At The Gates - The Nightmare of Being

Chronique CD album (45:37)

chronique At The Gates - The Nightmare of Being

Celui qui entreprendrait une plongée dans les archives de CoreAndCo pour remonter au temps béni – c’était le temps, le temps béni du pré-COVID – de la sortie de To Drink from the Night Itself pourrait y dénicher de vieux enregistrements où le moi que j'étais alors fustigeait un album contenant certes de bonnes choses, mais également trop de répétitions et de romantisme neurasthénique. La description qui était faite de l’album pourrait se résumer en un simple « At The Gates troque les gants de boxe pour mettre une main de Metal larmoyant dans un gant de velours rose bonbon ». Mais on sait bien que les œuvres sont souvent composées sous l’influence d’événements ayant marqué au fer rouge le quotidien des artistes. Ainsi le dernier Leprous a-t-il été écrit en pleine période de dépression, tandis que les meilleurs albums de Grind naissent souvent de la rencontre d’un orteil avec un pied de commode. On s’était donc dit que l’écriture de l’opus de 2018 avait dû se faire après que Tomas Lindberg ait surpris sa petite amie en train de souffler dans la valve du voisin pour lui regonfler les corps caverneux. D’où rage, tristesse, épines de rose et tourments de l’âme. Mais on y croyait dur comme fer : le prochain album d’At The Gates serait à nouveau un concentré d’énergie rageuse, que les Suédois voient à nouveau rouge parce que les taupes leur auront ravagé le potager, ou parce qu’ils auront passé 7 heures infructueuses à tenter de monter un meuble Ikea.

 

Fin du suspense : eh bien non, nul titre de The Nightmare of Being ne sera utilisé pour accompagner la montée d’un champion de catch sur le ring, ni pour la B.O. de Faster & More Furious. Tompa le dit lui-même : « L’album précédent était sombre, mais peut-être plus agressif ». L’ancien était plus agressif ? Ça vous laisse une idée de ce qui vous attend sur ce nouvel opus qui, en effet, a été inspiré en grande partie par des auteurs (Thomas Ligotti par exemple) qui ont fait du pessimisme leur crédo… En gros : oui ça pleurniche, ça gémit, ça soliloque tout seul dans le noir, ça déprime en suivant des yeux le vol de noirs corbeaux. D'autant que, pour en ajouter une couche, le groupe a profité de la conception de ce 7e album pour se laisser aller – de ci de là, ne sombrons pas non plus dans la caricature – à son amour pour King Crimson en particulier, et pour le Prog en général.

 

Eloï, Eloï, lama sabactani ??

 

Préparez-vous donc, vous autres qui y croyiez encore : le nouvel At The Gates est plus que jamais drapé dans un spleen pesant. On entend du piano par-ci, des violons par-là, de fastueuses orchestrations par 4 fois au moins. Et même un saxo de satin, sur « Garden of Cyrus ». En parallèle de ses usuelles protestations éraillées, Mr Lindberg se laisse de plus aller à des monologues gothico-glacés qui donnent l’impression d’entendre une voie off dans une adaptation cinéma d’un roman de Mary Shelley ou de Charles Robert Maturin. On se sent presque plus chez Opeth ou Tiamat que chez le géniteur de Slaughter of the Soul. Sur la première moitié de l’album, on constate que le morceau-titre et le Jardin évoqué quelques lignes plus haut font effectivement grise mine. Mais le fond du marasme est véritablement atteint sur la deuxième moitié de l’album, de « Cult of Salvation » à « Eternal Winter of Reason » (… allez, on sauvera quand même « The Abstract Enthroned »), avec une mention spéciale pour « Cosmic Pessimism » (un morceau qui sentirait fort le Krautrock parait-il, mais j'avoue na pas maîtriser le sujet) qui nous fait le même effet que lorsque l’on avait entendu Humanize Human de Massacra (« Quoiiiii ? Noooooon… Mon-Dieuuuuuu ! »). Oh certes il y de la grandeur, parfois, sur ces 10 pistes (sur le morceau final notamment), et l'on y observe plein d’élégants mouvements de manche. Mais globalement, si l’on n’a pas spécialement l’âme en peine et qu’on ne dort pas dans un cercueil, on peut trouver le temps long au cours de ces trois quarts d’heure…

 

Mais on ne tirera pas non plus sans retenue sur l’ambulance. Car si l’on se concentre sur la « face A » et qu’on considère celle-ci comme un EP, il y a moyen de trouver celui-ci plutôt pas mal. « Spectre of Extinction », par exemple, est une belle entrée en matière qui a du chien, de la classe, et qui propose un Melodeath fort de ce que le genre a de meilleur. D’autant que – gruyère sur les coquillettes – le morceau bénéficie d’un solo de Mr Andy LaRoque. « The Paradox », lui aussi, et l’une de ces fonceries mélodico-ventre-à-terre empreintes de moments de grandeur qui ont fait la renommée du groupe. Plus loin, bien que commençant dans la pompe la plus orchestrale qui soit, « Touched by the White Hands of Death » a tout ce qui fait la marque des tubes atthegatiens – vitesse, accroche, conviction.

 

Alors non, ce 6.5/10 ne sanctionne pas une œuvre paresseuse, inintéressante ou quelconque. Cette note est simplement le résultat d’une moyenne effectuée entre, d'un côté, la qualité de certains titres typiques de ce qu’est « le bon At The Gates » (« bon » comme dans « bon chasseur » Vs « mauvais chasseur ») et, de l'autre, une coloration globalement terne, sombre, morose, bref très éloignée de ce que votre interlocuteur espérait. L’album n’est pas mauvais en soi, mais il continue plus loin encore que To Drink from the Night Itself l’entreprise d’encafardisation (entaciturnage ?) entamée dernièrement par le groupe. Il est par contre évident que ceux qui ont apprécié la couleur sombre du précédent opus, ou qui révèrent les 2 premiers albums – qui parfois incorporaient du violon ou se vautraient dans une sorte d'emphase gothique (« Burning Darkness », par exemple, larmoyait déjà dans la dentelle et les perles) – devraient sans mal s’adapter à cette étape supplémentaire dans le voyage entrepris par les Suédois à Sinistroseland.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: mais arrêtez de raconter des histoires déprimantes à Tomas Lindberg crénom ! Le pauvre broie plus que jamais du noir, et cette Droopy-attitude le pousse à enfoncer At The Gates de plus en plus profond dans la négativité progo-gothicisante. Alors oui, The Nightmare of Being propose une petite poignée (à laquelle il manque quelques doigts) de titres vraiment savoureux, et si sa tenue est sombre elle reste certes élégante. M’enfin on (je !) en a marre que les Suédois fassent tout le temps la gueule ces derniers temps !

photo de Cglaume
le 29/06/2021

1 COMMENTAIRE

Xuaterc

Xuaterc le 29/06/2021 à 13:02:24

Déçus? Faites comme moi, ré écoutez The Crown et Septekh!

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