Lordxgonzo + Pregnant Spore - Split CD-R

Chronique CD album (43:00)

chronique Lordxgonzo + Pregnant Spore - Split CD-R

Peu de gens le savent mais la belle et dangereuse ville de Belfort engendre, au moins ces dernières années, des monstres. LordxGonzo, personnage cultivé et sympathique au demeurant, en est l'un d'eux. Le pire à ma connaissance. En tous cas, pour le bruit.

Cela fait déjà un bout de temps qu'il nous pourrit les oreilles de torrents de boucan, et nous traumatise la sensibilité à coups de visuels choquants, faisant de la perversion sa matière première non-consentante.

Sous ce pseudo, donc, via des milliers de sorties, dont des cassettes uniques (il a dépassé les 110), oui, vendues des millions de dollars à un seul exemplaire chacune, coloriées à la main coupable. Il fait subir également le même sort à des vinyles. Mais aussi via des tournées en compagnie d'amis aussi freaky que lui (les freaks, c'est choc) comme Morgane Desbeet et SarkoFachoCRSS88, Ecoute La Merde, Agression Sonore, Nundata, Odalanus et quelques autres terroristes.

Il avait déjà frappé plus tôt dans le 20ème siècle avec Vulgar Nausea, mais il fait aussi parfois des ravages avec le Mental Hygiene Terrorism Orchestra et aussi via son label Filth Is My Life Rec.

 

Je suis passé un peu pour un facho (aux yeux des intolérants) dans des commentaires sur Core And Co, où je m'attaquais à un groupe qu'il ne vaut mieux pas citer, en disant qu'il y avait un temps pour tout passer au napalm.

C'est exactement ce que fait LordxGonzo dans le petit monde atrophié et égocentré de la musique.

Il la détruit, la salit, la souille, la viole, avec du purement impur Bruit.

Il sera ici question de pulsions malsaines, à base de tout ce qui peut être déviant : zoophilie, nécrophilie, scatophilie, débilité, bestialité, pour une régression de l'homme à un tas de chair puante, nous rappelant que nous sommes tous, à la base et littéralement, des sacs à merde. Et des barbares, des violeurs, des tueurs en puissance. Et des barbarisés, des violés, des tués, des victimes, tout autant...

 

Tout cela serait un poil trop sérieux si l'on oubliait qu'il s'agit aussi quelque part d'une régression infantile : ce disque est encore une autre sortie de gogols qui deviennent de vrais gosses dès qu'ils ont des pédales distorsion entre les mains. Ce qui les met à l'écart d'une éventuelle récupération beauxardeuse / arty contemporaine (quoiqu'il me semble avoir vu une review de Pregnant Spore sur Wire, alors tout peut arriver, ma pauvre dame!). Et si ça devait vraiment se passer, Gonzo pourrait toujours – réellement – leur vomir dans la bouche à l'une de ses performances.

Loin de moi donc l'intention d'en faire une chronique thèseuse. Car ici il faut oublier son cerveau. Et rentrer dans la transe perverse.

 

Il s'agit donc d'un split CD-R. Avec l'américain de Pregnant Spore, qui est aussi le boss du label qui a vendu ce disque (oui, c'est sold-out, je fais une chronique d'un truc qui n'est plus disponible, c'est génial!), Stockroom Records. Vous verrez, il fait plein de choses, lui aussi : il participe à divers collectifs et collaborations, s'amuse avec des field recordings, etc Satana !

Je dois dire que c'est la partie du Gonzo précédemment cité qui m'a surtout intéressée. Toute forme de copinage complaisant étant ici, bien entendu, impossible, si l'on prend en compte mon intégrité intègre de passionné désintéressé. Pregnant Spore fait tout un tas de trucs bien cools, mais ses titres ici ne sont franchement pas les meilleurs, de ce que j'ai pu en entendre...

 

Ça commence par un « Étalon ». Non, pas le cheval (quoique... j'aime mieux pas savoir ce qu'il lui ferait, au cheval), mais l'étalonnage. Règle ton bouton de volume pour bien entendre le petit son aigu qui crépite. La suite n'en sera que plus violente et mise en valeur.

Et c'est parti, accroche-toi, sac à merde ! Ça va labourer dans tes oreilles : gare à l'avalanche, AVALANCHE !, AVALANCHE !, pas celle de Leonard Cohen, celle de merde et de vomi et de foutre ! LA GRANDE COULÉE MERDEUSE!

 

« A Date With The Hillside Strangler » commence de façon sournoise, non ce n'est pas une explosion, mais ça te tombe dessus par vagues. Des échos lasers-métalliques soulignent chaque rictus assassin. LordxGonzo, mine de rien, pose une vraie ambiance mortifère. Niant le n'importe quoi. Ou si c'est vraiment n'importe quoi, c'est pas n'importe comment. Ambiance donc chaude-froide, chaude comme la pisse qui coule le long de tes cuisses, froide parce que t'es enfermé dans le congélo avec les autres proies-trophées. Celles-ci sont désormais plus chanceuses que toi : elles sont mortes et ne souffrent plus. L'art de la strangulation lente, donc, avant (vers 05:40) le découpage à la scie circulaire. Empilage de moignons, la chair est faible et l'os si cassant révèle la toujours onctueuse moelle.

