Dazy's Fasulia (הפסוליה של דייזי) - Interview du 16/09/2021

Dazy's Fasulia (הפסוליה של דייזי) (interview)
 

La réunion Zoom s'ouvre avec, côté groupe, Ori (basse), Hadar (guitare) et Skippy (batterie). Yali, le chanteur, est quant à lui censé se connecter depuis Londres, où il s'est rendu pour quelques semaines. En l'attendant, la discussion démarre sur nos lieux de vie respectifs. Je leur demande s’ils se trouvent à Tel Aviv en ce moment.

 

Ori : Oui, on se connecte depuis mon appartement à Tel Aviv, en effet

Hadar : Tel Aviv c’est sympa, mais personnellement je préfère être plus au calme. Je vis donc à Ramat Gan, en banlieue. Quant à Skippy, il vit à Jaffa.

Skippy : C’est un quartier de Tel Aviv où Arabes et Juifs vivent en bonne entente. Pour te donner une idée du genre de lieu dont il s’agit, dis-toi que Jaffa est au centre de Tel Aviv ce que Brooklyn est à Manhattan. C’est plus abordable (Rires)

Hadar : Si on est chez Ori aujourd’hui, c’est qu’il est le geek de la bande. Zoom, les ordis, nous on n’y comprend rien

Skippy : On est technophobes (Rires)

Hadar : Tout ce qu’on sait faire c’est gratter des cordes, taper des fûts (NdR : dit-il en jouant des perçus sur l’épaule de Skippy)… Et se laisser pousser la bedaine (Rires).

Skippy : Ouch ! (NdR : dit-il en grimaçant) En plein sur la dernière piqure que j’ai reçue il y a tout juste deux jours !

Tu ne t’es fait vacciner que récemment ? Je croyais Israël très en avance sur ce point…

Hadar : Ici on administre déjà la troisième dose. C’est sur nous qu’ils testent les traitements. Vous êtes tranquilles : si c’est dangereux vous le saurez en regardant ce qui se passe en Israël (Rires)

J’ai lu que la situation est devenue un peu moins rose chez vous ces derniers temps. Autant vous étiez les premiers à sortir du confinement lors de la première vague, autant la situation redevient moins idéale ces temps-ci… C’est bien le cas ?

Skippy : En effet, les gens recommencent à tomber malades, et les cas graves sont plus fréquents. Pour autant, depuis mai, il n’y a plus de confinement. On a pu donner à nouveau des concerts. D’ailleurs tu as peut-être vu la vidéo Youtube tournée à l’occasion de l’un de ces show, à la fin août, pour le titre « Radio Gagiga »… Cela faisait du bien de regoûter enfin à la scène !

 

Yali se connecte enfin, depuis un bar londonien assez bruyant…

 

Puisqu’il s’agit de notre première interview et que vous n’êtes pas encore extrêmement connus en France, j’aimerais en savoir plus sur votre nom. Je crois savoir que fasulia désigne une sorte de ragoût… ?

Hadar : Dazy, c’est ma grand-mère. Depuis que je suis tout gamin, chaque vendredi après-midi elle cuisine son ragoût – le fasulia, donc, en effet. Elle est née à Bagdad dans les années 20s, est venue en Israël dans les années 50s, et depuis elle continue de faire de la cuisine traditionnelle irakienne. Et c’est de là que vient le nom du groupe

Skippy : Il y a beaucoup de références à la cuisine irakienne dans nos textes (Rires)

On peut dire que ce n’est pas très commun pour un groupe de « Rock »… Mais du coup c’est assez raccord avec votre démarche, qui est globalement assez peu classique (Rires). Avant de parler plus directement de musique, je me demandais : pourquoi nous parles-tu depuis Londres aujourd’hui, Yali… C’est temporaire, ou bien tu as déménagé ?

Yali : Je ne pars que quelques mois par an. Je viens ici pour répandre la bonne parole du « G », et de notre musique. J’essaie par ailleurs de chercher quels pourraient être les meilleurs endroits où se produire avec le groupe. Je vais peut-être aller faire de même à Paris bientôt…

Skippy : On aimerait bien venir botter quelques culs parisiens en effet (Rires)

Yali : On a un morceau tout dédié à Paris d'ailleurs !

