Pink Øctopus - Pink Øctopus

Chronique CD album (28:39)

chronique Pink Øctopus - Pink Øctopus

Bah alors quoi? Après avoir été un véritable bouillon de culture voyant prospérer de multiples formations aussi innovantes qu’inspirées – Osaka Punch, Toehider, Shanghai, Twelve Foot Ninja, Troldhaugen, Darth Vegas… – il semblerait que l’Australie ait du mal à renouveler son parc nawakmétallique. Ou bien serait-ce mes indics sur place qui feraient désormais du travail de sagouin? Se pourrait-il que le réchauffement climatique ait endormi les velléités fusionnesques des métalleux des antipodes? Ou bien les souches du Covid 19 locales provoqueraient-elles une altération des oreilles favorisant le goût pour les musiques monochromes?

 

Message Facebook, signé Etienne:

« Il connait ça le lapin: https://pinkoctopusband.bandcamp.com? »

Non il ne connait pas. Voyons voir...

Putain mais ça tue!!!! Etienne-Etienne-Etienne, woowh: merci bien!

 

Pink Øctopus ce sont trois zigotos de Sydney qui se sont rencontrés lors d’un concert de Primus. Forcément, ça en dit long sur leurs goûts. Et les bougres de confirmer: « Nous, au p'tit-dèj, on arrose nos Miel Pops avec du jus de Red Hot Chili Peppers, d’Incubus, de Primus – ça vous étonne? –, de Faith No More, de Rage Against The Machine et de Mr. Bungle. ».

Je te raconte pas le cocktail de vitamines et de sels minéraux! Mais au p'tit-dèj, justement, c’est carrément au poil!

 

Le lapin de se jeter donc avec avidité sur Pink Øctopus, le premier EP du gang gourou (avec ce calembour, j’ai le lecteur dans la poche, haha). Et dès « Vintage Old Man », bouffée d’enthousiasme explosif: ‘didiou c’est bel et bien du gros Funk Metal sur ressorts, à la limite du craquage toonesque! Joie, endorphine et reconnaissance éternelle envers Etienne. La basse est slappée comme une corde à linge dans un nuage de sauterelles. La guitare trépide et couine comme une coureuse de 100 mètres aux Jeux Olympiques du Funk. Le chanteur a manifestement été recruté parmi les canards psychotiques élevés dans l’arrière-cour de la ferme du père Patton. Ça croustille, ça s’agite, ça frétille – limite ça nawakise, mais oui – sans que le sang jamais ne se retire des corps caverneux.

Pourtant déjà l’on remarque une autre dimension, plus Rock graisseux, plus bottes-poussiéreuses-dans-l’ocre-du-bush, plus bluesy même, sur le solo. Pourtant bis: on tique presque en remarquant que le groupe ménage des moments plus radio-friendly, à la marge, limite luv-babe, avant que le solo caressant ne prenne son envol. Et tout cela – qu’on aime ou non ces variations apportées au strict Funk Metal canal historique – apporte une touche à part, moderne (moderne? ah ouais...), habilement discordante, qui rappelle de loin en loin The Erkonauts – l’énergie déployée et la place primordiale accordée à la basse jouant pour beaucoup dans ce parallèle.

 

La suite confirme cette fringante personnalité. Ainsi « Amnesia » coule ses funkeries plus profondément dans un Rock à la distorsion colorée de reflets psyché-fumette. Ce qui devrait parler aux amateurs de Stoner de fond de canyon qui, pour autant, ne crachent pas sur la musique qui fait claquer des doigts. Là encore on remarque que le refrain semble pensé pour séduire le plus grand nombre: plus de poils – mais bien peignés –, moins de distorsion torride, plus de lisibilité. On se croirait chez Nickelback. « Psycho » se joue carrément sur fond de craquements de vieux vinyle, la clope au bec, la guitare acoustique accompagnant sa sœur électrico-bluesy. Il y a manifestement du vieux cowboy hippie dans ce paysage sauvage. Par contre James Brown et ses costumes flashy ont déserté la piste... Dommage: il faisait une belle paire avec Crocodile Dundee. « Don’t Let Me Stay Away » voit heureusement le duo se reformer, ce qui permet à un refrain très typé vieux Red Hot / early Faith No More de s’épanouir sous le soleil cuisant du Red Center, avec Ayers Rock en toile de fond.

 

Mais ce n’est qu’arrivé à la 5e piste que l’EP atteint le Nirvana de la Fusion barrée. Car « Doggie », c’est un peu le « Il était où, hein, le Youki? » de la planète Nawak. Le groupe y déploie un niveau de funkiness digne de Jamiroquai, et une gouaille rivalisant avec les plus coquinous des frontmen californiens de la fin des 80s. C’est indécent comme la guitare vous attrape par le calfouette pour y injecter le plus infectieux des grooves sarsippiens. Et cela ne l’empêche pas d’envoyer l’un de ces solos pleins de chromes brillants dont les gratteux nés sous les palmiers ont le secret.

 

Malheureusement, arrivé au moment du dernier titre, alors qu’on est au max du plaisir, bam, coïtus violemment interruptus: Pink Øctopus procède à un revirement inexplicable en laissant les rennes de la composition à son visage le plus bassement roudoudou et le plus horriblement pute-à-teens. Pluie sur la vitre, début de morceau à la « Something In The Way » (Nirvana), les Australiens commencent par la jouer bluesmen dépités avant de déballer tout l'attirail du tube mélo-trémolo-neurasthénique si cher aux radios en recherche de public ado-romantique. Pouah, dites-moi au moins que c’est du 2nd degré?!! Non? Pourquoi tuer cette passion naissante aussi cruellement?

 

Oui mais les 22 premières minutes de l’engin sont franchement délectables. Et puis un EP c’est court: jouons donc le jeu à fond en restreignant nos écoutes aux 5 premiers titres. Une fois cette coup effectuée, Pink Øctopus peut bel et bien être considéré comme l’une des sorties Fusion les plus enthousiasmantes de cette triste année 2020 (on retirera quand même un point pour marquer le coup…).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Pink Øctopus mêle le plus débridé des Funk Metal à des ambiances Desert Rock évoquant les vastes étendues arides du bush australien. Ajoutez à cela une malice un brin Nawak, d’occasionnels faux airs de The Erkonauts et quelques – discutables, mais ponctuelles – tentatives de rentrer dans le format Radio, et vous obtenez un EP plus motivant qu’un plein tube de Juvamine.

photo de Cglaume
le 19/10/2020

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