Meshuggah

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Immutable

Chronique CD album (1:06:43)

chronique Meshuggah - Immutable

Tiens, et si on essayait d’analyser en profondeur les causes des tensions en Europe centrale ? Ou mieux : si on essayait de remplir un formulaire administratif un matin de gueule de bois ? Non ? Vous n’avez pas envie de vous faire de méchants nœuds au cerveau, comme ça, juste pour le fun ? Vous ne ressentez jamais ce besoin de plonger dans un vortex hostile juste pour le plaisir éventuel d’y trouver des pépites insoupçonnées, et ce faisant de ressentir la satisfaction improbable du chercheur d’intelligence entendant son QI-mètre bipper en plein milieu d’un groupe de supporters ? Il y a donc peu de chances que vous soyez un meshuggophile averti. Pour autant ne vous sentez pas obligés d’arrêter sur-le-champ la lecture de ce papier, car sur Immutable les Suédois ont mis un peu d’eau dans ces casse-têtes métalliques que d’aucuns trouvent vins… euh, vains.

 

C’est d’un 10e album couronnant les 35 ans de carrière d’une poignée de musiciens visionnaires que nous allons parler aujourd’hui. Vous le saviez déjà, mais il n’est pas inutile de le rappeler, histoire d’avoir le contexte bien en tête. Cela fait bien longtemps que Fredrik Thordendal et ses potos n’ont plus rien à prouver. C’est donc sans se prendre le chou que le groupe a entrepris de composer son nouvel album, la démarche aboutissant naturellement à la livraison d'un album à 200% caractéristique de la patte Meshuggah. « Naturellement », oui, parce que les zigs ayant passé la barre de la cinquantaine, ils ne ressentent plus forcément le besoin de se chercher, d’expérimenter de nouvelles choses : à cet âge on a déjà vu du pays, on a moins la bougeotte, et l'on aspire enfin à poser tranquillou ses bottes dans l’un de ces coins plus particulièrement sympas dénichés par le passé, afin d’en profiter pleinement. C’est ce qu’affirme crânement Immutable : « vous nous connaissez, on a une personnalité bien trempée, et c’est trop tard pour qu'on y change quoi que ce soit… Alors inutile de nous demander de découvrir un nouveau continent ». Autre impact de l’atteinte du demi-siècle : les Suédois n’ont plus forcément envie d’être tout le temps à la limite de perdre leurs fans. Se laisser aller à un groove plus direct (… « moins indirect » reste cependant plus exact) ce n’est pas sale, après tout. La preuve : Koloss passait quand même plus facilement qu’un The Violent Sleep of Reason franchement retors.

 

C’est donc reparti mon kiki pour de délicieux matraquages improbables, un peu moins générateurs de luxations cérébrales, mais néanmoins toujours aussi décalés. Et les Dieux de la Déstructuration Toute Puissante de marcher cette fois encore aux côtés des guitares. Ils toquent vivement à notre porte dès les premiers instants de « Broken Cog ». On retrouve ces circonvolutions rythmiques admirables, ce déroulé implacable et hypnotique, humanisé in extremis par une lead brumeuse, surplombante et pourtant légèrement en retrait dans le mix. Et la séance de shaker de s’étendre sur plus d’une heure, les maestros ayant une foi apparemment inébranlable en la résistance de notre système nerveux. Cependant, comme nous vous l'annoncions quelques lignes plus haut, leur bienveillance les a poussés à parsemer la tracklist de nouveaux chefs-d’œuvre presqu'aussi accrocheurs qu'électrisants, ceci afin de s’assurer que ne nous ne craquions pas en route. Et ceux-ci s'avèrent presque « faciles d'accès » – en poussant le bouchon de Maurice un peu loin. Comme l’énorme « Phantoms », dont les superbes zébrures syncopées devraient rentrer sans mal dans la légende. Comme « Ligature Marks », qui annihile toute réticence et fait la démonstration de la toute puissance du groupe (les 2 premières minutes sont tout simplement impériales !). Comme « Black Cathedral » et ses deux minutes instrumentales immersives, semblant rejouer l’incendie de Notre Dame dans un brouillard épais de flammes crépitantes et de bitume grésillant. Sans oublier « I Am That Thirst » et son attaque trépidante, la 2e couche massive passée par « The Faultless », ou encore la noyade dans une piscine de plomb proposée sur « Armies of the Preposterous ».