Sur l’album précédent, oui, j’ai vu ça. Je comptais d’ailleurs vous en parler : si j’ai bien compris les textes, il semble que vos impressions sur la capitale française ne soient pas super positives… ?

Oui c’est vrai (Rires). Il faut dire que quand je suis venu à Paris, j’avais 18 ans. C’était avec des potes, j’étais célibataire… Et on a été un peu dépités de tout le temps ne tomber que sur des parisiennes déjà prises. Dans la chanson je me plains que même La Joconde est constamment protégée par un garde du corps (Rires)… Bref nous sommes rentrés bredouille de notre trip parisien, et l’estomac gargouillant vu que la nourriture y coûte très cher également. Donc oui, on peut parler d’une expérience négative (Rires). Cela m’a inspiré les textes que tu as lus, autour desquels il n’a fallu que 5 minutes à Hadar pour composer la musique.

 

Justement, revenons-y, à la musique. Et à votre nouvel album : le dîner du vendredi (NdR: traduction française du titre ארוחת שישי) dont il est question, c’est celui lors duquel vous mangez le fameux fasulia je suppose ? Un moment véritablement sacré a priori, vu la pochette qui parodie La Cène de deVinci (décidément on en revient toujours à lui)…

Hadar : C’est bien ça. D’ailleurs à la place de Jésus c’est Dazy, ma grand-mère. Il faut savoir que tous les vendredi, Yali me supplie de le laisser m’accompagner afin de pouvoir avoir une portion de fasulia.

Je suppose que ce moment est particulier entre autre parce que c’est le dernier repas avant shabbat ?

Skippy : En effet. C’est une tradition hébraïque de se retrouver en famille pour le dîner de shabbat le vendredi soir. Moi qui suis seul en Israël – le reste de ma famille étant à New York – je viens fréquemment passer le dîner de shabbat chez Hadar. Et je peux en effet t’assurer que le fasulia préparé par sa grand-mère et ses parents est incroyable ! En fait dans le groupe Hadar c’est Monsieur Bouffe, et Yali c’est Monsieur Santé…

D'où le corps sculptural que ce dernier arbore sur vos artworks... Si j'ai bien suivi, ce sont les deux membres fondateurs du groupe ?

Hadar : Effectivement. Avec Yali on se connait depuis que j’ai 18 ans. Il en avait alors 17. On était tout le temps fourrés avec Nir (NdR : Horowitz), qui est depuis devenu notre producteur, mais qui était alors notre premier bassiste. Après un ou deux ans il a brusquement décidé qu’il en avait marre de note trip « Gagi ». On a alors eu la chance de rencontrer Ori, qui s’est avéré être un bien meilleur bassiste, qui plus est enthousiaste à l’idée d’apprendre de nouveaux riffs – quand Nir, lui, se plaignait sans cesse de la quantité de notes que j’essayais de lui faire jouer (Rires)… Côté batterie c’est Aviram (NdR : David) qui a été notre premier batteur. Mais là aussi on a gagné au change avec Skippy qui a un niveau meilleur et qui est plus facile à vivre.

 

Nous évoquons ensuite les 17 artworks différents qui illustrent chacun des 17 morceaux de l'album, ainsi que celui qui les a réalisés, Uri Fink, le dessinateur de Zbeng! (tous les détails sont à retrouver dans l'interview parue dans New Noise)...

 

Tout ces dessins feraient un superbe livret pour un CD ! Le problème c’est que l’album n’existe qu’au format digital, non ? Je n’ai pas trouvé d’exemplaire physique. Pas sur Bandcamp en tous cas…

Hadar : (montrant l’album) Si si, regarde. Il y a bien un CD, qui contient toutes ces illustrations. Enfin je dis un CD, mais je devrais plutôt dire deux, car l'ensemble des morceaux ne pouvait pas tenir sur un seul...

