Breach - It's me god

Breach - "It's me god"
chronique Breach - It's me god

 

C’est marrant, en me baladant sur le site l’autre jour (oui c’est notre bébé et on y va TOUS LES JOURS), je me rendais bêtement compte que personne n’avait jamais daigné torcher un petit quelque chose à propos d’It’s Me God de Breach. Alors, s’il est vrai que Venom et Kollapse, tous deux déjà présents dans nos colonnes, sont deux œuvres magistrales, inviolables et inaltérables, il n’en reste pas moins que c’est sur leur prédécesseur que tout à commencé. Injustement comparée au Neurosis de l’époque, cette arrivée de Breach dans les contrées, alors quasi désertiques, de ce hardcore dissonant et viscéral ne se résume absolument pas à la perpétuation d’une scène ou à la simple restitution d’un schéma préétabli. L’intention est bien là, dans la forme comme dans le fond et le propos reste vraiment novateur, même 15 ans après. Alors si on peut effectivement retrouver la noirceur et les facultés hypnotiques du Neurosis  de l’époque tout au long d’It’s me god (et de ses successeurs), Breach y reste un groupe décomplexé, délesté de tout abus théâtral et de toute mise en scène excessive. Il faudra d’ailleurs attendre Kollapse, leur dernier album, pour voir le groupe enfin ( ?) intégrer une bien plus grande variété de  sonorités et d’ambiances à leur musique.

 

Ainsi, après deux albums d’un metal hardcore assez classique (mais pas dégueulasse), Breach nous sort donc un insoupçonnable It’s me god. Je doute que quiconque ait pu voir venir ce truc en 1997 mais, en général, les véritables catastrophes arrivent sans prévenir… Et c’est bien une authentique catastrophe qui a du tomber sur la gueule d’au moins un de nos suédois. A écouter l’intro de ce disque, on pourrait facilement croire que les musiciens viennent de perdre famille, petite copine, travail et maison tant le moindre coup de médiator transpire la rage et le malaise. Et l’arrivée des  hurlements de Tomas en toute fin de morceau finit de nous accueillir dans cette réunion cathartique maintenant complète… « Our first embrace »… Tout le monde est bien installé ? Vous avez bien pris vos anxiolytiques ? Bon et bien, on peut y aller !

 

Car passé cette introduction spectaculaire, les suédois ne vont plus vraiment desserrer  l’emprise qu’ils ont sur nous. Chaque morceau de ce disque continue effectivement d’empiler les dissonances inquiétantes, les harmonies tragiques, les complaintes rageuses et les rythmiques cataclysmiques. On est peut être pas en Enfer, mais on est bien sur le chemin, et chaque étape de ce dernier prend la forme d’une expérience viscérale toujours nouvelle, comme plusieurs facettes du même drame. « God Forbid Me »  célèbre un déversement de guitares tranchantes comme un rasoir et râpeuses comme du papier de verre. « Deadheads » nous perd dans un jeux harmonique complexe, dissonant mais totalement hypnotisant. « Painted Face » renoue avec un hardcore plus rural et rampant avant de nous envoyer un énorme bourre pif avec ce « Clot » rageur entrecoupé d’un nouvel épisode aux mélodies insaisissables et dramatiques. On enchaine avec un « Centre » épique tout en lourdeur et en patterns entêtants, magistral. « Replenish the empty » est peut être le seul moment de ce disque qui nous laisse entrevoir quelques rais de lumières avec son refrain plein d’espoir mais le tonnerre gronde toujours dans les cœurs et le moindre break reste ici prétexte à une nouvelle dégringolade dans les ténèbres et la violence (mais qui s’en plaint ?).

 

Cette dernière tendance sera d’ailleurs amplement confirmée par le monument qu’est « Presume the forgotten ». Ses quelques minutes introductives faites d’infrabasses lointaines et d’arpèges hasardeux sont en effet relayées très vite par une batterie tribale et des miaulements de guitares tout droit sorties des enfers… Et quand le titre finit par exploser à 3 minutes, on se prend juste l’apocalypse en pleine face. Ce riff, mesdames et messieurs, est de ceux qui violent votre cerveau et y restent gravé à vie. Sans compter que la compo toute entière nous prouve une fois de plus que les suédois sont aussi monstrueux sur des tempo modérés que sur leurs cavalcades habituelles. Alors que cette dernière piste replonge à nouveau dans un abysse sourd pendant une petite minute, le compteur nous indique qu’il ne reste plus que trois titres aux suédois pour finir de nous dégommer. Un « Bloodline » très hardcore prendra en effet la forme d’un gros front kick pleine bouche, « In my realm » renouera avec les tempos endiablés, les mises en place tordues et les tonalités dramatiques, puis enfin, la très bien nommée « Divine » prendra des airs de messes noires crépusculaires entrecoupées d’éclaircies bien trompeuses avant de replonger dans le chaos absolu. Et c’est ainsi que se termine ce disque monumental : trois guitares (basse comprise) se livrant une dernière bataille dans un déluge de dissonances et d’harmonies à tiroir. La batterie soutient jusqu’à la fin. Le chanteur est probablement roulé en boule dans un coin du studio.

 

It’s me god reste bien un véritable mètre étalon du savoir faire de Breach : une recette parfaite (et pourtant impossible à reproduire à la lettre) d’un rock n’roll simple et frontal tout en étant d’une violence et d’une noirceur magistrales. Ce n’est d’ailleurs peut être pas un hasard si ce nom refait beaucoup surface ces dernières années alors que la mode est à ce pan ténébreux du rock extrême. Rajoutez à ça le meilleur artwork de leur carrière, des textes assez incroyables, et ce son si particulier (une perceuse dans les tympans, une explosion atomique dans le bas ventre), et vous obtenez à mon sens un des disques majeurs de ces vingt dernières années dans sa catégorie… En résumé : la musique du diable sans maquillage, sans sample de film à la con, sans projection cryptiques en fond de scène, sans montées post rock à rallonge… la violence brute, le drame pur mis en musique, sans fioriture.

photo de Swarm
le 10/02/2013

6 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 10/02/2013 à 16:23:07

Ma note dispense de tout commentaire superflu.

Ypsilanti

Ypsilanti le 10/02/2013 à 18:07:13

p.a.r.f.a.i.t !

Mr. Marshall

Mr. Marshall le 10/02/2013 à 19:17:18

Breach, amour de ma vie !

arnorock

arnorock le 11/02/2013 à 07:45:03

Breach enfin chroniqué, bonne chronique d'ailleurs, il reste encore un de mes groupes fétiches, cet album reste un de mes préférés avec Kollapse. Grand très grand groupe

10/10

pidji

pidji le 11/02/2013 à 09:21:46

Héhé, tu veux dire "cet album enfin chroniqué", car on avait déjà parlé des autres ^^

arnorock

arnorock le 12/02/2013 à 19:54:21

yes, merci de rectifier, c'est plutôt ça que je voulais dire !!!

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