Caravaggio - # 2

Chronique CD album (64:40)

chronique Caravaggio - # 2

Captain Soulaaaaaaas ! C'est avec ce cri sérieusement déplacé que je commence cette chronique, comme toujours totalement objective, hautement documentée et éthiquement irréprochable.

C'est qu'il s'agit d'un ami, le batteur de notre groupe foireux Le Massacre Du Client De 15 Heures, soit le père Soulas, Loïck le Breton mods, l'incroyable garde-robes sur pattes, chaussures vernies à rayures et cravates assorties ! Le rouquin à l'humour dérapé qui tape comme un âne sur sa petite batterie réduite à l'essentiel ! Le fan de garage, quoi !

C'est vrai que son jeu de batterie, il a changé, ouh-laaa...

Ah-hahahahah ! Mais non, je déconne, il joue pas dans Caravaggio, c'est seulement qu'il s'occupe de ce groupe dans sa troupe, euh c'est son travail, quoi, il bosse pour eux. Je lui avais demandé de m'envoyer un disque, pour me tenir au courant, et puis peut-être j'écrirais un bout de torchon dessus.

 

Écrire des bouts de torchon, moi j'aime bien.

Le bout de torchon qui accompagnait le disque, la bio, quoi, je ne sais pas si c'est Loulou qui l'a écrite (j'imagine, en même temps), mais ouaaaah, ça vaut des points.

Dans le genre « le Monde des Musiques Actuelles Amplifiées, dit M.M.A.A., s'adresse au monde des connoisseurs de la Grande Musique Contemporaines Intelligente et Différente, dite GMCID », ça cause... Moi qui porte dans mon cœur tous les polititocards de la culture et leur langage fleuri de faux-derches, vous imaginez ma tête. Moi aussi, ça aurait tendance à me rendre d'une humeur massacrante.

Surtout que – j'ai connu ça, en plus, je vous assure – quelle qu'elle soit, une biographie, ça ne sert à rien. A RIEN. Au mieux, si t'as de l'humour et que tu ne te prends pas au sérieux, ta bio sera vue comme celle de petits rigolos à la Marcel Et Son Orchestre qui s'excuseraient presque de faire de la merde (j'ai connu ça aussi, comme quoi quand je balance des saloperies, je vise aussi souvent ma propre gueule, ne l'oubliez surtout pas).

Disons juste qu'ici nous sommes des gens simples et bourrus.

 

Alors parlons musique, enfin, si vous le voulez bien.

 

Bon ben j'aime ce disque.

Ha ! Enfin quelque chose d'objectif !

Les premières notes échappées m'ont rappelé gravement mon quatre pistes cassettes quand il beugue, sauf qu'ici c'est fait exprès : pas de bande dégniapée, ni de moteur qui peine sous le poids des années, mais pourtant, il s'agit bien de quelques notes malingres, aigres et tordues d'une légère fausseté, qui posent une ambiance délétère et un peu maladive.

Quand je pense que Loïck n'aime pas le son de ma stratocaster, un comble !

Bref, j'aime cette intro.

"Polaroïd", larsens, ersatz d'archets stridents, groove sombre de basse oscillante, comme Post-Rock un temps, juste avant que... l'orgue Hammond entre. Et là c'est les années soixante-dix, fatalement, qui entrent dans le paysage flottant.

Oui, couplé à cette gratte électrique crade, c'est un bon parfum de rock progressif pas chiant qui plane. Et ça fait du bien. Tout de suite, c'est un bon paquet de mes craintes qui s'effondraient (ce qui ne sera pas le cas du lecteur allergique à tout ce qui commence en pro- et fini en -og).

Passées cinq minutes, ce côté-là s'affirme encore plus et la machine s'emballe, un petit goût de King Crimson et compagnie, et tout ça sans s'éterniser sur un thème, créant la surprise tout au long du titre.

Classe !

 

"Denis Hopper Platz" joue plus avec les samples, quelque chose qui m'est moins familier (dans le sens ça c'est pas vraiment de mon sang), mais heureusement, une monstro-basse rôde... ce qui a le mérite de ne pas enterrer le truc dans le bousin rétrograde. Même si le rock prog revient faire un tour passées trois minutes, dans une version plus récente, suivi d'un petit jeu sur un sample suranné vaguement Hip-Hop. Là ce sont plutôt les années 90 qui sont convoquées.

Fin dronatique sous Porcupine Tree, faut que j'arrête le jeté de noms, là, c'est pas possible.

 

Musique contemporaine, musique contemporaine, j'ai jamais trop su ce que ça voulait vraiment dire, pas vous ? Après tout, tout est musique contemporaine, dans la musique contemporaine, voyez où je veux en venir ? Musique savante, ça c'est pas mal aussi dans le genre, pfiou... Musique nouvelle, c'est encore mieux quand on sait l'âge qu'a la vieille, ha !