Skippy : ... Par contre tu as raison, ils ne sont pas disponibles sur Bandcamp. Mais comme de plus en plus de personnes nous le demandent, on va travailler à le rendre disponible à l'international. On ne sait pas encore trop comment on va s'y prendre, mais promis, c'est pour bientôt !

Oui, s'il vous plait : il y a encore tout un tas de vieux qui tiennent au format physique !

Ori : On te comprend, on est fait du même bois!  Mais ce n'est plus si commun... D'ailleurs il n'y en a pas tant que ça ici, des nouveaux groupes qui proposent leurs albums au format CD...

 

Nous évoquons ensuite l'étiquette-maison "Psychogagi Rock" , ce qui amène la discussion dans la scatologie la plus crasse...

Puis on passe un peu de temps à parler de leurs influences, notamment les Red Hot et Rage Against The Machine, pour finir sur l'évocation de jeux de mots en hébreu (cf. l'interview parue dans New Noise)

 

Tout ceci constitue une transition parfaite je dois dire. Car en effet, vos textes sont très majoritairement – pour ne pas dire exclusivement – en hébreu. Ce qui explique peut-être en partie le fait que vous ne soyez pas encore très connus en dehors d’Israël. Alors c’est vrai que ne pas chanter en anglais n’est pas toujours un frein à la reconnaissance internationale – il n’y a qu’à voir Rammstein par exemple. Mais l’utilisation d’un alphabet et d’un sens de lecture différent ne facilite évidemment pas la découverte via Google. Est-ce que vous avez déjà envisagé d’angliciser une partie de votre univers pour vous ouvrir à un public plus large ?

Yali : C’est un sujet dont on a déjà beaucoup parlé entre nous. S’essayer aux textes en anglais, et donner des concerts à l’extérieur de nos frontières, cela nous tente bien sûr. Mais c’est tout un processus. Et on ne sait pas encore vraiment comment s’y prendre. Car on veut conserver cette vibe israélienne et notre « Gagi touch ». Et cela ne va pas être simple en anglais…

Hadar : Il est important pour nous de rester authentiques. On ne peut pas prétendre être des gens que nous ne sommes pas vraiment. Moi je suis israélien, et tout ce que je fais s’inscrit dans cette logique. La musique que je compose, dans ma tête je l’entends en hébreu. Alors c’est vrai qu’on discute pour voir comment s’ouvrir à l’anglais… Mais ce n’est pas un mouvement naturel.

Skippy : Dans ce dossier, toute la pression est sur mes épaule. Car je suis américain. Je crois que je ne vais pas tarder à appeler à l’aide d'ailleurs (Rires). Plus sérieusement on a vraiment prévu d’écrire de nouveaux morceaux en anglais. Voire même peut-être de traduire certains de ceux que l’on joue déjà. C’est sûr que ça nous permettrait d’atteindre d’autres publics, et de jouer dans bien plus d’endroits. Comme tu l’as dit la barrière de la langue rend les choses difficiles, notamment lors de la première étape : nous trouver.

D’autant que d’autres groupes israéliens ont ainsi réussi à toucher un large public international. En tant que fan de Metal je ne peux pas ne pas penser à Orphaned Land par exemple, dont le nom est plus facile à googliser pour un public non hébréophone

Hadar : Une solution serait tout simplement que les gens se mettent enfin à l’hébreu.

(Rire collectif)

Yali : Autre alternative : faire un album en français. Ça arrivera peut-être, qui sait ? (Rires)

Skippy : Mais vu que Yali est tout le temps fourré à Londres, les probabilités sont quand même bien plus grandes que ce soit l’anglais qui soit favorisé au final (Rires)

 

On parlait d’autres groupes israéliens, et ça tombe bien, il y en a un dont je voulais vous parler car ils ont sorti un album pas si éloigné que ça de votre registre – même s’il s’avère moins funky, et qu’il a été réalisé en collaboration avec d’autres artistes. Il s’agit de Kruzenshtern i Parohod. Les connaitriez-vous par hasard ?

Hadar : Non on ne les connait pas. Mais ça va nous pousser à écouter ce qu’ils font.

Skippy : J’ai déjà entendu ce nom mais je n’ai jamais écouté leur musique...

