Chelsea Wolfe - Pain Is Beauty

Chelsea Wolfe - "Pain Is Beauty"
chronique Chelsea Wolfe - Pain Is Beauty

La belle (rien à cirer de son minois, c'est une métaphore englobant sa personnalité musicale) Chelsea Wolfe revient déjà avec un nouvel album au titre risible. Le jeu de mots aussi est trop beau pour que ce ne soit pas fait exprès. Ça, c'est dit.

Déjà, donc, alors que je n'ai pas forcément entièrement digéré les The Grime And The Glow, Ἀποκάλυψις, Live At Roadburn, A Tribute To Rudimentary Peni et le encore plus beau Unknown Rooms. Et je passerai sur les autres sorties en formats courts.

Ça n'a donc pas chômé ces dernières années.

 

Je savais qu'elle voulait orienter son prochain méfait vers plus d'électronique, ce qui n'était pas spécialement pour me rassurer, craignant le gothisme puéril à résilles et le plastique trip-hopeur. Non pas que j'aie quoi que ce soit contre l'electro sombre, finalement – j'ai été élevé à la Black Celebration – mais le romantisme exacerbé déjà contenu dans l’œuvre de Chelsea Wolfe, traité aux synthés et poums-tchacs à réverbération froide, pourrait très vite tourner au comique involontaire, à la caricature.

Et c'est exactement ce qu'il se passe. Non, je déconne. Du moins, j'exagère...

 

Pour situer mon point de vue, il faut que vous compreniez que je suis ce genre de type qui a fini par trouver Neurosis drôle, avec leur Metal Météorologique (ça, LordXGonzo, c'est de ta faute!), ou par coller une étiquette « pauvre pitit Calimero » à côté du nom Trent Reznor. On ne va pas être d'accord ? Tant mieux.

Mais comme je suis un indécrottable romantique, au fond, je suis toujours tiraillé dans mes émotions et mes cérébranlités.

 

Tout ça c'est pas pour me raconter, c'est pour expliquer que ce nouveau disque de Chelsea Wolfe me tiraille, justement.

Ah c'est beau ! Ah c'est triste ! Ah c'est pour moi !

Ah mais merde, c'est que je ne suis plus l'adolescent tourmenté que j'étais ! Et que, depuis, j'ai été confronté aux vrais problèmes de la vie d'adulte, comme savoir ce que comprend exactement la partie « provisions sur charges » de mon loyer, ou combien de verres je vais pouvoir boire avant de devenir dangereusement paranoïaque. Voyez : un homme, un vrai, et qui ne s'en laisse pas conter.

 

Il y a bien de la Black Celebration un peu partout par ici, notamment dans l'intro de "House Of Metal", peut-être le morceau le moins bon avec ses violons, ses programmations chiantes, ses petits bidules surfaits et ses facilités mélodiques.

Alors que ça commençait bien avec le premier titre un peu Indus, tendu. Et le deuxième, "We Hit A Wall", qui montre qu'elle n'a pas raccroché sa guitare pour autant, cette chanson étant formellement plus proche de ses deux premiers albums.

Mais "The Warden", vaguement dancefloor dans l'eau, fait dans le déjà entendu, malgré l'organe reproducteur vocal toujours aussi séduisant de la dark darling. Quoique... le côté petite fille-tristesse peut irriter à la longue, hein. On n'a plus l'âge de vouloir sauver ces dames de l'enfer émotionnel : on n'est pas des putains de chevaliers, chacun sa merde ! Tu pisseras moins, rhaaan !

Certes, "Destruction Makes The World Burn Brighter" et on ne pourra guère la contredire. Surtout qu'elle applique cette maxime à sa musique : la réinvention, bordel. De là à parler de prise de risque, faut pas pousser, c'est juste de la musique, pas de l'extrême base jumping ; bon. Mais là aussi, le titre est plaisant, OK, mais dépourvu du magnétisme si puissant qui irisait nombre de ses œuvres passées.

 

Alors il faudra attendre "Sick", pour un authentique truc pompeux complètement Noir, mais qui marche vraiment sur mon ââââme aux blafardes balafres... malgré une deuxième partie plus Portishead que Portishead (époque Third).

Ce disque nocturne a donc de vraies qualités pour qui a connu les affres de la dépression et des pensées morbides. Ouf !

Sauf que (je ne fais pas exprès de faire le chieur, je vous assure)... le titre suivant emmanche encore sur les mêmes accents et traits, empruntés à cette même influence, qui devient encombrante. Ce n'est pas complètement nouveau chez Chelsea Wolfe, mais ici c'est spécialement frappant.

Paf !

 

Une ballade de louve comme on les aime tant relance l'attention de l'amateur de gotheries folks qui se cache derrière ces lignes. Surprise !, tout dérape soudainement dans la tension spectrale nappée d'un glaçage de claviers. On serait tenté de se demander, sur une bonne partie du disque, si ils en font trop ou pas assez (c'est le nerf de la guerre), mais là c'est parfait. C'est exagéré comme il faut, avec des toms basse à suspense, c'est morbide au possible, c'est désespéré, c'est le fond du trou. Chouette !

Beau "Reins", très beau.

 

L'album est fatalement sentencieux, grandiloquent (avec une certaine classe, comme dans "Ancestors, The Ancients"), mais il contient au moins une pépite à guitares avec le mortel "They'll Clap When You're Gone". Ces mots sont cruels, impitoyables, illustrant bien cette ballade qui gonfle progressivement, et qui redonne foi en la haine de soi, la haine des autres, la haine de tout, la haine brute et blasée.

Mais ce n'est pas parce que je bourrine moi-même six fils de fer depuis plus de vingt ans, que je préfère les titres à guitares, je le jure. C'est juste qu'ils sont meilleurs, un point c'est tout.

D'ailleurs, quand le piano se pointe, ça le fait aussi : "The Waves Have Come". Pourtant, le refrain lyrique et magnifiant n'est pas loin de la variétoche ridicule. Et ça passe sans casser, c'est beau. Gonflé, mais beau.

Toute la fin du disque serait-elle donc un sans faute étincelant ?

 

On dirait bien. Ça se termine sur un morceau très court, guitares-chant, à l'ancienne, la voix perchée comme un bel oiseau de mort. Triste à crever, à s'en bourrer la gueule tout seul comme un con. Surtout que la frustration s'en mêle : tout s'arrête trop tôt.

 

Voilà donc un disque légèrement décevant pour ma part, un peu figue-raisin, moins catapultant que les précédents, mais qui comporte tout de même quelques moments de grandeur ineffable, spécialement dans son dernier quart arrière implacable.

(Pardon, j'ai pas pu m'en empêcher.)

photo de El Gep
le 05/10/2013

4 COMMENTAIRES

Le Kobaïen

Le Kobaïen le 07/10/2013 à 11:32:34

Ah ça me tente d'écouter! Mais suis au taff

Geoffrey Fatbastard

Geoffrey Fatbastard le 07/10/2013 à 21:54:45

c'est bien foutu, mais j?adhère pas

el gep

el gep le 08/10/2013 à 13:14:15

Tu peux essayer les autres albums, sinon, c'est pas tout à fait le même genre...

daminoux

daminoux le 12/12/2013 à 10:33:04

c'est pas du tout mon style de predilection. mais c'est un album envoutant au multiple ambiance.....

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