Candiria - What doesn't kill you

Chronique CD album (36 min 30)

chronique Candiria - What doesn't kill you

Que dire du dernier album de Candiria ? Sinon que lorsqu´un groupe s´engouffre dans ce genre de progression (naturelle) ou dans une soit-disante évolution créatrice, il franchit ce point de non-retour. Rare sont les groupes qui après avoir, selon eux ou selon la critique de masse, évolués, parviennent à renaître de leur cendre. Peu d´exceptions nous apparaissent. Notons cependant la réviviscence de Downset qui suite à leur plaidoyer ecclésiastique dans Do we speak a dead language ont réussi à produire un admirable album (Universal). Espérons qu´il en soit de même pour Candiria par la suite ; Car nous ne pouvons pas dire maintenant que cet album est une réussite, c´est plutôt l´inverse.

 

Les cinq musiciens de Brooklyn ont basculé dans l´indicible c´est-à-dire ici dans le banal, le prosaïque. Le basculement, le bousculement, le désordre sont au coeur de l´album. La pochette elle-même l´indique. Outre le nom du groupe inversé en couverture, paraît les instruments détruits et surtout la voiture en ruine. Cette voiture d´ailleurs est la représentation métaphorique du basculement de l´originalité maintenant antérieur de Candiria à la banalité voir pire à l´insignifiance ; Puisque cet album est né à la suite d´un traumatisme, celui d´un accident survenu lors de la tournée de promotion de leur précédent disque (Coma imprint). Etant donné qu´ils ont survécu à ce terrible accident, ils se devaient de modifier leur style musical. Cet accident était un signe. Dans cette voiture détruite, ils laissent leur passé, leur souffrance mais également et c´est peut-être plus dramatique - car au final chaque personne subissant un traumatisme est amené à le revivre indéfiniment (que ce soit les membres de Candiria ou d´autres personnes) - ils laissent leur accent unique, ce mélange musical extraordinaire. L´autocollant de Process of self-development, un de leur album passé apparaissant sur le tableau de bord de la carcasse est la preuve supplémentaire de cet abandon du passé.

Néanmoins, dans ce nouvel album, à de rare endroit, nous retrouvons leur style éteint, tout du moins leur ancien état d´esprit, « l´esprit du hardcore ». En effet, dans ces en-têtes, qui semblent résumer les chansons, ils nous suggèrent de ne pas mettre les hommes en concurrence, de ne pas vivre du matérialisme ou des instants gratifiants qui n´ont aucune valeur et qui plus est nous enferme dans notre trou. Un discours militant se manifeste: renversé les pouvoirs répressifs (a première vue, cette idée est à rapprocher à l´objectif de Bush, seulement Carley Coma, le chanteur resserre son propos dans la chanson et parle (critique) par exemple de bombardements à partir de scénarios). Sans oublier évidemment, le message majeur du mouvement à savoir l´amitié même si celle-ci se forge paradoxalement à la guerre et par le sang ("Blood"). D´autres présentations synthétiques des morceaux sont quelque peu triviales, à l´exemple de la suivante : « il est plus facile de s´exprimer à partir d´une chanson ».

 

Mais le plus grave reste probablement leur évolution musicale. Le caractériel propre du groupe était, il y a un temps, la fusion subtile entre autre du métal hardcore, du hip hop, du musique tribale et surtout du jazz. Ils étonnaient par le nombre immense d´influences et la façon dont celles-ci émergeaient dans leurs compositions collectives ou individuels. Les deux disques de Coma Imprint en sont les exemples de plus prodigieux (Voir critique de Coma imprint) ; Avec Peel this strip and fold here, il créait un morceau jazz tout en gardant une batterie davantage rock ; Avec Tribes, ils alliaient les rythmes percutant à une voix hurlante ; dans Bring the pain / multiples indicisions, ils réarrangeaient (avec il est vrai un peu moins de réussite) une chanson produite par RZA (Bring the pain) puis la dépassait (multiples indicisions) (avec cette fois un talent unique), le tout en un. Dans What doesn´t kill you, rien de tel. Si seulement trois chansons sur dix sont découpées en chapitres, ces derniers ne servent pas à grand-chose c´est-à-dire qu´ils se segmentent pas le morceau, passant d´un style à un autre totalement différent. Le single Blood l´expose bien. Les chansons se développent alors de façon régulière et progressive allant jusqu´à reproduire l´archétypique structurel de la musique dites commerciales à savoir couplet, refrain, couplet, refrain, break, refrain, telles "The namelees king", "Remove yourself", "I am" et "Down" où ils notent même dans celle-ci le break dans le livret (« guitar solo »). Si nous ajoutons à ces quatre morceaux aux trois autres, ils n´en restent alors que trois pour tenter de sauver l´album d´un naufrage inévitable. La première complainte même si elle se différencie des modèles généraux et/mais, négligeables ne relève pas le niveau ; car si il n´y a pas de réels refrains ou réels couplets, la logique de l´ensemble est harmonieuse. Nous ne trouvons pas d´écarts, de véritables ruptures. La septième chanson est l´interlude hip hop/rap. Toutefois, mes connaissances dans ce domaine musical sont tellement infimes qu´il m´est impossible d´apporter un jugement intéressant et rigoureux. Reste alors le dernier morceau et finalement le seul intéressant car réapparaît ce désir de création. En cinq minutes, John (guitariste) et Ken (bassiste) font resurgir le fantôme de Candiria en livrant une musique ensorcelante où un grand nombre de sons différents enveloppe le tout. Néanmoins, The rutherford experiment ne dépassera jamais les 543 secondes extraordinairement admirables, éblouissantes du dernier morceau du premier disque de Coma imprint.

 

Somme toute, avec cet album totalement formaté aux normes du marché, Candiria aura peut-être l´honneur et l´immense chance de remporter un MTV Music Award. Outre cette plaisanterie, notons que la déchéance de ce groupe était visible simplement en regardant le dos de la jaquette. Il est en effet écrit « Play this CD loud or go listen to jazz ». On nous révélait dès lors cette rupture entre cet album et les précédents. Fini les références au jazz, ce courant musical au origine simple et modeste peut alors devenir un modèle de raillerie. Cette moquerie mondaine, bourgeoise nous divulgue le modèle de pensée vers lequel les membres du groupe de Brooklyn semblent évoluer annihilant ainsi les principes qui introduisaient les chansons. Au niveau artiste, il leurs serait davantage honorable de suivre la commercialisation des toiles de Jacob Bannon (sur l´Internet et autour de cent dollars) à celle de Marilyn Manson vendant ces tableaux à des prix exorbitants en exposant dans les hauts lieux de la jet set en présence de la nouvelle scène musical française, pleine de talents commerciaux, à l´exemple de Marc, du groupe de renom Pleymo.

4 COMMENTAIRES

Pidji

Pidji le 08/12/2006 à 09:53:31

Je trouve la note sévère, car si on passe outre tout ce qu'ils ont fait avant, ce disque n'est pas si mauvais dans le style metal soft.

sepulturastaman

sepulturastaman le 28/07/2007 à 04:08:10

Passer outre 300 percents je peu pas moi. donc ce cd merite cette note.

ck

ck le 27/11/2007 à 19:44:30

yep hello!
claire que moi aussi je trouve la note sévère meme si c'est de loin l'album le moins excitant qu'ils aient fait!
@+
xxx

Y Thiên

Y Thiên le 18/12/2007 à 11:44:49

je l'ai acheté pcq il coutait pas trop cher,mais c'est un fait qu'après 300 percents,ils ont chutés...

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