Ce n’est pas un album de Metal au sens strict. C’est plus ancré dans un registre foufou, à la Mr. Bungle

Yali : Les gens nous disent souvent qu’on leur rappelle Mr. Bungle. Mais la vérité c’est qu’aucun de nous n’a jamais vraiment écouté ce que ce groupe fait...

Skippy : Ou disons plutôt qu'aucun de nous n’en est vraiment fan. On les connait, on apprécie, mais on est loin d’être des fans hardcore

Vous êtes sans doute plus branchés Faith No More ?

Oui et non : notre truc c’est plutôt les vieux Red Hot Chili Peppers.

Hadar : Et Rage Against The Machine. Et Primus, dont la vibe nous parle vraiment. Cette façon dont Les Claypool aborde son jeu de basse...

C’est une influence que l’on ressent en effet. La basse d’Ori m’a également fait penser à O’Funk’illo, le Infectious Grooves espagnol.

Ori : Effectivement, j’ai écouté certains de leurs albums. C’est très sympa, même si ce n’est pas vraiment une influence.

Il y avait le Infectious Grooves américain, O’Funk’Illo était le Infectious Grooves européen, et on peut à présent dire que vous êtes le Infectious Grooves du Moyen-Orient (Rire)

Hadar : Un Infectious Grooves fini à l’amba !

Skippy : Si tu ne connais pas, l’amba c’est cette sauce fermentée à base de mangue qu’on met sur les kebabs ici, et qui te refile une haleine abominable pendant les trois jours qui suivent.

C’est un peu votre vegemite, ou votre nuoc mam à vous !

C’est tout à fait ça !

 

Restons donc dans les choses qui s’ingèrent en parlant de vitamine G : c’est manifestement un gimmick récurrent puisque c’est non seulement un morceau du nouvel album, mais c’était une substance qui était déjà évoquée sur l’album précédent. Je me trompe si j’imagine que ce G est le même que celui du fameux « point G » – auquel vous dédiez d’ailleurs votre dernière piste ? Mais également peut-être le G de « Gagi » ?

Dans le monde de Dazy’s Fasulia, le G fait référence à beaucoup de choses.

Hadar : D'ailleurs nous nous sommes tous fait tatouer un G quelque-part

 

Hadar montre son majeur droit, Ori un point au-dessus de son coude gauche… Et Yali son fessier !

 

Skippy : Yali, vas-y, raconte-lui. C’est toi le mieux placé pour donner les explications sur ce sujet !

Yali : Oui, Vitamin G = Gagi. Il y a longtemps, alors que je n’avais que 18 ans et qu’Hadar et moi étions occupés à écrire des compos, assis dans mon jardin, j’ai prononcé le mot « Gagi » au lieu de « Kaki » (ce dernier mot signifiant « merde » en hébreu). Parce que je « planais » (Rires). Et ça a fait halluciner Hadar, qui ne devait pas être dans un état bien meilleur que le mien (Rires). Du coup on a commencé à dire « Gagi » un peu tout le temps, à le décliner à toutes les sauces : « Hey, comment ça va ? Gagi, mec ! ». Tu vois le truc ? Petit à petit c’est naturellement devenu le sujet principal de nos morceaux, ceux-ci étant peuplés de Planet G, de Gagiland…

Hadar : … Et de Vitamin G, qui est le vaccin qu’on préconise aux être humains pour qu’ils soient…

Ori : ... Comme nous haha !

Hadar : Pour qu’ils se libèrent, qu’ils soient moins coincés, moins politiquement corrects.

… Et plus puants, du coup, vu l’odeur de la matière en question !

(Rire général)

Yali : Les gens qui ne sont pas Gagi, on les appelle les Baum. Car ils souffrent du syndrome de Baum – dérivé du syndrome de Down, autre nom de la Trisomie 21. Ce sont ces gens – comme les juristes, les comptables – qui filent toujours droit, qui font toujours ce qu’ils sont censés faire. Ceux qui ne s’occupent que d’argent et de succès, et qui ont oublié l’enfant qu’ils ont été.

