Pupil Slicer - Mirrors

Chronique CD album (37:44)

chronique Pupil Slicer - Mirrors

Dans la famille des groupes qui plient le game dès leur premier album, je voudrais les vilains rejetons de Pupil Slicer.

Voyez plutôt, un beau matin, ce trio londonien fondé en 2016 a envoyé une démo chez Prosthethic Records et ils ont été rappelés à la fin de la journée.

Voyez plutôt, c’est Pedram Valiani de Frontierer qui a pris en charge la production de leur premier album.

Voyez plutôt, le groupe est vendu comme le rejeton de Dillinger Escape Plan, de Botch et de Converge et Mirrors est déjà vu par certains comme le nouveau Calculating Infinity.

Woh woh woh...Attendez...On parle bien du Caculating Infinity...L'album sorti en 1999? L’album de mathcore qui a influencé un bon millier de groupes depuis? L’album acclamé par quasiment l’unanimité de la presse musicale (sauf Télérama sûrement, qui a dû le trouver “convenu et un peu léger en terme d’inventivité”)? Ce Mirrors mérite-t-il donc tant d’éloges et de louanges? Et si oui, pourquoi?

 

Pour les éloges et les louanges, ce sera un grand oui, sans tergiversations inutiles. Il serait bien malvenu de ne pas reconnaître que, dans la scène pléthorique du mathcore énervé, Pupil Slicer tire son aiguille à tricoter du jeu pour nous l’enfoncer bien profondément dans le conduit auditif. Mirrors n'est pas un énième album à base de seconde mineure et d'accord de quinté diminué joués prestissimo.

Alors, oui, les éternels gimmicks du style sont bel et bien là, tels des dieux sous amphétamines livrant guerre dans cet enfer musical: Diminuos, dieu des intervalles dissonants et des descentes chromatiques, Polyrythmys, déesse des variations de tempos et des grooves complètement flingués du ciboulot, Erayas, déesse des voix vociférantes (screamée, hurlée, growlée parfois ("Mirrors Are More Fun Than Television") dégueulée, crachée, ça pousse fort, ça fait mal, ça ne fait pas semblant), Saturos, dieu des guitares agressives ("Vivified", "Husk"), Urgentyas, déesse des titres ultra efficaces qui excèdent rarement les 4 minutes et enfin Basbatterus, le dieu de la section basse batterie qui ici est plus carrée que l’hypoténuse de Pythagore et plus complexe que les nombres de Descartes mais sans jamais être tape à l'oeil (on n’est pas dans le prog qui se regarde le kikounet).

Ce n’est pas une claque, c’est un combat de boxe à mains nues, sans arbitres mais qui trouvera obligatoirement son public; du pur mathcore, technique juste ce qu'il faut pour déboussoler l'auditeur sans le perdre, qui sait non seulement taper fort mais jamais de la même façon et jamais au même endroit. Non seulement, on ne s’ennuie pas, mais on n’est surtout constamment surpris. Et même si l'on décèle rapidement des plans très classiques pour le style, l’écriture est fine et fait mouche presque à tous les coups.

Mais là où Pupil Slicer dénote et plient le game à mon sens, c’est qu’ils apportent à leur mathcore d’autres couleurs que celles que l’on trouve habituellement dans le style en intégrant aussi bien des éléments de power violence, de deathcore, de grind ou même des choses plus ambiantes, plus aériennes ("Wounds Upon My Skin", "Mirrors Are More Fun Than Television", son envolée finale et ce pont très QueenAdreena), le tout avec une rage pleine d'écorchures.

 

Le mixage est très brut, assez saturé et organique, vraiment sale, sombre parfois. C’est aussi adapté que surprenant et ce rendu "captation live hyper vivante plus que grosse production américaine dopée aux hormones" est particulièrement satisfaisant et donne aussi aux morceaux leur couleur si particulière. Mention spéciale pour la basse qui est parfaitement mise à l'honneur ici.

 

Donc? Nouveau Calculating Infinity ou pas? Difficile de répondre évidemment, le statut d’album culte s’acquiert à mon avis avec les années, ce sont donc elles qui en décideront, aidées du public.

Mirrors est malgré tout à écouter de toute urgence et fait de Pupil Slicer le barycentre instable de la grande galaxie des genres en "core".

 

 

On aime bien: du mathcore nourri de bien d’autres choses, le mixage bien brut et sombre, l'énergie, la rage

On n’aime moins: des plans qui marchent mais finalement très classiques

photo de 8oris
le 08/06/2021

1 COMMENTAIRE

cglaume

cglaume le 08/06/2021 à 13:35:41

Champ lexical du matheux utilisé dans le respect des accords conventionnels de branche: good job ! :)

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