Mythic Sunship - Wildfire

Chronique CD album (43:43)

chronique Mythic Sunship - Wildfire

Imaginez Fred Madison, à qui on a annoncé la mort de Dick Laurent, embarquer son saxo, après avoir découpé sa chère et tendre Renée, pour la moiteur tropicale de la rivière Nung. Là, dans le ventre humide de la jungle, il se laisse allègrement aller à une crise de paludisme qu’il soigne nonchalamment en faisant cracher ses délirantes divagations par la gueule béante de l’instrument. Le tout, au milieu d’un rituel sacrificiel mettant en scène et le buffle sacré et le gourou malade du coin qui règne en maître sur un territoire de mort et de folie. Vous venez alors d’écouter « Maelstrom », le titre d’ouverture du nouvel album de Mythic Sunship. Sans entrée en matière, le morceau vous prend à revers, précisément comme une crise de fièvre subite cherchant à vous terrasser. Le saxo de Søren Skov se montre omniprésent, dialogue, lutte, se mêle dans un corps à corps suintant la transpiration empoisonnée avec la guitare, dans un jeu d’improvisation cosmique qui invoque le rock psyché et le free jazz dans ce qu’ils possèdent de plus inspiré.

 

Telle est la marque de fabrique du combo danois : engager des joutes entre ses instruments pour accoucher de petits bijoux interstellaires en apparence foutraques, mais qui en réalité, tutoient l’infini en réorganisant le chaos dont ils se font les démiurges. En clair, dès l’ouverture de « Wildfire », on comprend que cet album va nous emmener loin. Comme Nicolas Bouvier le disait si bien, on ne fait pas un voyage mais c’est le voyage qui nous fait. C’est exactement le cas ici. Une fois le « Maelstrom » lancé, impossible de s’arrêter en chemin ni effectuer une marche arrière. La température monte le long des veines, on perd tout contrôle et on ne peut que se laisser aller : lâcher prise. Les portes de la conscience s’ouvrent alors, en grand.

 

Le voyage dure 43 minutes, pendant lesquelles les 5 étapes qui le composent visent tour à tour le space rock, le math rock (« Olympia » se passe des services du saxo), le jazz cosmique, et souvent, en mêlant ces ingrédients dans un même morceau. Sur « Landfall », on lorgne sur les contrées orientales. La jungle devient désert de sable, la sueur dégouline le long des dunes et rebondit sur les mirages à l’horizon. On ne dérive plus le long du courant d’un fleuve damné mais on dodeline de la tête au rythme languide d’une méharée perdue dans le grand nulle part. La dominante de l’opus reste cependant une ambiance de fièvre tropicale, comme se plaît à nous le rappeler « Redwood grove », peut-être encore plus habité que « Maelstrom », avec ses relents paludéens très 60’s proches des chansons les plus chamaniques des Doors.

 

Ce qui relie chaque morceau, c’est cette sauvagerie qu’exprime chaque partition, aucune ne daignant céder du terrain aux autres. Résultat : un télescopage de forces et d’énergies d’une pureté empoisonnée mais qui se répartissent dans l’espace de façon évidente et claire comme un diamant à l’état brut se révèle au milieu de la terre. On peut penser, évidemment, à d’autres groupes de la même famille, comme Samsara Blues Experiment, pour n’en citer qu’un, la sauvagerie en plus, donc. Il y a quelque chose de brut et viscéral dans « Wildfire », un esprit de liberté indomptée qui habite et hante tout l’album. Il faut savoir qu’il a été enregistré en 4 jours, à Stockholm. Cette urgence, c’est comme s’envoyer en l’air quand tout espoir a disparu. On sature son corps et son esprit d’acide pour savourer l’ultime coït, la communion des chairs et des âmes. Des ébats moites pour un orgasme total. Encore !

photo de Moland Fengkov
le 01/05/2021

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