Plus-Tech Squeeze Box - Cartooom!

Chronique CD album (28:05)

chronique Plus-Tech Squeeze Box - Cartooom!

N'importe quel nawak-addict vous le dira : on adore quand ça sautille dans tous les sens, quand ça s’agite frénétiquement, quand ça frétille en arborant un sourire narquois. Du coup, forcément, lorsque les conditions sont réunies, parfois on baisse la garde, et alors…Bam, c’est le drame, le coup de cœur incontrôlable pour un album sans le moindre soupçon de Metal dedans ! On se retrouve dès lors avec, au beau milieu des balises HTML rugueusement poilues frappées du sceau de CoreAndCo, cette fillette cleptomane s’enfuyant avec, en guise de trophée, la dernière roquette rose-orangé conçue par les bureaux d'études des Cartoon Labs.

 

Derrière cette pochette évoquant plus Oggy et les Cafards ou Bob l’Eponge que Walking Dead, on accueille aujourd'hui Plus-Tech Squeeze Box – autrement dit deux Japonais, Tomonori Hayashibe et Takeshi Wakiya, dans le paquet de M&Ms desquels quelqu’un a dû cacher des cachetons de LSD, ainsi que du speed. Mais si, c’est forcément ça... Comment expliquer, sinon, ce mélange de Tex Avery, de Ruby My Dear, de J-Pop (eux mentionnent de la Picopicopop, sous-genre nerdifiée du Shibuya-kei, lui-même sous genre de la J-Pop…. ouf), de Caravan Palace, de Glitch, de Jazz étincelant, et d’un Mike Patton en cosplay de Pikachu ? Un tel niveau de frénésie combiné à une telle pertinence musicale, c’est normalement réservé à… À qui, à quoi, d’ailleurs… ? Mais au Nawak Metal, pardi !

 

« Cartoon », « Glitch », « Breakcore » : ça serait pas synthétique tout plein, ton bitoniau coloré, là ?

 

C’est le risque de ce genre d’entreprise, clairement. Un risque de taille. Parce que, pour maintenir un rythme aussi soutenu, il y a forcément anguille dopée sous roche, autrement dit un max de machines planquées en coulisse. Sauf que ces nippons fripons ont réussi le même genre d’exploit que ceux réalisés par Igorrr, album après album : celui consistant à rendre hautement organique le déluge de bidibips orgasmiques jaillissant de leur arc-en-ciel musical. Car à l’instar de Gautier Serre, parsemées au milieu de ces étourdissants geysers sonores (cf. « CartoomTV »), la formation ménage également des compos à « dimension humaine », au sein desquelles les beats s’assouplissent, voire s’avèrent pleins de considération pour des esthétiques pourtant très éloignées, a priori, des intentions affichées en vitrine. On se retrouve alors avec, entre les oreilles, des pépites qu’on n‘aurait jamais attendues en de tels lieux, mais qui s’avèrent pourtant parfaitement à leur place. Tel « The Martin Show!! », qui n’est autre qu’un tube Soul/Funk semblant interprété par les Jackon 5 en personne. Je vous jure, c’est dingo !

 

Vous verriez le carnet dans lequel j’ai consigné mes notes pour préparer cette chronique : il est blindé de points d’exclamation passionnés. Car on écarquille yeux et cage thoracique pendant la totalité de cette course de 28 minutes. Il est compliqué, d’ailleurs, de rendre compte avec justesse de ce mélange de frénésie et d’enthousiasme, de ce bouillonnement hédoniste coloré aux lumières de Tokyo. C’est pourquoi je procéderai par petites touches, une piste à la fois. En commençant, sans logique aucune, par le très peu représentatif « Uncle Chicken’s Drag Rag », qui fonce comme un dératé à dos de mandoline, hennit avant de ruer, puis sort l’harmonica – ainsi qu’une gratte flamenco ??? – afin de nous donner l’impression de vivre un western conté à la vitesse de Speedy Gonzales.

 

C’est quoi le rapport avec le reste de la tracklist ?

Le niveau d’excellence et la vitesse du bouzin, pardi !

 

À quelques pistes de là, « Hoky-Poky A.la.mode » dégaine les paillettes et le strass d'un Walt Disney Big Band pour nous inviter à boire une coupe de champ’ en compagnie d'une version manga de Jessica Rabbit. Or on sent que le décor est en partie parisien car, mais oui : c'est un accordéon que l'on perçoit par moments. C'est qu'on aurait presque l'impression d'apercevoir Notre-Dame, dites ! Mais vous dites que vous préférez le Rap ? Ça tombe bien, « SUZZZZZY » place son action dans des décors Hip-Hop à la vibe sympathiquement old-school (... ça sent le vinyle !), des interférences tooonesques remplaçant avantageusement les habituels scratches de DJ. Et pour un peu de J-Pop crémeuse submergée par un poinçonnage Breakcore incessant, allez plutôt voir du côté de « starship.6 ».

 

Mais j’avoue préférer encore quand Plus-Tech Squeeze Box s’active à proximité de son barycentre stylistique, à plus ou moins équidistance de toutes ses influences. C’est alors qu’on a vraiment l’impression d’entrapercevoir sa personnalité profonde. C’est par exemple le cas aux extrémités de la tracklist – sur « CartoomTV » et « Papa Says », donc – mais aussi et surtout sur l’exceptionnel « Dough-Nuts Town’s Map », qui fait briller mes pupilles et inonde mes terminaisons nerveuses de poudre de Perlin-Lapinpin tant sa merveilleuse folie, son hilarité contagieuse, et sa géniale agitation sont irrésistibles. Si un tel titre ne vous convainc pas, c’est qu’il est temps de vous faire tatouer un crâne et une dague sur la nuque, le mollet, ou tout autre endroit qui affirmera à la face du monde à quel point z’êtes pas un rigolo...

 

Vous avez remarqué ? Le chroniqueur a du mal à contenir son enthousiasme : sa prose est à deux doigts de ressembler à ces grosses pommes d’amour rouge vif. « Pardon, mais c’est trop bon », comme dit le moine fromagivore… Mais que cela ne vous effraie pas. D’autant que l’exercice dure moins d’une demi-heure… Et vu la vitesse à laquelle les 13 titres défilent, vous aurez à peine le temps d’engloutir deux mochis que l’aventure sera déjà terminée, vous laissant frustré(e), sur cette même sensation de "trop peu" que lorsque vous finissez votre premier verre de cocktail…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : si Igorrr, Caravan Palace, Mike Patton, les bruiteurs embauchés en CDI chez Tex Avery, le Bozo-le-Clown Big Band et votre star de J-Pop préférée (chacun ses vices…) composaient en parfaite intelligence pour produire un chef d’œuvre d’équilibre, d’espièglerie et d’énergie, il en sortirait probablement quelque-chose de proche de Cartoom!. Car ce 2e album de Plus-Tech Squeez Box, c’est les Triplettes de Belleville façon manga, sous perfusion de Red Bull, dans un shaker Electro. C’est Dizzy Gillespie qui poursuit Roger Rabbit dans une version 8 bits de Neverland. Et c’est tellement addictif qu’avant d’avoir eu le temps de comprendre ce qui se passe, l’album se retrouve dans le Top 3 de vos streams les plus réguliers...

 

photo de Cglaume
le 08/06/2024

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