Circus Of Dead Squirrels - Scary Melodies

Chronique CD album (49:04)

chronique Circus Of Dead Squirrels - Scary Melodies

C’était en 2010. À une époque où, plutôt que de râler sur les pénibles à-côtés de la Covid, on glosait sur la fake news H1N1. Une époque où, bien qu'isolé et peuplé de buveurs de thé, le Royaume-Uni avait encore un bout d’orteil dans l’U.E. et un premier ministre bien coiffé. Une époque lointaine, donc, tout bien considéré. C'est en ces temps révolus qu'on avait découvert un genre nouveau d’olibrius qui mariaient amour pour les bébêtes, armure Indus Metal à blindage épais, et nature profondément Nawak, bien que nuancée de tâches sombres aux entournures. Les gugusses en question s’appelaient Circus of Dead Squirrels, étaient américains, et sortaient Operation Satan, un 3e album tout à fait compatible avec les attentes des fans de Carnival in Coal, Zimmer’s Hole et Crotchduster.

 

Depuis lors, de l'eau a coulé sous l'EHPAD. On a collectivement appris à tousser dans nos coudes, le laisser-aller capillaire Trumpien a contaminé le 10 Downing Street… Et de ce côté-ci du clavier on s’est laissé aller à la devise « Loin des yeux, loin du cœur » en oubliant plus ou moins – shame on me ! – le cercle des écureuils disparus. Alors que celui-ci a pourtant sorti un TPCM2 Judgment Day: Revisiting the Massacre en 2014. Et que Craig et Matt ont redonné signe de vie en 2021, via le side project Snuff Flick.

 

Il est donc temps de rattraper cette infidélité auriculaire en croquant à pleines dents dans Scary Melodies, quatrième album moins zoo-centré, mais toujours aussi délirant, toujours campé sur des fondations mécanoïdo-Indus, et toujours aussi craquant. Si la pochette passe sous silence la relative froideur de la composante Metal (il est vrai que celle-ci est plus que jamais nuancée de multiples élucubrations, samples et mélodies au synthé), elle met par contre bien en avant le côté cartoon destroy de l’entreprise. Quoiqu’il ne faudrait pas effrayer les coincés des zygomatiques : non, Circus of Dead Squirrels ne fait pas dans l’agitation frénétique à gros nez rouge. Son univers est certes délirant, ses compos foisonnantes, son QG ressemble à un magasin de farces et attrapes, mais pour autant la violence n’y est pas simulée, et la noirceur peut s’y avérer grinçante. C’est bien simple : sur cette cuvée 2022, quand on n’est pas en train de se faire ratiboiser le cuir par des déferlantes chaotico-électro-bruitistes, on oscille entre « Tiens, on dirait du 6:33 légèrement robotisé ! » et « Tiens, on dirait du Dog Fashion Disco méchamment vénère ! »… Ceci tout en arborant le sourire repu du nostalgique satisfait venant de croquer dans une fabuleuse madeleine de Proust.

 

Scary Melodies promet donc de nouvelles caricatures grimaçantes, de nouveaux coups de quenottes affutées, ainsi qu’un maëlstrom tourbillonnant – et parfois épuisant – de pistes livrées en un mille-feuilles tumultueux. Mais ce sont surtout de nouvelles compos marquantes qui nous attendent au tournant, comme un « Optimistic Nihilist » rapide et dansant quoiqu'arborant un sourire mauvais, « Fear Not » qui gambade vers son refrain 6:33ien avec un enthousiasme que sa camisole ne réussit pas à doucher, ou « Hot Tomalley » et sa descente en piquée pleine de Hey-hey-hey-hey-hey frénétiques, à 1:58. On remarquera également un « Hard Drive » qui a la mauvaise idée de s’avérer trop retors et hostile en de nombreux endroits, mais qui recèle un superbe refrain faithnomorien brassant avec calme mais détermination un vaste ciel traversé de zébrures crachées par de vieux modems. Mais aussi « Weirdo Man », qui ressemble presque plus à l’une de ces narrations médiévales chères aux groupes de Power Metal épico-progressifs qu’à une compo typique des ‘cureuils.

 

Compact et fou, varié tout en restant homogène, cartoonesque quoique sombre, Scary Melodies ne devrait pas décevoir les amateurs d’Operation Satan, et offrira une séance de rattrapage bienvenue à ceux qui, en 2010, avaient préféré se concentrer sur Cheese de Stromae et Lunatic de Booba plutôt que sur l’album précédent des Américains…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: sorte de mélange énervé entre 6:33 et Dog Fashion Disco confectionné par une I.A. démente vivant au milieu des décors d'un cartoon décadent, Scary Melodies offre une suite tardive, mais de choix, au très bon Operation Satan.

photo de Cglaume
le 23/05/2022

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