 

L’abonnement au fan club de Meshuggah qu’Immutable nous force à renouveler ne doit cependant pas masquer certains points moins glorieux. Parce que, s’il n’est pas inacceptable que certains morceaux se révèlent moins marquants (« Kaleidoscope », « The Abysmal Eye », un « God He Sees in Mirrors » prolongé trop longtemps), certains choix empêchent l’album d’arborer un bilan immaculé. Tiens, prenez le pivot central « They Move Below » et ses 9 minutes 35 : s’il commence délicatement, sans excès de sexappeal, celui-ci se plait ensuite à nous faire endurer une longue séance de « Chardons dans le Caleçon Metal » trop peu parsemée d’oasis accueillants. Autre aspect un peu énervant : comme trop de ses prédécesseurs, l’album se termine sur des aurevoirs décevants, « Past Tense » semblant n’être qu’un accompagnement à la sieste trop lourdement chargé en chloroforme. Dernier peu-mieux-faire adressé à l'élève Ducobuggah : même les meilleurs morceaux se trouvent parfois déséquilibrés entre un début dantesque et une deuxième partie trop encline aux détours retors (cf. « Broken Cog », « Ligature Marks », « Black Cathedral »)…

 

Mais assez pleurniché sur le verre à moitié vide : Immutable est une Nième confirmation de la supériorité de Meshuggah, un sommet groovypnotique en provenance d’une planète plus aussi mystérieuse qu’à l’époque de Chaosphere, mais toujours aussi fascinante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte:  Soyons honnêtes, à l’arrivée du 10e album on n’attend plus que Meshuggah révolutionne le Metal... Il l’a déjà fait par le passé ! Non, ce qu’on veut c’est du groove invertébré, des tressautements cyclopéens diffusés depuis une dimension parallèle, le tout étant si possible empaqueté dans de nouveaux riffs, au sein de compos méritant d’accéder au rang de classiques. Et ça tombe bien : c’est exactement ce que les Suédois nous proposent sur Immutable, album captivant et nettement moins éprouvant que son prédécesseur (particularité qui n’est pas pour déplaire à nos synapses vieillissantes !).

photo de Cglaume
le 30/03/2022

8 COMMENTAIRES

Moland

Moland le 30/03/2022 à 10:20:44

Chronique parfaite. J'ai déjà l'impression d'écouter l'album. 

cglaume

cglaume le 30/03/2022 à 10:34:20

Y a plus qu’à vérifier ça vendredi ! :)

8oris

8oris le 30/03/2022 à 10:58:08

"Dernier peu-mieux-faire adressé à l'élève Ducobuggah", superbe référence! XD XD
Jolie chronique et belle analyse en guise d'intro, un duo qui donne bien envie d'écouter l'album.
(putain...35 ans sans déconner)

Davbass

Davbass le 02/04/2022 à 19:22:32

Belle chronique bien pointue, j’adhere, néanmoins je pense que cet album réserve ses pépites petit à petit et plus je l’écoute, plus j’accroche. Comment, comment ne pas parler de tomas Haake le terrible, ce mec est une tuerie absolue malgré que le trouve mixé un peu moins en avant sur cet album, dommage? Je ne sais pas mais quel monstre, il est inégalé et inégalable.,en tout cas cet album est exceptionnel, y’a pas 2 meshugga, c’est sûr

cglaume

cglaume le 02/04/2022 à 19:29:45

J'avoue que je me laisse avaler dans le Meshumagma sans plus vraiment percevoir la chose comme un regroupement de musiciens interprétant chacun une partie indépendante des autres :)  Mais tu as raison oui, quel batteur !!

Tookie

Tookie le 10/04/2022 à 17:21:20

Solide. Solide putain. Jamais déçu par les Suédois. (Je n'ai rien de plus constructif à dire)

PuuZ

PuuZ le 20/07/2022 à 08:59:21

Perso j'adore God he sees in mirrors, je la trouve hyper groovy et dansante (OUI!), et le solo juste dingue :o

cglaume

cglaume le 20/07/2022 à 17:28:44

“C’est vous qui voyez !”

😁

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