ANTHRAX - Persistence of TimeDemandez donc au métalleux du coin – tiens, lui là, avec sa veste à patches Overkill / Iron Maiden / Megadeth et ses vieilles Adidas mitées – quel album représente pour lui le mieux le bon vieux temps, quand Anthrax méritait sans discussion possible sa place au sein du Big 4 of Thrash Metal. Dix euros qu’il va vous répondre « Among the Living », ou bien alors « State of Euphoria », voire « Spreading the Disease ». Peu de chance par contre qu'il vous parle de « Persistence of Time », dernier véritable album avec Joe Belladonna au poste de préposé au lancer de postillons, et jalon assez unanimement boudé de la discographie du groupe. Pourtant cet album n'a pas franchement les caractéristiques classiques du vilain petit canard, loin de là.
Alors pourquoi tant de haine, voire pire, d'indifférence? Peut-être à cause d'une coloration un peu moins ouvertement « fun, tongs & bermudas » qu’auparavant? Ou parce qu'il termine une période controversée, Belladonna n'ayant jamais fait l'unanimité dans les rangs des fans du groupe? Quoiqu’il en soit, ce qui a fait le succès des opus précédents est encore une fois là et bien là. Du morceau joyeux et speedé qui file à la fois la patate et la banane (Anthrax, inventeur du thrash maraîcher, pour vous servir) avec « Got the Time » – une reprise de Joe Jackson. Du brûlot calibré et accrocheur avec « Blood », « Keep It in the Family », « In My World » (quel début d’album mes aïeux!) ou encore l’excellent « Belly of the Beast ». De sympathiques et systématiques soli made in Dan Spitz, dont l'impact se fait tout particulièrement ressentir sur « In My World » et « Gridlock ». De la basse énergisante sans cesse à l'affût – même qu’elle se paie le luxe d'un solo sur la fin de « Got the Time ». Des refrains et autres lignes de chant qui collent aux neurones et sortent spontanément de nos gosiers enthousiastes, limite à l'insu de notre plein gré (« I'm not afraiiiiiiid, I'm not afraiiiiiiiid …. », « Brothers in, Brothers in, Bothers in bloooooood », « One – man – stands – for – life » ...)
Mais peut-être le groupe aurait-il dû ne pas retirer aussi ostensiblement son gros nez rouge et sa chemise hawaïenne, alors que c’est l’accoutrement dans lequel les fans voulaient encore et toujours le voir. Peut-être aurait-il dû également éviter de nous sortir un « H8 Red » sombre et peu engageant. Peut-être aurait-il dû se décider à bâillonner encore un plus tôt que prévu le père Joe afin qu’il ne ruine pas un « Discharge » conclusif au potentiel certain mais desservi par un refrain moisi. Peut-être aurait-il dû éviter le mélange des genres bancal d’un « Gridlock » qui semble initialement vouloir déchaîner un ouragan d’evil thrash à la Sodom pour finalement perdre définitivement toute crédibilité après la barre de la minute, la faute à une batterie et un chant clownesques en total décalage, qui ramènent ce missile pourtant potentiellement mortel au rang de gros pétard inoffensif pour cérémonie du 14 Juillet à Campailloux les Bains. Et peut-être les fans commençaient-il à en avoir ras le short de ce riffing à la touche certes si particulière, mais sans véritable profondeur (au 1er sens du terme), « scolaire » presque, qui suit de manière un peu trop besogneuse la trame rythmique sans presque jamais penser « texture » ou « ambiance ». Allez savoir …
Toujours utile que cet album reste sur la touche dès qu’on évoque la discographie du groupe, et qu’il ne passionne que rarement les foules une fois sorti du placard. Certes, il n’est pas exempt de défauts, mais en dehors d’une teinte plus sombre qu’à l’accoutumée, qu’est-ce qui, tout bien pesé, différencie si radicalement « Persistence of Time » de ses prédécesseurs? Pas grand-chose à vrai dire… Ici réside donc pour moi l’une de ces énigmatiques injustices comme il en existe bien d’autres dans la sphère metal (Comment Coroner a-t-il pu être autant ignoré à l’époque? Comment peut-on rester aussi populaire en sortant des bouses comme « Load » et « Reload »? Comment Ozzy Osbourne peut il tenir pendant tout un concert sans que personne ne vienne lui changer sa couche?), d’autant plus énigmatique que j’avoue avoir moi-même tendance à me laisser aller à la dynamique générale en zappant inconsciemment l’album quand il s’agit de s’en retourner mosher en compagnie de la bande à Scott Ian. Toujours utile que l’album assure sans faillir son rôle de charnière en faisant le grand écart entre la ligne « fun & jeune » de l’époque Belladonna, et l’approche plus mature d’un « The Sound of White Noise ». Maintenant, si ce n’est déjà fait, profitez donc de cette chronique pour redonner une chance à un album un peu trop vite laissé sur le bas côté … Les autres chroniques du groupe Anthrax : - Anthrax - Among the Living (1987) |
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[page du groupe Anthrax] Support : CD album Tracklist : 01. Time Année : 1990 Label :Island Records Durée : 58:50 Lieu d'enregistrement : A&M Studios & Conway Studios |
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