Azusa - Loop Of Yesterdays

Chronique CD album (36:00)

chronique Azusa - Loop Of Yesterdays

Un an et demi... Il n'a fallu qu'à peine un an et demi à Azusa pour nous livrer un successeur à Heavy Yoke. C'est que mine de rien, ce qui n'était qu'une projet de réunion artistique improbable – avec des membres d'Extol, de The Dillinger Escape Plan et du groupe pop Sea + Air à la base prend des allures de véritable groupe à part entière, en dépit que chacun habite en réalité aux quatre coins du globe. Tant mieux parce que Heavy Yoke a été une gifle comme je n'en avais plus ressenti depuis des années, ce genre qui pète les dents tout en sachant cajoler assez après coup pour que j'en vienne à ressentir comme les effets indésirables du syndrome de Stockholm. A savoir, une obsession compulsive de passer ça – souvent en boucle – pendant des semaines et l'avoir en tête, même lors des moments où la musique est proscrite. Parce qu'Heavy Yoke fait partie des curiosités sonores des plus singulières, mixant éléments de metal extrêmes, rythmiques saccadées entre djent et jazz, dissonances et douceur pop sophistiquée, association aussi improbable sur le papier qu'elle ne l'est dans le résultat : tout pointe au fait que ça ne devrait pas fonctionner et pourtant, cela fonctionne, malgré son côté chaotique indéniable, tel une sorte de miracle inexplicable. Autant dire, lorsque l'on a annoncé la sortie prochaine de Loop Of Yesterdays, je trépignais d'impatience, comme une gamine dans l'attente de l'ouverture de ses cadeaux de Noël qu'elle voit traîner sous le sapin depuis des heures. L'impatience de voir si les bougres pouvaient s'en tirer en aussi bon compte que sur son premier essai. Avec comme une petite pointe de crainte malgré tout : et s'ils se contentaient de tourner en rond sans rien proposer de plus et que le miracle n'opère par conséquent plus vraiment ?

 

Les titres présentés en avant-première laissait déjà présager quelque chose qui allait dans le bon sens et maintenant que j'ai bien potassé ce second rejeton, je peux maintenant l'affirmer : ce qui semblait être un miracle il y a un an et demi n'en était pas un. Azusa montre qu'il n'avait pas obtenu quelque chose par le fruit du hasard, ses géniteurs avaient bel et bien touché du doigt une direction artistique qui les inspirait et souhaitent la développer sans complexe. Loop Of Yesterdays en est une preuve indéniable. La recette de Heavy Yoke ne change pas foncièrement beaucoup mais elle apparaît là de manière plus maîtrisée. Bien évidemment, on perd ici tout le capital surprise qui caractérisait son grand frère mais là n'est pas spécialement l'intérêt premier de ce nouvel essai.

 

Malgré tout, si vous tombez sur cette bafouille sans forcément en connaître le sujet, je vous conseille de reprendre les choses dans l'ordre et de commencer votre découverte par la toute première carte de visite sortie il y a un an et demi. Qui, avec le recul, semble plus bordélique dans son flot d'éléments déployés à la seconde mais étonnamment plus accessible pour le profane en terme d'atmosphères où l'on commence par du propos toujours sombre mais « léger » pour virer vers des ambiances qui virent au fil des titres vers une oppression aussi fascinante que malsaine à la limite du schizoïde. Et si vous ressortez conquis du voyage, là, vous pourrez commencer à vous pencher sur ce Loop Of Yesterdays et ainsi vous délecter de cette sensation de se retrouver « comme à la maison ». Cette recette qui semblait si invraisemblable hier paraît aujourd'hui (presque) normale. Avoir cette sensation d'avoir apprivoisé l'invraisemblable, voilà qui est vraiment jubilatoire en premier lieu.

