Mur - Brutalism

Chronique CD album (47 mn)

chronique Mur - Brutalism

La crew des Acteurs de l’Ombre ne s’est-elle pas égarée en intégrant à son roster et par ricochet en sortant de l’underground, MUR à la forte identité Hardcore ? Ce groupe, qui compte dans ses rangs des anciens membres de Today is the Day, Glorior Belli, Mass Hysteria, Comity et Four Question Marks, ne s’était distingué jusque-là qu’avec un premier EP éponyme, sorti en février 2014 chez Dooweet. Cela leur a permis de se faire connaitre d’un cercle réduit d’afficionados et de figurer la même année, avec le titre "Dominance", sur le sampler du label britannique spécialisé Terrorizer aux côtés notamment d’Autopsy, Brutality Will Prevail, Invocation et Satan’s Satyrs. Après quatre années passées à défendre son EP sur scène, MUR rentre en studio au début de l’été 2018 et enregistre avec Yacine Mdarhri Alaoui (ONETWOPASSIT STUDIO) leur premier album Brutalism, sorti à la fin octobre 2019.

 

Ce dernier ne doit pas être considéré comme un isolat musical, mais semble au contraire s’inscrire dans une dynamique plus large et peut-être même significative de la scène metal française, et ce malgré la renommée encore embryonnaire des groupes qui la soutiennent. En effet, tandis que certaines le font avec le Death (Dominant Inhumanity, Hanger Abortion, FreeHowling), le Grind (Wounded Society) ou encore le Thrash (Kause 4 Konflikt), plusieurs formations hexagonales, plus spécialement franciliennes et méridionales, n’hésitent pas à tremper délibérément l’énergie corrosive et la violence implacable du Hardcore dans l’agressivité et la virulence du Black Metal, afin de parvenir à un résultat souvent redoutable, à l’exemple de See Paris and Die (Blackened Punk/HxC), NerveN (Blackened HxC, 1er EP Absolute), Horned (Blackened Beatdown) ou encore Desperate (Slamming Beat Down/Black Metal) avec son dernier album The Last Days of Humanity. La plupart se sont d’ailleurs réunis dans un collectif, la « mafia » CRWDKLL, dont les membres sont pétris jusqu’à la moindre de leurs fibres par l’amour du HxC. Un attachement sincère, mais d’une radicalité revendiquée ! Pas de place pour les pisse-froids !

 

C’est alors que le titre Brutalism prend, de mon dispensable point de vue, tout son sens. À quelques nuances près cependant, puisque MUR enrichit sans l’édulcorer ni la « déradicaliser », la rencontre entre le Black Metal et le Hardcore – c’était déjà le cas avec l’EP de 2014 –, en y apportant une forte nuance Post- et surtout une grosse dose d’Indus qui donnent naissance à un Blackcore expérimental hargneux, original et percutant. Et c’est alors – répondant ainsi à mon questionnement liminaire – que la place de MUR dans le roster de LADLO se comprend complètement, d’autant plus que les Suisses de Borgne sont venus quelques mois après renforcer un peu plus la place de l’Indus BM au sein des groupes promus par ce label.

 

Ce premier travail long-format du sextet parisien (11 morceaux, 47 mn) tire indéniablement profit d’un très bon son, acide et complexe. On retrouve encore une fois ici, pour le mastering, la patte artistique et technique du studio Sainte-Marthe et de son boss, Francis Caste, déjà là pour le mixage de l’EP. L’atmosphère sonore déployée y est très variée, souvent froide, stridente et mécanique ("Sound of a Dead Skin", entame de l’excellent "Nenuphar", "Third", "Red Blessings Sea", fin de "You Make I Real"), parfois plus ronde, légère et organique (passage éthéré très gojiresque à la 5e minute de "Nenuphar", respiration "Die Kinder Tanzen…", débuts de "My Ionic Self", seconde moitié de "Livity" et outro instrumental "BWV721"). Les morceaux "I am the Forest", "Red Blessings Sea" et "You Make I Real" rassureront à coup sûr ceux qui craindraient que l’acidité et la radicalité du Hardcore soient dénaturées : les tabassages méthodiques de Julien Granger à la batterie (également à l’écriture des lyrics) et les hurlements haineux de Jay Moulin y sont pour beaucoup. Et le Black Metal de MUR dans tout ça ?! Aucune inquiétude : rugueux, enrichi de teintes Indus et même Sludge, il est convoqué à de nombreuses reprises ("Sound of a Dead Skin", "Third", "I See Through Stones", …). Autant par sa richesse, sa densité, son expressivité que par ses dynamiques volontairement contrastées – autant de lignes de force que j’ai mis du temps à apprivoiser, surtout le travail d’Alexandre Michaan au clavier –, Brutalism prend les traits solides d’un très bon premier album. D’ailleurs le défendre sur scène ne sera pas chose aisée ^^…

photo de Seisachtheion
le 04/03/2020

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