Retour à l'état de viande silencieuse.

 

« Or » explose enfin, avec des arrêts brusques sur images mentales de désolation. Gonzo recrée pour toi les plus beaux acouphènes post-bombonnes de gaz.

Un son conducteur continue en fond pour « Communication Fails » et son flot de distos carbonisant tous les mots que je pourrais écrire.

CRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR.

Bave malodorante sur tissus gangréneux lubrifie furoncles mous éclatent sous lèvres tuméfiées silence enfin encore de mort.

Putain de pitié pourrie putréfiante.

 

Pas pour longtemps. Des sirènes stridulent, nappes froides et parasites de basses synthétiques, « Ceremony Of The Cheaps And Unwanted » te mouille la bite à la javel. Il fait chaud dans ce sac plastique. 03:08 et les porcs affamés entrent en scène. Ils cherchent les saucisses avariées qui portent ton nom, tamponné sur leur peau, celle de tes intestins. Ils trouveront. Les porcs faméliques trouvent toujours ! Tu ne voyais pas la vie après la mort ainsi.

Misérable merde !

 

« Miserable - Despicable - Lustful » étonne avec ses cymbales jouées à l'archet et ses percussions poubelles. On est bien au-delà de la Harsh Noise. Quelque part pas loin des œuvres horrifiantes et criminelles de Morricone quand il n'avait vraiment pas le moral et d'un Lustmord pas trop electro. Paie tes références inutiles ! Un snuff-giallo plein de tension pour terminer sa participation. Bravo, je suis nu, prostré, un paria méprisable, luxurieux sans réussir à bander. Quant à la jouissance, elle est sans entrave et se prend là où l'on se sert, explosant nos limites.

 

Est-ce que ce qu'il vient d'arriver s'est vraiment passé ?

 

Pregnant Spore prend le relais avec des pets noiseux quasi continuels, revenant à un sujet plus typiquement Harsh Noise, la voix passée dans le mixeur géant de 14 pédales fuzz mises à la chaîne.

Le titre est légèrement emprunt de pseudo poésie LSDienne : « We'll blossom and bloom underneath the moon filled with honey and chocolate chip cookies even though you more than that » (il doit manquer un mot quelque part sur la jaquette). D'ailleurs des sons aberrants (new-age?!?) débarquent vers 06:13, ajoutant une touche d'humour.

Non, pas du tout ? Ah bon. Moi ça m'a fait rire.

 

« Fuck Your New Horizons » fait des bulles avec des interférences ou l'inverse. Puis la Harsh Noise reprend ses droits et tout cela décape pendant 09:40. Relou, pourrait-on dire. C'est pas fait pour plaire, mais pour abrutir. Tout fini dans l'autisme. Pari réussi...

 

J’aimerais bien réécouter cette fin de disque en écrivant, mais mon lecteur me joue des tours, il s'arrête, bloque et beugue, comme s'il rejetait toute cette merde encodée en zéros et uns. Je le force, ce salaud, je le force et il repart ! C'est qui le patron, ici, hein ? C'EST MOI J'TE DIS ! C'EST MOI QUI COMMANDE, BORDEL ! MANGE LA MERDE ! MANGE LA MEEEEERDE !

 

Nan, rien n'y fait, tout se bloque pour « Bleached Life », mais bon je pense que vous aurez saisi l'essentiel.

Lavez-vous au napalm, détruisez la musique pour mieux l'aimer et mieux la haïr. Pour mieux vous connaître, vous apprécier et vous détester vous-mêmes. Ça pique au début, mais tu seras tout surpris d'y revenir.

 

Un petit mot sur la couverture : elle a été réalisée par le dit LordxGonzo, dans le même genre d'insanité que son livre compilant des œuvres visuelles immondes. Oui, il a sorti un livre, aussi.

Et des vidéos.

Il a même fait de la Harsh Noise par téléphone et aussi des concerts intimes dans les bois (les fameux PicNic Of Noise).

 

Le CD-R redémarre tout seul. S'arrête. Reprend. Et fini par arriver au bout.

Ils ont réussi à pervertir mon lecteur !

Et toi, d'ailleurs ? Où en es-tu ?

photo de El Gep
le 04/01/2012

2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 04/01/2012 à 10:38:32

On me hurle dans l'oreillette que je me suis mélangé les pinceaux: Stockroom Records est le label de Ekunhaashaastaack !! Honte sur moi !!
Honte sur Core and Co !! Honte sur nous !! Honte sur vous tous !!

Ukhan Kizmiaz

Ukhan Kizmiaz le 04/01/2012 à 17:32:52

Dans la famille d'Anatole Stretch en somme...

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