Malist - As I Become Darkness

Chronique CD album (38:51)

chronique Malist - As I Become Darkness

Le 22 février 2022, alors que débutait l’invasion de l’Ukraine, Nick "Ovfrost" Kholodov, l’artiste derrière le beau projet Malist, tenait à « mettre les choses au clair » : « Malist ne sera jamais politique. Or, sur la scène Metal internationale, Malist représente encore et toujours la Russie. Moi, Ovfrost, j’y suis né et j’y vis. Le pays est encore une fois tombé dans la disgrâce internationale à cause des ambitions d’un petit homme au pouvoir. S’il-vous-plaît rappelez-vous que les gens de ce pays ne sont pas leur gouvernement. […] Je tiens à m’éloigner le plus possible des actions des autorités russes, car elles n’ont rien à voir avec l’essence et l’esprit même de ce pays. »

 

Si ces mots engagent celui qui les tient, le contexte dans lequel ils ont été prononcés ont fait naître chez son auteur, jeune artiste poly-talentueux d’à peine 30 piges, une rage contre tous ces dirigeants qui « empiètent sur la chair humaine, manipulent les faibles et stigmatisent des nations entières ». Une rage qui a été injectée dans le 4e méfait qui porte bien son titre – As I Become Darkness – et qui est froidement illustré par un artwork – un cortège funèbre menant à une vile créature et prenant pour cadre, dans un nuage de cendres et de brumes, un village dévasté au sein duquel les charpentes dévastées sont semblables à des corps martyrisés.

 

 

L'artwork dans son intégralité (Milya Yanovskaya pour Artem Demura)

 

 

Le précédent album Karst Relict comportait dans sa seconde moitié des très larges plages mélodiques. Trop importantes peut-être. Ici rien de tel. On retrouve certes – c’est classique chez Malist – un morceau entièrement instrumental ("Departure") d’une grande pureté d’exécution. Sont parsemés ici et là des respirations qui sont l’ADN même de l’Atmoblack, par exemple en plein cœur de "The Death Bell" ou de "Existence In Ruin" (guitare sèche) ou à la toute fin de "Existence In Ruin". Mais, pour le reste, Malist nous offre ici son visage le plus sombre et le plus hargneux. Le point focal en est la base rythmique avec un drumming bien féroce performé par Vladimir Udarnov (Lautreamont, Insanus Infernus, Gloosh) et des lignes de basse très expressives sur "The Death Bell", "Heavenly Plague", surtout sur "Misanthropic Bliss" et "Existence In Ruin" (excellent passage à la 4e minute). Le premier comme les secondes sont vraiment mis à l’honneur par le mix de Vladimir Lehtinen (Blastbear Studios), qui a déjà collaboré avec d’autres formations autochtones (Grima, Second To Sun).

 

Explorant durant près de 40 mn la triangulation maudite guerre/existence/mort, Ovfrost débute tambour-battant avec "Legions" et son Black Metal « in your face », un hommage à la seconde vague des années 1990. Il s’autorise même par la suite, à l’image de ce que fait actuellement le Suédois Kvaen, à tremper son BM dans une solution rythmique Death/Thrash catchy/sexy ("March Of The Defilers"), déjà audible d’ailleurs sur un précédent long-format, le To Mantle The Rising Sun de 2020. Il s’accorde même quelques variations vocales ("One With The Void"), piste intéressante pour l’avenir… Porté, boosté même par la déréliction de son compositeur, ce périple est donc remarquable à bien des titres, avec en point d’orgue le riffing absolument ébouriffant, implacable et vénéneux de "Misanthropic Bliss". Ce titre buuuuuute !

 

En fait, rien de mieux dans ce As I Become Darkness qu’une flamme noire pour étreindre cette misanthropie latente, pour éteindre l’incandescence qui a consumé ce Russe durant cette année, funeste à bien des titres.

 

 

photo de Seisachtheion
le 29/11/2022

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