et les détours malaisants. C’est à son terme que, si l’on vous a sommé de trouver des morceaux « mineurs » sur Altars of Madness, tout va se jouer: en effet les frissons procurés par « Lord of All Fevers & Plague » sont un brin moins intenses que la moyenne (même si ses « iak Youpi iak Youpla » sont carrément sympas), la même chose pouvant également être dite un poil plus loin à propos du un peu trop basiquement furieux (toutes proportions gardées) « Bleed for the Devil ». Entre les deux, « Chapel of Ghouls » est un autre de ces morceaux de légende qui, bien que démarrant en des terres particulièrement retorses, atteint à plusieurs reprises des hauteurs transcendantes. L’une de celles-ci – à 1:49 –  laisse le champ libre à un synthé lugubre habituellement plus discret (quoiqu’on l’avait déjà deviné sur « Immortal Rites »). Et la suite de rester d’un niveau toujours aussi élevé, avec pour commencer un « Damnation » qui continue de nous repousser dans nos derniers retranchements mais nous offre pourtant un refrain particulièrement catchy. « Blasphemy » s’avère particulièrement fougueux, à la limite de la sortie de route, mais sait ménager ses effets, jouant avec une distorsion évoluant en va et vient, proposant une mélodie tout en hésitations sexy (à 1:31), et finissant sobrement mais de manière étrangement dérangeante sur un son de clochettes déformées. Et pour clore les ébats comme les débats, « Evil Spells » dégaine une dernière mélodie à l’inoubliable et noire majesté. On lui reprochera juste de ne pas ressortir celle-ci une dernière fois à l’approche de la ligne d’arrivée, au lieu de cette ultime séance de pataugeage dans le caoutchouc fondu...

 

Afin de défendre dignement ce coup de maître, Morbid Angel passera deux ans sur les routes en compagnie de nombreux groupes dont Napalm Death, Bolt Thrower, Pantera, Obituary, Atheist mais aussi Death Angel, Forbidden ou encore Sarcófago. Et loin de sortir fatigués ou assagis de ce marathon, les Floridiens n’en reviendront que plus inspirés et déterminés pour leur deuxième album. Mais de cela on recausera, mes bien chers frères, mes très chères sœurs, lors d’une prochaine séance de nostalgie dominicale…

 

 

PS: pour info les 3 remix fournis en bonus de certaines éditions ne changent pas la face des morceaux en question...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: avec Altars of Madness, l’encore balbutiante scène Death Metal devient experte en confection de tartare de démon sauce Belzébuth. Des solos sortis de la 4e dimension, une batterie ajoutant quelques BPM aux records alors en vigueur, de pleines brouettes de blasphèmes marinés dans la bile, des louvoiements malsains alternant avec des explosions acides, et le plus important: des morceaux légendaires comme s’il en pleuvait… Voilà les ingrédients avec lesquels a été mitonnée cette légende du Metal extrême.

photo de Cglaume
le 31/01/2021

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 31/01/2021 à 11:46:53

Une chtite micro préférence pour le suivant mais ça reste un classique

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