D'ailleurs sur le dernier album vous leur avez dédié le quatrième titre (« Baum Syndrome -  תסמונת באום »)

Skippy : En effet. Celui-ci raconte l’histoire de Mr Baum, un juriste dont la vie est bien grise. Tout le sujet du morceau est de voir comment délivrer ce type de personne du fameux syndrome de Baum.

Je suppose que la solution c’est la vitamine G ?

Bien entendu ! Il faut en verser une grande rasade dans son jus d’orange du matin (Rires).

Et la fameuse « Radio Gagi Ga » dont il est question en piste 7, c’est juste un élément de plus de ce G-Monde ?

Yali : « Radio Gagi Ga » parle de toutes ces stations qui ne veulent pas de nous parce qu’on ne rentre pas dans leur moule policé, parce qu’ils ont l’impression qu’on souffre du syndrome de Tourette. C’est d’ailleurs l’exact contenu du refrain : « Eh merde, je ne suis pas politiquement correct. Ce n’est pas un problème de Tourette : je dis simplement la vérité. Je suis désolé, pourtant j’essaie… Mais tout ce que j’ai à proposer, c’est Gagi ».

Skippy : Le message est évidemment qu’on ne veut pas se conformer aux standards consensuels, qu’on ne veut pas devenir mainstream. C’est une sorte de protest song. Comme Hadar disait tout à l’heure, on veut rester authentiques, en accord avec nous-mêmes…

Hadar : … Et botter des culs !

Skippy : Exactement. Et on ne s’excusera pas de la manière dont on botte les culs. Et on ne se prostituera pas pour bénéficier de plus d’exposition à la radio.

Yali : Parallèlement à ce message que l’on tenait à faire passer, il se trouve que plein de groupes que j’aime ont une chanson qui parle de radio. « Radio Ga Ga », euh… Radiohead. Je me suis dit qu’il nous en fallait une à nous aussi (Rires).

Skippy : La référence évidente ici c’est bien sûr le « Radio Ga Ga » de Queen. Mais il y a aussi cet album israélien emblématique qui s’appelle Radio Blablah (NdR : du groupe Ha-Chaverim shel Natasha), qu’on avait également en tête en composant ce morceau.

Yali : Il est vraiment excellent, et parle d’un animateur de radio souffrant de troubles de la personnalité. C'est un concept-album découpé en quatre grandes parties se focalisant successivement sur chacune des personnalités du protagoniste. Par ailleurs il se trouve que Skippy et Hadar jouent de la musique avec l’un des compositeurs.

Skippy : En effet on a joué pour Arkadi Duchin, le chanteur, claviériste, et fondateur de Ha-Chaverim shel Natasha. D'ailleurs il se pourrait bien qu’on enregistre un album avec lui bientôt...

Hadar : Il faut savoir que ce groupe, c’est un peu le Pink Floyd israélien. C’est la génération d’artistes qui nous a précédés. Duchin a 57 ans à présent…

Skippy : Radio Blablah a eu un impact énorme à sa sortie, dans les 90s, et est depuis devenu une grosse influence pour toute la scène israélienne.

 

Abordons à présent un tout autre sujet : la page Bandcamp dédiée à Friday Dinner a une caractéristique assez inhabituelle. En effet chaque morceau y est présent deux fois, une fois avec le son et les paroles, et une seconde fois uniquement avec les paroles. Pourquoi avoir procédé ainsi ? Je dois dire que c’est la première fois que je vois ça… Et je n’ai pas réussi à en comprendre la raison (Rire)

Yali : Je crois simplement qu’on n’est pas très futés dès qu’il s’agit d’utiliser internet, des logiciels ou même un bête ordinateur. Quand on a sorti l’album, Hadar et moi nous sommes dits : « Allez, maintenant il faut le rendre disponible sur la toile ». Et on l’y a donc balancé comme on a pu – comme des manches manifestement (Rires). Un jour, quand on aura plus d’argent, on essaiera de refaire les choses bien, promis.

Skippy : C’est Ori notre « technicien », celui qui essaie de s’occuper de tout ça. Bon, il n’est pas non plus super doué dans ce domaine hein, mais il reste bien meilleur que nous (Rires).

