Lou Kelly - Junk City

Chronique mp3 (36:07)

chronique Lou Kelly - Junk City

« Juh Jee Juh Boo Boo! »

 

La dernière fois que l'on s'était penché sur une sortie de Lou Kelly, le zigoto s'était lancé dans les nawakeries orchestrales. The Vulgarian Philarmonic que ça s'appelait. Pas de Blues, de Punk, de Metal ou de Surf Rock, mais de gros délires quand même, parce que c'est incontestablement dans l'ADN du bonhomme. Et bien que CoreAndCo ne vous ait pas donné de ses nouvelles depuis lors, le plus über-toonesque des musiciens américains a continué de coucher ses délires sur bandes (on dit "disque dur" de nos jours, vieux), proposant tout d'abord l'hydre à trois têtes Threesomes With Me, Myself, And I (Country old school Vs rétro Funk Vs Broadway music), From The Vault: Sore Losers (Méli-mélo de titres composés pour des concours), Savage Death Valley (B.O. d'un dessin animé préhisto-sexy) et enfin l'objet du présent article: Junk City.

 

« Juh Jee Juh Boo Boo! »

 

Pour ce nouveau challenge, le grand pas méchant Lou a consacré ses efforts à dépeindre la vie trépidante d'une grande ville de fiction abandonnée de Dieu, quelque-part entre Babylone et le Chicago des années 30s. Conséquence de cette démarche, les 15 titres de l'album sont autant d'instantanés révélant des fragments de vie, tantôt des explosions de frénésie hyperactive, tantôt des atmosphères de troquets enfumés dans des quartiers manifestement louches. L'ambiance est urbaine, rétro, plutôt nocturne. La voix chaude et gouailleuse de Lou fait surgir du néant de vieux détectives engoncés dans leurs impers mouillés, des chauffeurs de taxi à lourdes cernes, des joueurs de contrebasse la clope au bec, de vieux barmans à l'hygiène douteuse, le tout baignant dans un excès de couleurs et de contrastes évoquant plus un mix des univers de Qui veut la Peau de Roger Rabbit, de l'adaptation ciné de Dick Tracy et de Sin City que le comparativement froid Brooklyn de Martin Scorsese.

 

« Juh Jee Juh Boo Boo! »

 

Pour arriver à ses fins et – donc – réussir à suggérer une succession de tableaux, Lou alterne les ambiances, claque des doigts devant une grande formation pleine de cuivres (« Cockroach Swing »), cavale jusqu'aux limites du burn out derrière des taxis (« Catch a Cab »), laisse un dangereux maniaque chanter une berceuse à la Polkadot Cadaver (« Boozy Woozy »), sort la veste à frange le temps d'une pause dans un saloon urbain (« Cowboy Slick »), va écouter du Jazz manouche chez les forains (« Flea Circus »), tamise les lumières sur du Blues doucement goguenard (« Blind In The Light ») ou glande de par les rues avec la nonchalance d'un rasta qui n'aurait jamais entendu parler de Reggae (« Sleaze Easy »).

 

« Juh Jee Juh Boo Boo! »

 

Et de cette assemblage de clichés furtifs naît un véritable univers, Lou réussissant à lier ces éléments disparates grâce non seulement à sa voix gourmande de crooner barré (cette fois encore on pense à That Handsome Devil, dans une version encore plus frappée), mais également à tout un tas de petits trucs astucieux – samples « atmosphères et brins de vie » entre les morceaux, gimmicks récurrents (la fameuse formule « Juh Jee Juh Boo Boo! » qui, du coup, parsème également cette chronique), cuivres citadins généreux, humour pince sans rire... Et surtout, « tout simplement », de grosses brouettes de talent!

 

Avec Junk City, Lou Kelly réalise une fois de plus, dans son coin, à l'abri des regards, une véritable petite merveille d'album thématique, à la fois trépident et succulent, compilant tous les clichés les plus graphiques de la grande ville américaine, la nuit, il y a quelques décennies de cela. Tant de talent et aussi peu de reconnaissance pour un seul homme... Damned! Va falloir penser à te reconvertir dans le RnB latino à gros boule si tu veux percer, Lou!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: « Juh Jee Juh Boo Boo! »

photo de Cglaume
le 25/02/2020

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