Bone Gnawer - Cannibal Crematorium

Chronique CD album (40:55)

chronique Bone Gnawer - Cannibal Crematorium

On a beau être un honorable père de famille qui passe en revue quotidiennement les devoirs de ses tendres chérubins, qui vide le lave-vaisselle avec abnégation et application, et qui taille la verdure quand elle baille trop généreusement du côté de chez les voisins, il arrive un moment où le besoin devient trop grand, l’appel trop fort, la rechute inéluctable... Dans ces moments où la cocotte-minute menace d'hiroshimer, seul un petit DVD de « Cannibal Holocaust », une séance de stimulation des glande exocrines en milieu pogophile, ou une grosse tartine de Death baveux peuvent empêcher à la belle-mère de se voir administrer des suppos à la nitroglycérine, ou au petit nouveau du département RH de se faire torréfier les noisettes au chalumeau…

 

Lors de ces violents accès de ras-le-bolite aiguë où l’on se tartinerait volontiers un peu de muqueuse grumeleuse à même la Cracotte, rien de tel, donc, qu’une galette de Death Metal à l’ancienne. De celles qui ne cherchent pas à se la jouer plus dure que dure à force d’ultra-blast et d’octuple pédale. De celles qui ne cherchent pas à se faire greffer des doigts supplémentaires afin de réussir des enchaînements d’arpèges supersoniques. De celles qui ne cherchent pas à séduire Kevin avec du synthé, Jennifer avec des refrains bô-goss’ en chant clair, ni Fredrik avec des croche-pattes acrobatico-rythmiques.

 

Et dans le genre on fait difficilement pioche plus gagnante que la discographie de Bone Gnawer, groupe de Death old school fondé par Kam Lee (Massacre, The Grotesquery) et Rogga Johansson (The Grotesquery, Demiurg, Down Among The Dead Men – pour rester cantonné au tout petit sous-ensemble des groupes chroniqués en ces pages), et consacré aux zombies, aux tronçonneuses, et à toutes ces choses visqueuses qui rampent dans la boue pour mieux nous sauter au visage, nous arracher la mâchoire inférieure et nous entraîner dans un coït sauvage à base de fémur brisé enfoncé dans le gros intestin. Renforcée par Ronnie Bjornstrom (Ribspreader) aux manches, et Morgan Lie (Naglfar) à la batterie, la formation est passée du stade du projet bière/garage/disqueDurQuiPlante à celui de vrai groupe, et c’est aujourd’hui un visqueux mais solide 2nd album que les suédo-américains nous proposent.

 

Pataugeant avec un malin plaisir dans les eaux saumâtres d’un Death craspec à l’américaine rappelant les vieux Cannibal Corpse, le groupe ne crache pas non plus sur quelques petits réflexes brutalement suédois (un peu de Bloodbath moderne à ma gauche, une petite accélération Hypocrisyenne à ma droite). Et si au milieu de ce brouet d’influences parfaitement digérées mais pas forcément transformées le groupe ne pond pas de véritables hymnes imparables (quoique « Chewed, Mauled & Gnawed », « Cannibal Crematorium » ou l’ultra-groovy « Untold Story: Human Pork Bun » pourraient prétendre au titre), il propose néanmoins des compos à la qualité et l’attrait parfaitement égaux, mélangeant menace crapuleuse, vociférations délicieusement gutturales quoique parfaitement claires, lourdeur pesante, accélérations létales et groove macabre, le tout dans une stricte tradition horrifique à laquelle l’introduction « Anthropophagist Inferno », l’interlude « Il Sesso Bizzarro di Cannibali » et la fin atmo-flippante de « Cannibal Crematorium » donnent plus particulièrement corps.

 

Rien n’étant meilleur qu’un bon gueuleton partagé entre potes, les rongeurs d’os ont opté pour la formule « un titre = un invité », ce qui ne nuit nullement à la bonne impression générale, les grizzlis de service grognant dans des registres peu éloignés de celui de Kam. On retrouve donc Dave Ingram (Benediction, Down Among The Dead Men) sur « Carnivore Beneath », Vincent Crowley (Acheron) sur « Chrome Skull », plus des postillonneurs de chez Dead, Gruesome Stuff Relish & co. De ces collaborations éphémères naissent quelques belles attaques vocales doublement létales, comme sur « Modern Day Cannibal » ou encore « Untold Story: Human Pork Bun ».

 

Cannibal Crematorium n’est donc ni plus ni moins qu’une invitation à abandonner un temps sa cervelle au vestiaire pour laisser l’australopithèque qui sommeille en nous prendre les commandes, et conséquemment headbanguer grassement en jouant de la hache sur votre shash’em up préféré (ça 'se dit pas? On avait bien « Shoot’em up » et « Beat’em up » quand j’étais d’jeune…). Et putain c’est certes gras, c’est certes con… Mais que c’est bon!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: mid tempos grassouillets, tronçonneuses et tapis de glaires en fond de gorge, zombies et riffing de série Z… Bon Gnawer propose ici le meilleur du Death horrifique old school à l’Américaine (cf. les vieux Cannibal Corpse) rehaussé d'un peu de Suédois qui tâche. Ça éclabousse, ça colle à la nuque, ça reste sous les ongles, ça groove dans la boue et l’hémoglobine…  Mais « si c’est bon comme ça-aaaaaa, il ne faut pas qu’ça chan-an-aaaaaanngeuh! »…

photo de Cglaume
le 21/03/2016

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