Hadar : Il faut bien que tu comprennes que tous les quatre on est une vraie bande d’idiots. On ne sait rien faire en dehors de jouer de la musique ! Dès qu’on a un clavier devant nous, c’est la cata’ !

Skippy : Notre page Bandcamp en est la plus parfaite illustration (Rires)

 

Pour revenir à votre domaine de compétence alors, parlons du live. Sur Youtube on peut voir des vidéos de certaines de vos prestations qui témoignent que vous êtes de vraies bêtes de scène: c'est manifestement un endroit où vous vous sentez extrêmement à l’aise ! Si vous pouviez partager la scène avec des amis ou des groupes que vous admirez, à l’occasion d’un festival organisé par vos soins, qui aimeriez-vous avoir sur l’affiche (… ne vous restreignez pas dans vos choix : n’importe quel groupe, que ce soit réaliste ou non) ?

Ori & Skippy : Je crois qu’on est tous d’accord pour dire qu’on adorerait jouer avec Royal Blood.

Je suppose qu’on aurait également droit à Primus et les Red Hot ?

Yali : Les Red Hot Chili Peppers, ça ne pourrait pas se faire. J’ai entendu dire qu’ils refusent d’avoir pour première partie des groupes qui jouent dans le même registre qu’eux.

Skippy : Pour être exact, ce qui nous a été dit c’est qu’ils n’acceptent pas de jouer après un groupe qui dégage plus d’énergie, qui botte les culs plus fort qu’eux.

Ils ne doivent plus avoir de première partie ces derniers temps je suppose (Rires)

Skippy : On a vécu nous-mêmes une situation similaire il y a quelques semaines. On a en effet ouvert pour un artiste de Disco / Funk Rock qui est relativement connu ici, Guy Mazig. Il est d'ailleurs venu jouer les guests de luxe pour nous pendant le show. Quoiqu’il en soit, quand on a eu fini notre set, le proprio de la salle est venu nous voir et nous a dit : « Les gars, vous faire venir ici était une grosse erreur. ». Tu imagines notre surprise, d'autant que le public semblait vraiment avoir pris du plaisir durant notre show ! On lui fait part de notre ressenti, et le mec nous répond : « Le truc c'est que ça ne se fait pas de donner un concert aussi énergique et enthousiasmant juste avant la star du jour. Il avait l’air de quoi après ? Devant son public en plus ! »

Hadar : C’est ce qui arrive à chaque fois qu’on joue les premières parties pour de gros groupes ! On déboule sur scène, on donne tout, et le public finit en état de choc. On marque les esprits tellement fort qu’après ça ils ne peuvent plus nous oublier !

Ce qui fait que chaque première fois où vous ouvrez pour un groupe est également la dernière (Rires)

Yali : On en rigole mais ça ne change pas le fait que Guy Mazig est vraiment un artiste excellent.

Skippy : On le respecte énormément !

Hadar : C’est un musicien qu’on écoute depuis notre plus tendre enfance. Depuis mes 8 ans en ce qui me concerne.

Ori : C’était vraiment un honneur pour nous, cette soirée avec lui.

Yali : C’est vrai qu’on a eu la chance de pouvoir jouer avec beaucoup de grands artistes ici – que tu ne connais sans doute pas : Maor Cohen, Mercedes Band, …

Je me rappelle avoir vu une vidéo Youtube où vous jouiez avez une chanteuse qui semblait connue en effet…

Il s’agissait de Gal de Paz, la chanteuse de Lucille Crew. C’est une artiste incroyable.

Je suppose que pour avoir autant d’opportunités et de featurings, vous-mêmes devez avoir une certaine reconnaissance en Israël… ?

Skippy : On va dire qu’on est gros dans le cadre de notre scène.

Ori : Et il se trouve qu’on connait pas mal d’artistes. Parce que chacun de nous joue en tant que musicien de session au sein d’autres groupes, et dans d’autres cadres. Donc en effet, on a un pied dans l’industrie de la musique, et pas mal de connexions dans ce monde. Gal, par exemple, est en quelque sorte une collègue. Elle est sans doute plus connue que nous, mais on a de vraies relations amicales avec elle. Même chose avec Guy Mazig.

