Etrange - Etrange

Chronique CD album (47:37)

chronique Etrange - Etrange

Epaule droite, auréole et ailes blanches: « Mais n’hésite donc pas, vas-y: Charlélie Strobl lui-même en chante les louanges! Et tu sais comme moi combien vous tombez souvent d’accord sur l’intérêt des pochettes surprises métalliques que fait pleuvoir sur vous Madame Actualité. »

Epaule gauche, trident et poils aux pattes: « ‘te laisse pas embobiner par l’autre enfariné. Vous tombez souvent d’accord, oui. Mais pas tout le temps. Rappelle-toi que tu n’arrives toujours pas à accrocher à ses petits protégés de Malemort. Allez, sois honnête: il y a toujours eu un plat ou deux qui ne te disait rien dans le banquet Combat Nasal. Et puis regarde, il y a marqué "Prog" là… »

Epaule droite, auréole et ailes blanches: « Lapin de peu de foi! Tu ne vois donc pas que Yohann « Deadale », l’un des deux hémisphères du cerveau Etrange, a l’air d’être cochon comme copain (mais ouais) avec les excellents Schrodinger? C’est pas un bon signe ça peut-être? »

Epaule droite, trident et poils aux pattes: « Je sens que tu craques ‘spèce de lapin en guimauve. Alors écoute moi ça: tu l’entends le synthé là, tu l’entends???? »

 

... Putain oui, c’est vrai: quel est le saligaud qui a tout enclaviérisé ainsi?

 

J’avoue, sans de solides recommandations, je n’aurais pas enfourné le premier album d’Etrange dans mon mange-disque. Mais les louanges en masse fusèrent. La dimension cosmico-spatiale de la chose fit également son petit effet. Et puis merde: il faut de temps en temps sortir un peu de sa zone de confort pour s’ouvrir à de nouvelles expériences. C’est ainsi qu’on s’ouvre à de nouveaux horizons et que viennent les révélations les plus inattendues. (Oui, on pourrait croire que je parle ici d’éveil anal. Mais n’essayez pas d’avoir une lecture freudienne de cette chronique, vous risqueriez de glisser sur une peau de banane).

 

Etrange, donc, est une œuvre magistrale. Objectivement. Et pas seulement « objectivement » d’ailleurs: cette vérité résonne également dans mes os, mes synapses, mes tympans. Car la musique du duo parle profondément à l’auditeur, elle lui raconte une histoire (celle d’une sonde envoyée aux confins du cosmos par une Humanité mourante) et le berce dans un grandiose et chaleureux bain de lumière. S’il réussit à ce point à convaincre l’auditeur réticent amateur de musique sophistiquée mais organique, c’est qu’Etrange parle un Metal stylistiquement polyglotte. Sa langue natale est certes un Prog 100% instrumental de grande classe (cf. Dream Theater, mais ceux qui s’y connaissent citent aussi Liquid Tension Experiment), mais la formation pratique aussi les assauts extrêmes flirtant avec le Black, les arrosages généreusement orchestraux façon B.O. grandiloquente, les saccades veloutées du Modern Prog / Djent, ainsi que les flamboyantes tirades Sympho Power Metal. Alors oui, dit comme ça, ça sent le pompeux à plein naseaux, le « qui s’y croit et se chatouille la nouille derrière ses lunettes ». Sauf que le ressenti est tout autre (… une fois acclimaté aux particularités locales. On y vient).

 

D’ailleurs, quand je pense à l’album après coup, dans les quelques heures suivant l’écoute, si l’image d’un Dream Theater en tenue SF Synthwave peut m’effleurer l'esprit, je pense tout autant à Kalisia, ou au Carcariass de Planet Chaos (belle paire de choc pour cette fin 2019 au passage). Alors oui, on peut entendre un passage limite néoclassique à la Malmsteen vers la fin de « Nebula », mais également des riffs dont le grain rappelle le Thresholds de Nocturnus. Sans compter que le groupe sait laisser transpirer ses accointances avec Schrodinger en glissant quelques arabesques et un peu de percu’ orientales plus tôt sur le même morceau, en glissant de la thérémine sur « Titan », des accès psyché hippie vers la fin d’« Exoplanet », voire même un break cabaret 6:33ien à 1:31 sur « Exile ». Vous comprenez donc que l’Orchestral Cosmic Modern Prog instrumental ici pratiqué recèle de nombreuses surprises et tout autant de plaisirs.

 

Certes, mais les claviers, on en parle ou on fait semblant?

 

On en parle. D’ailleurs c’est leur faute si la note affiche 7.5/10, moyenne bâtarde entre le « Whaouwh ça tue! » culminant à 9/10 et le « Porque Mama mia, porque? » pleurnichant sur son 6/10. Parce que si le synthé de Velhon a mille visages – dont certains passent très bien, vu qu’on a toujours besoin d’une petite nappe spatiale pour faire décoller la navette, ou d’un orchestre symphonique pour endramatiser les scènes héroïques –, certains de ceux-ci font vraiment grincer des dents:

- comme ces poussées nasillardes flashy qui éclaboussent « Exile »

- comme ce piano « Clayderman dans l’ascenseur à Auchan » diffusé sur « Astralis »

- comme les interventions – discrètes, mais quand même – d’un pseudo-Charlie Oleg sur « Exoplanet »

- comme le synthé du « Jump » de Van Halen, toujours sur « Exoplanet »

... J’en passe et des plus kitch. Du coup on aurait presque envie de reprendre à son compte les pancartes « Ne tirez pas sur le pianiste » rendues célèbres par les westerns « luckylukiens », en en inversant la sémantique (je rigole Velhon, je rigole!). Ah et puis tiens, j’oubliais un autre aspect qui m’ébouriffe la terminaison caudale dans le sens inverse du poil: « Reloader », pur morceau lounge sans aspérité mais avec featuring de Carlos Santana (ou presque), qu’on croirait que la croisière s’amuse dans du coton (… n’empêche, oui, c’est vrai: le décollage à 2:02 déchire tout!)

 

 

Sauf que malgré tout, le maxillaire inférieur n’arrête pas de béer. Et les notes que j’ai prises pour préparer cette chronique sont parsemées de points d’exclamation enthousiastes. Parce que la vie ce n’est pas tout noir ou tout blanc. En l’occurrence ici c’est mauve-nébuleuse. Et le chroniqueur de rester ébloui quoiqu’un peu frustré, tel le célibataire face à son rencard Tinder, jolie sosie de Scarlett Johansson souffrant malheureusement d’un strabisme marqué. En gros, si vous n’êtes pas allergique aux claviers fluos, foncez!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Etrange est un premier album magistral qui propulse l’auditeur dans un voyage interstellaire peuplé d’orchestrations fastueuses, de solides saccades Thrash’n’Djent, de magnifiques volutes Prog, comme de violentes gerbes extrêmes, le tout en mode 100% instrumental. L’œuvre est ambitieuse, dosée avec justesse pour une approche facile, et ciselée par des orfèvres. On pense à Dream Theater, au Carcariass de Planet Chaos, à Kalisia… Mais une partie de nous reste néanmoins frustrée, la faute à un clavier sans vergogne qui use de sonorités pas toujours heureuses. Un album extrêmement fort, donc, qui devrait déchaîner les passions.

 

photo de Cglaume
le 29/01/2020

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