Curse - Void Above, Abyss Below

Chronique CD album (35:56)

chronique Curse - Void Above, Abyss Below

Ça y est le blizzard vient enfin de s’abattre chez nous, ça fait la Une de tous les journaux (est-ce vraiment surprenant en février ?). Donc quitte à se geler les miches, autant y aller franco en allant faire un tour là où il caille pour de vrai : en Islande ! On entend rarement parler de la terre de glace, si isolée, avec la densité humaine la plus faible d’Europe ; un bout de terre située à la lisière du cercle polaire, avec une telle concentration de volcans qu’elle pourrait bien se transformer en bouteille de champ’ géante d’un jour à l’autre !

C’est donc dans ce contexte que Curse a battit l’essentiel de sa musique depuis 1995 (alors sous le nom de Thule). Void Above, Abyss Below est leur troisième album, c’est également le premier album sous ce line-up résultant de la délocalisation du groupe en Norvège (c’est un pays du Sud pour les Islandais…). Le leader/multi-instrumentiste a donc trouvé son batteur à Oslo en la personne de D. Theobald, ayant trainé sa bosse dans pas mal de formations du coin dont Pantheon I.

 

J’ai mis un sacré moment avant de me lancer dans cette chronique (Sir Cglaume témoignera de mon temps de réaction désappointant…) tellement mon avis sur leur musique évoluait à chaque écoute. Tout d’abord, comme pour tout bon CD de Black metal old-school, il faut faire face à ce son toujours très cru, baignant dans une réverbération glaciale et caverneuse. Void Above, Abyss Below a été forgé dans les règles de l’art occulte: on a en premier lieu un duo basse/batterie qui saute à la gueule dès la première écoute par son aspect punk carrément dans un style à la Darkthrone ! Les rythmiques restent très modérées et mid-tempo, comme pour appuyer chacun des riffs, que chaque coup de grosse caisse, chaque claquement de basse fait résonner au fin fond de notre caverne cérébrale  comme un hymne au démon. Les riffs traînent de la patte tel un bagnard d’un autre temps traînerait son boulet, ceux-ci venant écorcher nos tympans par leur son très graveleux. Ils nous tirent toujours plus profond dans les abysses avec des déploiements harmoniques suraigus et grinçants... On sentirait presque les ongles de la bête en personne venir nous agripper les boyaux.

 

Ce qui rend cet album vraiment poignant au fil des écoutes, c'est la richesse de composition, malgré un aspect très primitif au premier abord. Curse fuit la monotonie, il consacre toutes ses forces à nous faire sombrer coûte que coûte dans les profondeurs sinueuses d’une tourmente musicale. On plonge progressivement dans leur intellect pervers, alors que « Desecrating The Divine Trinity » se veut très hargneux et rentre dedans, le titre éponyme enchaîne avec une structure déjà bien plus mélodique et presque entraînante, rappelant la mixture Black’n’Roll d’un récent Satyricon. Curse fait en sorte qu’on rentre peu à peu dans sa spirale infernale, il chope sa proie avec des arguments accrocheurs pour l’attirer progressivement dans une brume spectrale. On entrevoit d’abord son vrai visage sur « Infernal Visions », lorsque des chœurs s’élèvent en fond sonore pour sonner la messe noire.

 

Puis, l’engrenage est lancé : les morceaux se ralentissent, ils deviennent plus accablants encore et on ne sortira plus de ce brouillard fantomatique qui plane sur chacun des morceaux qui suivra. Les ambiances occultes développées par le duo sont très proches de ce qu’on a connu avec le « Dark Medieval Times » de Satyricon, cette reconstitution musicale de la terreur, la souffrance et la torture connus sous l’inquisition. Ces groupes s’inspirent de cette période pour nous la faire revivre du côté obscure. Je trouve qu’on atteint le point culminant de cet album sur « Painting The Devil On The Wall » : les mélodies y sont épiques et accrocheuses, tout comme les rythmiques ; on aurait presque l’impression d’avoir affaire à du Viking metal tellement on se laisse prendre par ses airs d’hymne. Les trois derniers morceaux sonnent vraiment notre atterrissage au fond de leur antre. On se retrouve presque ouvertement dans un Ambiant Black metal torturé : les mélodies sont triturées, les hurlements résonnent et tourbillonnent entre nos deux oreilles. Le dernier morceau marque la fin du voyage, tout y est, la messe noire a déjà était prononcée et l’appel a été entendu, un chaos dévastateur prend d’abord place avant de nous laisser flotter sur des nappes de clavier post-apocalyptiques, toujours avec ce vent glacial dans notre nuque.

 

Ps : cet album a été composé en seulement 42 jours, la moitié étant complétement improvisée. 

photo de Domain-of-death
le 06/02/2012

1 COMMENTAIRE

cglaume

cglaume le 06/02/2012 à 12:27:33

Note pour plus tard: on gagne le droit à un titre de noblesse grand-breton quand on bougonne ... :)))

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