En tout cas, ça ne se sent pas trop dans cet album, malgré tous les "Aguirre", les samples petits-binious-indus-dans-la-brume et tous les caquetages soniques. Vers les 3:00, y'a même une espèce de mugissement de lamantin bourré qui m'a fait beaucoup rire.

Heureusement, une nappe de bontempi triste ravive mon intérêt qui commençait à baisser.

Appelons-ça un moreau ambiant de transition.

 

"When Will You Be Angelic ?" Quand j'aurai coupé ma bite, ai-je envie de dire.

Genesis, ça c'était un sacré groupe. Avec Peter Gabriel au chant! Phil Collins c'est juste pas possible. Foxtrot, je l'écoutais quand j'avais douze ans. Je l'avais déjà dit ? Ah merde.

Mais alors Genesis qui part à Cuba, ça c'est vraiment fortiche.

C'est tout ce que j'ai à dire, ce morceau étant celui qui me plaît le moins. A part que, j'insiste, ces gens ont dû beaucoup aimer King Crimson ou je ne sais vraiment plus ce que je bite.

La fin s'excite et ça le fait mieux, avec du Mahavishnu Orchestra carrément pas loin.

 

Ce qui nous amène au morceau suivant, dans le wagon mesures à la con qui déraillent et un délire electro-jungle. Hein ? Si ! Non ?! Si, mais, mais, mais, mais ! Mahavishnu, disais-je, est avec nous, la jungle ne gagnera pas malgré sa loi implacable !

Sortez les violons et frottez-les contre votre sexe, là ça part sérieusement en couilles.

Et c'est drôle.

La gratte électrique crade revient taper des solos à l'emporte-pièce (veut-on nous faire croire) et, là, le reste de vous aura déjà fui s'abriter sous un déluge de gros son de merde disponible en quantités exponentielles partout ailleurs.

 

C'est qu'il faut être un peu ouvert d'esprit merde !

C'est bien beau le Metal de gros garçons à deux balles, le faux Punk de vrais petits capitalistes en devenir et le faux Crust de métaleux frustrés. Car ici aussi il y a des gosses qui s'amusent, bordel !

Alors moi qui ne sait plus trop quoi écouter, aigri et prostré que je suis, ça me fait pas de mal d'entendre ça.

Souvent, même, ça me fait du bien et je vous emmerde.

A la fin de "Anybody Here ?", j'imagine même qu'ils se foutent de la gueule de la musique groovy (dans ce genre sarcastique, ça me fait un peu penser à un titre du dernier Queens Of The Stone Age). Comme quoi ces gens auraient bien de l'humour sous leur carapace de compagnie contemporaine.

 

Le Drone/Ambient, à de multiples reprises, sert aussi de matière secondaire à Caravaggio, qui tente toutes sortes d'ambiances. C'est plus ("Beth's Vibration", très bon) ou moins (à l'occasion) réussi, mais quoiqu'il en soit, ça apporte un peu d'air oppressé dans les sillons très fournis de ce disque.

Ainsi la deuxième partie de "Beth's Vibration" est si bien introduite qu'elle prend une ampleur quasi cauchemardesque. Peut-être mon passage préféré. Pas loin du Melvins/Lustmord, tiens, pour continuer à balancer de la vraie-fausse piste comme un débile.

 

Cette chronique est déjà interminable, alors vais-je continuer de faire du titre par titre ? Oh non, c'est bon, j'en ai dit l'essentiel.

Il faudrait que j'insiste cependant sur certaines sonorités parfois authentiquement Rock et sale (je citais Melvins juste avant, j'en entends aussi dans "Medusa", et le final de l'album est plutôt jouissif), pour bien faire comprendre que, à l'heure de l'hypocrisie de la Happy Noise africaine et autres, ce disque n'est pas moins un disque de rock que plein d'autres trucs revendiqués bruyants et aventureux. Il faut arrêter ces conneries de chapelles et de petits slips étriqués, voilà de la musique qui a de l'intérêt et qui apporte sa pierre à la construction d'un édifice non-consensuel qui refuse certains codes. ...tout en intégrant d'autres, oui, OK, c'est sûr, mais bon...

Voilà de la bonne musique, point. On en revient toujours au même.

 

Alors passé l'emballage peu flatteur (pour moi) de « musique qui sait pour gens qui savent », sachez que moi, je sais.

Ah-ha-ha-ha-ha-ha-ha, putain, qu'est-ce que je me marre !

Merci Loïck pour cet envoi, il n'a pas été vain, tu peux en être sûr, contrairement à l'écriture de cette chronique. Car tout le monde sait que la chronique de disque, c'est le truc le plus vain du monde.

 

En conclusion, et de façon très professionnelle, j'en profiterai pour te répéter Loïck que j'aimerais vraiment passer vous voir toi et ta famille dans votre jolie maison, mais que la vie nous éloigne de façon complètement chiante. Je ne désespère pas en tous cas. De gros bisous à vous tous.

Captain SoulAAAAAAAAS !

photo de El Gep
le 19/07/2013

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