Kafka (gr) - s/t

Chronique CD album (26:30)

chronique Kafka (gr) - s/t

A priori, tout le monde est au courant que l'alphabet grec est un tantinet différent de l'alphabet latin. Même si les lettres différentes peuvent impressionner, pour l'apprentissage de la langue, c'est en fait la partie la plus facile.

Et pour ce qui est de la musique, il faut croire que la lettre K (coup de bol, elle s'écrit pareil dans les deux alphabets) placée en début de nom est une sorte de générateur de groupes de qualité dans cette région du monde (sans compter la poétesse Katerina Gogou) : je vous avais déjà chanté les louanges des Athéniens de Kalpa (dont je recommande toujours l'excellent A Grand Misconception) il y a quelques mois, ferai probablement l'apologie des crusties de Thessalonique Kataxnia dans quelques temps, et c'est aujourd'hui du côté de Patras que l'on s'embarque avec Kafka.

 

Alors attention, en premier lieu, il s'agit de ne les confondre ni avec les (très bons) post-rockers Lyonnais du même nom, les punk-hardcoreux de Gênes du même nom aussi ou les (encore) punk-hardcoreux Tokyoïtes (encore) du même nom aussi. Et probablement d'autres groupes encore. Merci de ne pas faire mon procès si j'en oublie. Il ne me resterai plus qu'à m'isoler dans mon château, en faire mon terrier pour ma métamorphose.

D'ailleurs, si vous vous demandiez, ce n'est pas non plus l'écrivain qui joue dans le groupe. Et si ça vous intéresse, « kafka », ça veut dire « choucas » en tchèque. Vous savez, cet oiseau noir.

 

Cette dernière information pourrait être relativement inutile vu qu'on parle de contrées bien différentes, mais cet animal totémise finalement pas mal la musique proposée ici par le combo de Patras, donc je la garde. Vous, faites-en ce que vous voulez.

 

Sur ce LP éponyme, Kafka (gr) nous embarquent donc, pour le dire en deux mots, dans six excellents morceaux d'un neocrust assez largement inspiré par l'école ibérique des années 2000, et notamment Ictus, avec des inclinaisons vers un hardcore plutôt sombre qui leur donne une belle personnalité.

 

J'arrive un peu après la bataille puisque ce disque est sorti il y a quelques années déjà, mais des années de pandémie et de distorsion temporelle mises au milieu me font me dire qu'il n'y a pas de raison et que ce disque est à mon sens excellent dans le style, alors j'ai envie de lui donner un peu de visibilité.

 

Et si je n'hésite pas à catégoriser le groupe dans le domaine du crust, celui-ci n'intervient finalement pas immédiatement dans l'album :

si l'intro du premier morceau « Rainfall » met déjà dans l'ambiance, avec une mélodie dissonante qui invite vers une piste qui met un peu de temps à décoller, mais qui s'avère finalement fort bonne, avec sa basse bien racleuse lorsqu'on la retrouve isolée, ses zones plus aérées, celui-ci s'avère plus proche de ce que proposent justement Kalpa sur leur album sorti plus ou moins à la même période. Mais la fin du morceau et sa mélodie donne déjà de sérieux indices sur ce dans quoi on s'embarque et sur les inspirations de Kafka.

 

Un très court (moins de deux minutes) « Disgrace » fera donc basculer l'album dans le vif du sujet, celui dont on parlait plus haut, plus orienté crust/neocrust et de très bonne qualité (« No Return », superbe avec son final low/mid tempo à faire frémir plus d'un punk adepte d'ambiances), mixé comme on le disait avec des touches de hardcore (ces dernières notes de « Full of Hate », c'est pas complètement Converge ?).

 

Notons aussi que Kafka (gr) n'hésitent pas à s'affranchir un peu des carcans, en proposant un morceau de plus de sept minutes (« Abandon all hope », très belle pièce qui pourra évoquer Morrow dans l'intention), contrastant avec celui de moins de deux d'auparavant : on sent que les gaillards se laissent porter par leurs envies. Et ça, c'est bien.

 

Enfin bref, sans rentrer dans le sur-détail, ce disque est excellent. Et pour les lettres de noblesses, sachez aussi que Kafka ont par exemple joué avec Visions of War notamment, lors d'un concert en soutien à un squat anarchiste d'Alexandropouli, Palio Nekropouli, attaqué et en partie brûlé par des sympathisants d'Aube Dorée.

 

Remarquons par ailleurs que si l'album est autoproduit, une flopée de labels DIY (Nothing to Harvest, We don't fight it, Under the Gutter, Sweetohm Recordings, Undergound Union Records, Body Blows Records, WOOAAARGH, Imminent Destruction Records) se sont unis pour en sortir une version vinyle, comme il est de rigueur dans le milieu. Une démarche qui est toujours à saluer, tout comme le lien fourni par le groupe sur sa page FB afin de pouvoir continuer à distribuer gratuitement la version numérique de son disque malgré le fait que le nombre maximal de téléchargement à prix libre sur bandcamp ait été atteint.

 

Ce disque se serait facilement intégré à mon top 2019 si j'en avais eu connaissance plus tôt et si j'avais déjà fait partie de ce webzine à l'époque. En attendant, il est propulsé en bonne place dans mon #toptroptard. Alors enfilez vos plus beaux habits noirs et vos vestes à patchs, allez soutenir les initiatives DIY du côté de chez vous et donnez une chance à Kafka.

 

A écouter en observant le monde s'effondrer depuis les plages de Méditerranée. Mais attention aux coups de soleil à travers les trous dans les fringues.

photo de Pingouins
le 03/08/2022

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