Skippy tu parles de « votre scène » : y a-t-il d’autres groupes funky / jumpy / funny qui jouent le même type de musique que Dazy’s Fasulia en Israël ?

Hadar : Malheureusement je crois que l’on peut dire que l’on est les seuls dans ce créneau ici.

Skippy : Quand je parlais de « notre » scène, je pensais à la scène underground, qui est particulièrement vivante à Tel Aviv.

Hadar : Elle s'est développée énormément ces dernières années

Skippy : Et en effet, dans les réseaux « indé », on est pas mal connus. On convertit doucement tout ce petit monde au « Psycho Gagi »

Yali : Si tu veux un parallèle avec un autre groupe israélien, beaucoup de gens me disent qu’on leur rappelle Mercedes Band. C’est vrai qu’on a beaucoup écouté leur musique quand on était jeunes. On a même ouvert pour eux une fois à Tel Aviv.

Skippy : C’est LE gros groupe de Funk Rock chez nous. Et on espère bien s’asseoir un jour à leur place sur le trône : on en profitera alors pour rebaptiser le genre de Funk rock en Psychogagi Rock (Rires)

 

Dazy’s Fasulia sur le trône du Funk Rock israélien : j’ai l’impression que c’est l’image parfaite pour clore cette interview. Mais je vous laisse en décider : un dernier mot, une dernière info ?

Hadar : Il y a en effet une particularité du groupe que tu ne connais pas encore. Quoique je ne sois pas persuadé que ce soit vraiment une bonne idée de t'en parler...

Skippy : Mais si, c’est le timing parfait !

Yali : Mais oui, vas-y: dis-lui. Après tout on en parle dans nos chansons...

Hadar : Ok ok. Eh bien sache qu'en plein milieu de nos concerts, il y a toujours ce moment où la foule réclame « Le so-lo des rou-pettes ! Le so-lo des rou-pettes ! ». Parce que la tradition veut effectivement que je joue un solo avec le câble de ma guitare et mes couilles.  

Quoi ? Ça peut se trouver sur Youtube si je cherche bien ?

Tu imagines bien que non (Rires). C’est un hommage très personnel que je rends à Tom Morello, en reprenant ce passage de « Testify » (NdR : il fredonne) à l'aide de l'un de mes testicules. On me le demande systématiquement. Mais je ne le fais que lors de certains shows « spéciaux ».

Un testicule ? Ça doit être douloureux... Tu as intérêt à prendre une assurance particulière pour protéger ton outil de travail si c’est si fréquent (Rires)

Yali : Ce testicule est particulièrement gros. L’autre est normal, mais celui utilisé pour le solo…

Hadar : … un vrai citron ! Et si jamais tu veux pouvoir assister à cette performance hors du commun, il va falloir nous trouver une date en France !

 

 

 


 

Hum... Il doit se trouver des salles du côté de Pigalle où ça ne posera pas trop de problème. Affaire à suivre, donc.

photo de Cglaume
le 05/01/2022

2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 05/01/2022 à 20:34:31

Super interview, bien vivant comme c'est bien qu'on aime!
Bon, je me demande bien pourquoi ils pensent à chanter en anglais (mais ils ont pas l'air méga chauds non plus, hein?) alors qu'ils disent ne pas vouloir se prostituer. Les gars, chantez dans la langue qu'il vous plaît et vous posez pas plus de question que ça, bordeeeel!
J'ai lu une bonne partie de l'interview avec ma gamine sur mes genoux, ce qui a fait qu'on a beaucoup commenté "Monsieur Caca" et ai dû lui expliquer ce que c'était qu'un diablotin.
Interview ludique et pédagogique, donc, bravo M. Glaume et messieurs Fasulias!

cglaume

cglaume le 05/01/2022 à 22:23:58

Haha, merci d'avoir lu ça en famille :D En effet ils sont assez divisés sur le sujet de l'Anglais. Espérons que ça ne sera pas un objet de discorde !

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