Uada - Djinn

Chronique CD album (01:00:08)

chronique Uada - Djinn

Uada est un groupe qui ne cesse de m'étonner et qui ne cessera sans doute de m'interpeller. Le succès actuel, spécialement en Europe, des encapuchonnés de l'Oregon, tient peut-être à des passages remarqués sur le vieux continent (à l'exemple du Hellfest 2019), alors même que leur précédent opus Cult Of A Dying Sun, plutôt décevant, fait figure de marchepied bien bancal. L'origine serait-elle une activité médiatique décomplexée et assumée ? Sans doute. Voir un groupe de Black Metal, appuyé avec habileté par son label (Eisenwald), avoir les heurs de très nombreuses couv' de magazines spécialisés et se targuer sur ses divers réseaux sociaux de sa réussite - bien réelle pour sûr - dans les charts iTunes, Amazon et autre Bandcamp n'est vraiment pas courant. Plus encore : une auréole ne serait-elle pas en train de ceindre la tête de Uada, lorsqu'on constate que ces "Dark Stars" n'ont pas hésité à mener une opération caritative par le biais de la vente de masques griffés et ont même dégagé de leurs préventes de l'argent pour effectuer des dons auprès d'une fondation qui se consacre au soutien et à la couverture médicale de musiciens dans la merde, originaires de leur patelin ? Qu'y a-t-il à redire à cela ? Beeeeeen (1), absolument rien.

 

Une question me taraude : quelques semaines après la sortie de leur 3e album Djinn, forcément très attendu, l'engagement musical de ce quartet est-il à la hauteur de son agilité médiatique et de son implication sociale, toutes deux tout à fait remarquables ? Beeeeeen (2), pas complètement malheureusement. La qualité de leur 2e opus était obérée par des perf' vocales moyennes, un mixage peu convaincant et surtout de grosses longueurs. Les deux premières scories ont été effacées de Djinn, en partie tout du moins (dommage les effets de reverb’ sur la voix de Jake Superchi, un peu agaçants, et la batterie un chouia en retrait), mais pas la troisième ! Une heure, six morceaux : c’est massif.

 

Côté musique, pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, Uada pratique un Black Metal qu’eux-mêmes qualifieraient bien volontiers de « lunaire » : un BM mélo/atmo imbibé de rythmiques Rock’n’Roll (perceptibles dès les premières secondes de l’album), le tout enrobé d’une identité visuelle et marketing centrée sur l’astre lunaire (les fans ont ainsi droit à un p’tit quelque chose à chaque équinoxe). Les mélodies sont la pierre angulaire des compositions, dont le frontman/parolier/producteur est le seul auteur. Mais voilà : elles offrent un visage trop contrasté. La plupart sont trop sirupeuses, trop « prout-prout » pour me convaincre, à l’exemple de celles sur "Djinn" (fin de la 5e min), "In the Absence of Matter" et "Between Two Worlds" (deux premières minutes). Or, ce sont sans doute ces dernières qui ont permis aux Américains de s’extraire du milieu forcément trop étroit des blackeux et blackeuses pur(e)s et dur(e)s pour plaire à un plus large public. Tant mieux pour eux.

 

Djinn offre bien sûr des moments d’écoute plus probants. Encore heureux ! Le titre "No Place Here" qui approche les 14 minutes en administre la preuve, surtout lorsque la double – pas assez exploitée cependant – se réveille parfois. L’album est traversé alors par quelques mélodies vraiment réussies, enveloppantes et planantes à souhait. Les trois dernières minutes prenantes de "No Place Here" et l’entame réussie de "Forestless" en font partie ; et là, quand Uada tient une boucle mélodique intéressante, il l’use et l’use encore jusqu’à la corne, au point de laisser poindre quelques longueurs… Dommage ! On retrouve le même problème avec le dernier morceau et second gros pavé (près de 14 min).

 

En fait, c’est quand Uada arpente la face cachée de la lune qu’il dégage un potentiel créatif vraiment prometteur. Or, cette mise en éclipse vers une dimension musicale plus sombre n’intervient que trop rarement : ce n’est ainsi qu’à partir de la 6e minute de "Between Two Worlds" que le chant se fait plus gras, la double plus agressive et l’ambiance générale plus ténébreuse et marquante. C’est peu. À vouloir trop atteindre la lumière, Uada en oublierait la puissance créatrice de l’obscurité…

 

Alors même que ce groupe n’est pas en position de soutenir la comparaison avec quelques glorieux grands frères (MGŁA et surtout Drudkh), le label Eisenwald n’hésite pas à l’affirmer sans ambages : « Depuis sa formation en 2014, Uada s’est élevé comme un météore ». J’espère seulement qu’il n’aura pas son caractère éphémère…

 

photo de Seisachtheion
le 22/10/2020

1 COMMENTAIRE

Xuaterc

Xuaterc le 22/10/2020 à 19:42:19

Beeeeeen

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