Crypt Of Kerberos - World of Myths (réédition)

Crypt Of Kerberos - "World of Myths (réédition)"
chronique Crypt Of Kerberos - World of Myths (réédition)

Le Dernier du Kvlt (ou "les classiques découverts sur le tard") – épisode 2

La plupart du temps, dans les rédactions des médias métalophiles, une règle tacite veut que les grands classiques ne soient chroniqués que par ceux qui s’en sont abreuvés dès le biberon, ceux qui les connaissent sur le bout des tympans. Agir autrement serait risquer le faux pas, la risée générale, bref: l’opprobre publique. Et puis ce serait une faute de goût, un manque de « professionnalisme », et le ridicule assuré pour le malheureux qui serait passé à côté de la vérité collective – et donc universelle.

Eh bien rien à battre…! CoreAndCo et le lapinmikaze vous proposent en effet une série de chroniques thématiques qui revisitent certains classiques à travers un regard neuf, sans préjugé, suite à une découverte récente. Alors à vos fatwas: 3, 2, 1… C’est parti!

 

Une fois n'est pas coutume, la chronique de ce « classique découvert sur le tard » n’est pas que le plaisir solitaire d'un gratte-papier fétichiste et un peu maso. Il est en effet question ici non pas de la première mouture d'une vieille pépite que l’on croyait momifiée à tout jamais, mais de l’une de ces rééditions comme il en pleut de pleines bennes ces dernières années. Et c'est Pulverised Records qui se charge aujourd'hui d'exhumer le World of Myths de Crypt of Kerberos, album que les vieux croutons anciens lecteurs du catalogue VPC d’Adipocere ne peuvent pas ne pas connaître – au même titre que Far Away From the Sun de Sacramentum, …And Death Smiled d’Alastis ou Innocent River de Excidium. Le présent article n’est donc pas le dépoussiérage aventureux de l’édition originale, mais bien la découverte de sa version remasterisée, re-artworkisée et rallongée de 7 titres (les versions démos des morceaux de l’album).

 

La grande question qui se pose ici est forcément la suivante: est-il bien raisonnable d’extraire le Monde des Mites (attendez-donc avant de hurler à la faute de traduction!) de la naphtaline où il croupissait jusqu'alors (hop, ni vu ni connu: petite blagounette fraîche, légère et sentant bon le lilas...)? Si si, j’en vois un qui se pose la question, là, au fond.

Eh bien en vérité je vous le dis: oui, 3 fois oui, ce World of Myths fait un bien fou. Un peu comme ce goûter chez Mamie, 20 ans plus tard, où l'on redécouvre la saveur oubliée de ces biscuits / confitures / friandises dont on raffolait lors de nos années cartable, billes et genoux croûtés. Parce que cet album est un bain rafraîchissant de "evil death atmosphérique old school", entre atmosphères majestueusement mystiques (à la early-Septic Flesh) et raw melodic death / black (cf. une version plus soft du The Nocturnal Silence de Necrophobic, ou une version enblackisée du My Shadow… de Decameron). Ajoutez à cela un tranchant technique et un synthé qui rappellent tantôt Nocturnus, tantôt – les quelques approximations aidant – Catacomb période In The Maze Of Kadath, et vous aurez une bonne idée de ce que vous réserve l'objet.

 

Alors OK, si l’on a 16 ans, qu’on carbure au djent ou au brutal death[-core] hyper policé, il y a un risque de réaction allergique cutanée: la prod’ est quand même bien rugueuse, le chant – bien que varié, entre growl spectral, chant clair et pseudo-shriek – est drapé de toiles d’araignée, et la batterie piétine parfois la dentelle guitaristique de ses gros sabots. M’enfin bordel, il s’agit d’un premier album enregistré par des petits jeunots ayant tout juste atteint la majorité... Et ceci date d'il y a 20 ans!

Et ne me dites pas que le jeu de Peter et Jonas – les gratteux de l’opus – ne vous met pas sur le derche. Multipliant les breaks, les soli et autres leads hyper véloces, nos 2 jeunes suédois sont les véritables stars de l’album, loin devant le batteur et le chanteur, mais également devant le bassiste – qui nous fournit pourtant, et pour notre plus grand plaisir, de confortables et solides poufs en fil de fer bassistique.

