Tomahawk - Tonic Immobility

Chronique CD album (03:29)

chronique Tomahawk - Tonic Immobility

« Thomas Wok ? Euh... l'artiste franco-coréen ? »

 

Oui alors non : faudrait voir à pas exagérer quand même. Certes, je dois l'avouer : quoique grand admirateur de Patton pour tout ce qu'il a fait au sein de Faith No More et Mr. Bungle, j'ai plus ou moins volontairement zappé une grande partie des autres projets qu'il a entrepris... Mais il y a des limites à l'ignorance crasse : j’ai évidemment déjà entendu parler de Thomas… Euh, de Tomahawk. Le truc c’est que, étant d'une génération où il fallait payer pour accéder à la musique, j'ai gardé cette façon parcimonieuse d’aborder les nouveautés, ainsi qu'un amour certain pour le format physique, ceci pendant trèèèèès longtemps... Avant de finalement succomber et profiter pleinement de la surabondance quasi-obscène que le web offre aux amoureux de musique. Contraint pendant longtemps par cette limitation historico-financiéro-culturelle, je n'ai donc fait que survoler les discographies de Fantômas, Peeping Tom et Tomahawk. Et pour tout dire, les quelques fois où il fut possible de s’investir dans certains projets de Monseigneur Patton, cela ne s’avéra pas toujours hyper concluant (cf. le premier album de tētēma). Alors en effet, bien que grand nawakophile devant l'éternel, je connais mal le groupe dont il est aujourd’hui question. Mais après tout cette situation paradoxale est relativement raccord avec la thématique oxymoresque du titre Tonic Immobility. Nous ferons donc feu de ce bois et de l'indisponibilité de Tookie (qui avait chroniqué Oddfellows) pour justifier que ce soit ma pomme qui vous cause de ce nouvel album.

 

… Mais trêve de justifications piteuses, et hardi les scalps !

 

Pas de changement de personnel depuis l’épisode précédent: la fine équipe qui propose ici 12 titres nouveaux est constituée de – outre le grand manitou qui a tendance à capter toute l'attention, cf. le chapitre précédent – Duane Denison (The Jesus Lizard) à la guitare, John Stanier (ex-Helmet) à la batterie, et Trevor Dunn (Mr. Bungle, Melvins, Fantômas) à la basse. « Belle brochette » se dit le bleu bite découvrant ce line-up. Et ma fois il a bien raison. Pour ce cinquième retour en studio, point de concept contraignant (cf. la thématique « Tipis & Squaws » d'Anonymous) mais un groupe néanmoins particulièrement focalisé, qui évite les expérimentations hasardeuses tout en s'autorisant des craquages ponctuels, et qui s'attache à écrire de bons titres d'un Rock/Metal qu'on qualifiera d'alternatif à défaut de mieux, tout en laissant certaines compos s'imprégner des paysages du Grand Ouest ricain – en parfaite cohérence avec 1) la thématique Western & Native Americans de toujours et 2) le côté « cinématique » revendiqué par les 4.

 

Autre caractéristique de cette très relative « Immobilité » : une tension latente, quasi omniprésente, parfois inquiétante. Ce stimulant inconfort nerveux, allié à la basse très présente de Trevor, donne parfois l’impression de se trouver plongé au sein de la discographie de Polkadot Cadaver, le niveau d’agression sonore étant néanmoins beaucoup moins élevé. Et la bande des quatre de mettre à profit cette formule gagnante sur une triplette introductive particulièrement énorme. Ainsi « SHHH ! » démarre l’intrigue sur une séance de pointillisme basse / guitare particulièrement flippé instaurant d’entrée un suspense insoutenable. Si la tension ne faiblit pas sur « Valentine Shine », le groupe y opte pour un Rock plus rond, à la pulsation motrice ronronnante, notre agresseur s’avérant manifestement être d’origine féline. « Predators & Scavengers » continue l’interrogatoire en nous envoyant de stimulantes décharges électriques riffées directement dans la colonne, ceci tout en jouant l’intimidation (Mike est très convainquant dans le rôle du bad cop particulièrement allumé).

 

En continuant à ce niveau, Tonic Immobility aurait sans doute pu être considéré comme une nouvelle pierre angulaire consolidant le socle d’un totem déjà révéré par beaucoup. Sauf que par la suite Tomahawk décide de varier le niveau d’intensité. « Doomsday Fatigue » et « Tattoo Zero » sont par exemple plus portés sur l’introspection au grand air, sous le porche, en hamac ou rocking chair, tandis qu’« Eureka » nous plonge dans un demi-sommeil sous-marin sans réussir à nous relaxer tant cette plongée descend profondément en eaux troubles. « Fatback » continue certes sur la lancée du trio de tête, mais sa démarche en crabe lui enlève quelques points de tubosité. « Sidewinder » joue le minimalisme, son piano au moral miné évoquant une version morose de « Easy » (reprise célébrissime de l’« autre groupe »), avant de partir se taper tristement la tête contre les murs de la chambre capitonnée. « Howlie » avance avec une élégance feutrée, pointe des pieds et escarpins cirés, l’attitude étant frondeuse mais contenue… Ce titre sent le malfrat de cinéma, mais ne décolle pas du statut de bon élève de tracklist qui-pourrait-néanmoins-faire-encore-mieux. Et la remarque s’avère également valable pour « DogEatDog », croustillant mais finalement simple, et ne répondant pas tout à fait aux critères exigeants qui caractérisent les titres « majeurs ». Ce qui ne nous laisse finalement plus que deux autres « gros » morceaux : « Business Casual », premier single négociant bien mieux sa démarche sournoise que « Fatback », et à un degré moindre « Recoil », plus fragile, mais remplissant son rôle d’agitateur de foulard (un album référentiel aurait requis plus de panache pour son tomber de rideau, mais pour un « simple » très bon opus, cette ultime piste suffit).

 

Si les fans espèrent naturellement que chaque nouvel album de leurs artiste fétiche sera l'équivalent d'un gueuleton de folie dans un restaurant étoilé, ils risquent de voir Tonic Immobility comme un goûter gourmand dans un salon de thé à la mode – dans lequel, il faut le reconnaître, les macarons déchirent. Bref, on se régale franchement à l'écoute de ce Tomahawk nouveau. Mais si l'on ne disposait que de trois tiroirs étiquetés respectivement « Anodins » / « Sympas » / « Brillants » pour ranger nos Cds, on serait bien embêté au moment de choisir dans lequel des deux derniers ranger ce cinquième album. Dans « Brillants », évidemment. Mais on reste quand même un peu frustré en sentant qu’il y avait moyen de faire encore plus gros...

 

Alors pour résumer ces contorsions chroniquatoires trop pleines de c-est-vachement-bien-mais-ça-pourrait-être-encore-mieux, on dira simplement que Tonic Immobility est un peu le Sol Invictus de Tomahawk. Ce qui offre quand même une perspective particulièrement réjouissante pour les fans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: en découvrant Tonic Immobility – notamment ces 3 excellents premiers titres, crénom ! – on se dit qu’on tient là quelques choses de vraiment gros. Puis, tout en déroulant la tracklist et en continuant de kiffer, on se met à relativiser un peu. Tonic Immobility, c’est miam, c’est MIAM même… Sans être non plus vraiment divin. C’est un peu le Sol Invictus de Tomahawk dira-t-on.

photo de Cglaume
le 18/03/2021

1 COMMENTAIRE

pidji

pidji le 18/03/2021 à 11:04:30

Celui-là il m'intrigue. Hâte de l'entendre dans son intégralité.

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