American Heritage - Sedentary

American Heritage - "Sedentary"
chronique American Heritage - Sedentary

Une des plus douces inventions de l’homme en ce bas monde reste de nos jours curieusement méconnue et/ou mésestimée de ce coté de l’atlantique. En effet, tout a commencé le jour où une ribambelle de connards américains a essayé de désamorcer le processus inexorable qui menait le hardcore libérateur des années 80 dans les sillons complexes et intellectuels du post hardcore et du noise alternatif 90’s en proposant une interprétation jouissive, décomplexée et explosive du bouillon primordial. On en a vu des groupes comme Craw ou comme Keelhaul qui eux aussi avaient fini par maîtriser à la perfection leurs instruments mais préféraient tout de même continuer à proposer du fun en barre plutôt que de saouler leur public avec je ne sais quel problème politique ou éthique. D’ailleurs c’est pas pour rien si beaucoup de ces groupes se passaient le plus souvent d’incorporer du chant dans leur musique. Ce fût justement le cas d’American Heritage qui pendant la majeure partie de sa longue existence, se contentait de tartiner ses galettes de riffs à tiroirs et de tsunamis rythmiques pour mieux nous exprimer son indiscutable sens de la fête.

 

Mais de l’eau a coulé sous les ponts, les modes se sont succédées et nos joyeux drilles de service ont finalement craqué (certes progressivement). L’inamovible Adamn Norden s’est mis au chant depuis longtemps tout en changeant son fusil d’épaule à chaque album. Même combat pour le style : si l’on reconnaît aisément la patte du groupe au fil des disques, il est assez amusant de voir de quelle manière les étiquettes se sont succédées pour caractériser les visages successifs que le groupe a pu nous présenter. Aujourd’hui, avec Sedentary (le titre en lui même est une belle blague), la question ne se pose plus vraiment. Les intéressés eux même se sont résignés et se réclament essentiellement de la scène métal aujourd'hui (à moins que ce soit une nouvelle private joke). Autre élément indiquant la décontraction des zozos : ils n’avaient pas de bassiste pour enregistrer leur disque… Pas grave, ils en ont invité un différent sur chaque piste (et non, je n’en ferai pas la liste, le bandcamp du groupe fait ça très bien) et, à l’occasion, ces derniers poussent la chansonnette à la place d’Adamn histoire de résoudre provisoirement ses problèmes identitaires de chanteur. Il s’en sort d’ailleurs pas si mal que ça le Adamn au chant… Très loin de ses gueulantes primaires dont il tartinait les précédents disques d’American Heritage, il donne ici dans un registre assez décalé qui m’évoque un étrange mélange entre le timbre scandé de Tom Araya et la désinvolture frontale de Buzz Osbourne… C’est pas le tour de chant du siècle c’est sûr mais ça colle néanmoins un beau sourire sur mes lèvres.

 

Au niveau de la musique, on retrouve clairement cette même démarche avec un {hardcore/punk/noise/metal/trash/heavy/sludge/mes couilles} qui se caractérise surtout par un inattendu compromis entre technicité et efficacité. American Heritage nous sert en effet une musique ultra variée, ultra technique mais dont les objectifs principaux restent le fun et l'urgence (jugez en plutôt à la lecture des blagues potaches qui servent de titres de chanson au groupe). Les pistes sont sans cesse brouillées et on en arrive parfois à ne plus savoir ce que l’on est en train d’écouter… Le son lui même témoigne de plusieurs sessions studio distinctes tout en restant plus que correct (et puis merde, on en viendrait presque à s’en foutre du son sur un disque comme celui-ci). Par contre, s’il y a bien quelque chose que l’on ne cesse de faire à mesure que les titres du disque s’égrainent, c’est de bouger la tête d’avant en arrière, stupidement. Et quand le trio (+ 1 bassiste mystère) se décide à nous pondre des choses plus ambiancées,  l’essai est transformé de plus belle et les compos, sans se départir de leur efficacité jouissive, se font carrément passionnantes. Comme sur « Vaissels/Vassals » et ses boucles tribales ou encore sur le conclusif « Wwdhd » et ses mélodies entêtantes, le groupe réussit en effet à nous rappeler qu’on a tout de même affaire à de vrais musiciens et pas juste à une simple bande d’entertainers comme on en voit plein dans les soirées branchouilles, planqués derrières leur platines et leurs tubes de l’été. Parce que ouais, la vraie fraicheur, elle est là et pas ailleurs.

 

...Et un grand merci à Solar Flare pour nous proposer ce super disque en vinyle avec un chouette artwork de notre coté de l'atlantique !

photo de Swarm
le 16/01/2013

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