 

Mais si l’on ne peut nier que chacun de ces 8 morceaux renferme largement de quoi provoquer en nous un bon vieux retour de flamme melo-ld school turgescent, tout cela pèche néanmoins par un manque d’homogénéité, certains titres – notamment au beau milieu de la tracklist – étant quand même moins sexys, voire plus bourrus (cf. « Stormbringer », « Ancient War » ou « Nocturnal Grasp »). Par contre quelle claque que ce « The Canticle », qui se la joue froidement Dissection lors d'une course éperdue entreprise à 1:00, et qui nous balance de pleines pelletées de frissons sur le majestueux vol plané auquel se livre la lead à partir de 2:58. « Cyclone Of Insanity » entretient lui aussi la flamme mélodique qui brûle haut et fort sur les torches de ces fonds de caveau musicaux, et nous gratifie par ailleurs d’une sympathique guitare andalouse en fin de parcours. Puis le niveau de qualité devient plus fluctuant, même s'il faut avouer que stylistiquement parlant tout cela reste constant, avec toujours ces mid et slow tempos sombrement mystiques tout juste traversés de quelques fulgurances bourdonnantes et – bien entendu – enluminés de mille leads flamboyants. Le retour au top intervient vers la fin, sur « Sleeping God », instrumental exotico-lovecraftien au léger arrière-goût de Mystic Places of Dawn. Les aurevoirs – de toute beauté – sont quant à eux assurés par le morceau-titre qui prend de faux airs orientaux pour conclure l’opus de la plus majestueuse des façons.

 

Les bonus? Des balbutiements rugueux qui ne raviront que les plus jusqu'au-boutistes des fans de la première heure, ces versions démo s’avérant d’une qualité sonore franchement râpeuse…

 

World of Myths est donc un sacré bain de jouvence qui ramènera les nostalgiques au temps béni (mais pas regretté – ne faisons pas dans la nécrophilie) de la première moitié des 90s, à une époque où l’on parlait de death mélodique et non de mélodeath, et de death atmosphérique plutôt que de doom/death. Evidemment, la pilule passera un peu moins facilement au creux des estomacs les plus jeunes – ceux-ci digérant en général mal les prod’ lourdement chargées en aspérités poussiéreuses et en vocaux spectraux d’époque... M’enfin pas de quoi arrêter un amateur de death mélodique racé.

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: World of Myths est un chouette album de death atmosphérique, à la fois evil, mélodique et légèrement poussiéreux, où batifolent joyeusement des guitares aussi expertes que prolixes. Cette chouette madeleine de Proust ravira sans mal les fans de la 1ere heure de Septic FleshDecameron et Necrophobic, même s'il est vrai qu'elle n'est pas non plus exempte de menus défauts.

photo de Cglaume
le 14/12/2012

4 COMMENTAIRES

Cobra Commander

Cobra Commander le 14/12/2012 à 11:01:08

Ho putain, l'arrêt cardiaque: j'ai cru que c'était un nouvel album!!!

Album cultissime en effet... Mais t'écoutais quoi à l'époque mon Lapin?
Haddaway et la Zoubida? :D

cglaume

cglaume le 14/12/2012 à 11:16:38

A l'époque, dans ma cambrousse, j'avais point la thune ni les potes pour me permettre de tout avoir ! Dans ce créneau, j'avais déjà à couvrir les sorties d'Entombed, Dismember, Grave, Necrophobic, Decameron, ... et autre Edge of Sanity.
Papa-Maman étaient pas pleins aux as, et on ne téléchargeait pas, en ces temps anciens, mon bichon !!

cglaume

cglaume le 14/12/2012 à 11:17:51

Et sinon, oui: Haddaway et la Zoubida passant sur Fun Radio, je pouvais me faire des compils K7s tip-top sur ma mini-chaîne stéréo double lecteur K7 (auto reverse, of course) !!

Cobra Commander

Cobra Commander le 14/12/2012 à 11:56:41

Avec mon budget de merde, j'écumais les p'tites boutiques de CD d'occas', c'était moins cher et plus underground!

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