 

Parce qu'au final, l'ADN de la formule ici ne change pas : dualité aux contrastes vertigineux entre l'agressivité du metal extrême (piochant autant dans le death, le thrash, le black que les trucs plus core selon les cas de figure) et douceur acidulée et accrocheuse de la pop, rythmiques sournoises qui aime ajouter du ternaire dans une base binaire sans crier gare, dissonances, formats courts et structures calibrées jouant sur la densité et chant schizophrène oscillant entre voix chatoyante quasi céleste, narration parlée presque slam (d'autant plus présent ici) et cris hystériques au bord de la rupture (Greg Puciato au féminin, définitivement !). Bref, jusque là, rien de nouveau sous le soleil. A un petit aspect qui fait office de nouveauté près, l'apport d'ambiances psychédéliques un peu partout. On en percevait une légère tendance sur Heavy Yoke mais là, Azusa n'a pas lésiné pour en tartiner généreusement son Loop Of Yesterdays. Un simple détail pourrait-on croire mais qui a une importance fondamentale : ça joue énormément sur les ambiances qui ne sont que plus pénétrantes. Si vous étiez du genre à apprécier la seconde partie de Heavy Yoke qui plongeait l'esprit dans un mauvais trip psychotique, on rentre justement dans le cœur du propos et ce, dans l'intégralité de ce second méfait. Que ce soit sur les effets apposés sur la six-cordes ou sur certaines parties vocales, il y a moult moments où l'intitulé du disque prend tout son sens. Celui de véhiculer des images où notre vision s'avère floue (« Seven Demons Mary »), embrumée (le calme et atmosphérique titre éponyme), doublée (« Skull Chamber ») ou que sais-je encore. Et surtout osciller selon le bon-vouloir de sa narratrice vers des moments de quiétude à l'entente d'une voix rassurante quasi-divine et d'autres à proprement parler déchirants où les boyaux se resserrent dans l'attente d'un point de rupture qui n'arrivera jamais vraiment (« Golden Words » en exemple le plus représentatif). Bref, de quoi découvrir l'effet montagne russe d'un trip d'acide entre plénitude malsaine et vilaine sensation fictive de descente d'organes, le tout, sans se ruiner, ni le portefeuille, ni la santé.

 

Outre ce côté plus viscéral sur l'intensité de ses ambiances, Azusa semble aujourd'hui beaucoup mieux maîtriser son propos et ses idées. Peut-être que cette impression est aussi à mettre sur le compte d'avoir bien potassé son grand frère, toujours est-il qu'il y a moins cette impression que les idées fusent dans tous les sens, à être imbriquées ou s'enchaînent de manière chaotique. Ce Loop Of Yesterdays dégage quelque chose de plus « harmonieux » en terme d'ensemble. Le groupe sait maintenant poser ses petits appâts pour qu'on puisse mieux dompter la bestiole. Les moments d'accroche ne manquent pas et ce, tout du long : les refrains qu'on gobe comme des bonbons de « Memories Of Old Emotion » (encore une fois, une entame tonitruante soit dit-en passant), « Detach », les voix claires désabusées de « Golden Words », le riff galopant de « Rapture Boy » ou encore le riff obsédant de « Aching Ritual ». Le groupe pousse même le vice jusqu'à allier sa sauce indubitablement moderne à des éléments directement hérités des vieilles (bonnes) soupes. C'est ainsi qu'Alex Skolnick de Testament nous pose son petit solo sans pression en plein milieu des mitraillettes rythmiques épileptiques sur « Detach ». Ou qu'on arrive carrément sur un « Kill/Destroy » qui se présente de prime abord comme un véritable brûlot thrash de tradition avec ses guitares tranchantes et ses quelques chœurs fédérateurs couillus avant justement de partir en couille et revenir à la formule Azusa pur jus durant le pont. Jusqu'à parvenir véritablement à de purs moments de bravoure sur certains enchaînements de titres (le trio « Monument », « Loop Of Yesterdays » et « Rapture Boy »).

 

Pour se terminer de la même manière que son prédécesseur, à savoir abruptement, laissant comme un sentiment d'étrange, d'inachevé, où la seule manière d'atténuer la frustration est de relancer le disque. Encore et encore. C'est que trente-six minutes, c'est vite passé après tout. Pour au final, rentrer dans l'amour vache en disant qu'on n'en peut plus de ce Loop Of Yesterdays, qu'il faudrait arrêter le mode « repeat all » mais qu'on écoute de nouveau quand même, totalement magnétisé. Bref, Heavy Yoke, c'était un aller bien senti ; son petit frère, c'est le retour encore plus claquant sur l'autre joue.

photo de Margoth
le 07/04/2020

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