Sleeppers - Keep Focus

Sleeppers - "Keep Focus"
chronique Sleeppers - Keep Focus

Dire que je suis un bon gros vieux fan des Sleeppers depuis leur début est un fait avéré. Dire que j’ai totalement lâché l’affaire après Interactions en est un autre tout à fait avéré lui aussi. Sur ce point j’aurais presque honte d’ailleurs : on m’a tellement vomi les faiblesses de  Signals from elements que j’ai même pas esquissé le moindre effort pour y jeter une oreille critique. C’est donc avec un très long train de retard que  je m’envoie ce nouvel album des dinosaures bordelais à travers les tympans. Et, effectivement, si je reconnais tout de suite le son et le groove du quatuor (et je parle même pas du chant on ne peut plus reconnaissable), il est évident que j’ai du rater pas mal d’épisodes.

 

Déjà, comme le laisse entendre l’artwork clair et coloré de ce nouvel opus, le ton est bien moins corrosif que par le passé. Une bonne partie des dissonances et de l’impact tellurique de la musique des Sleeppers est visiblement passé à la trappe.  Ces derniers sont donc remplacés par une foule d’arrangements divers, de riffing tubesque ainsi que d’un petit palmarès de guests… Ce dernier petit travers semble d’ailleurs être devenu une habitude pour le groupe. Bon très subjectivement et très nostalgiquement, c’est clair que je me languirai assez volontiers du bon vieux Sleeppers, pris en sandwich entre Neurosis, Fugazi et Unsane avec leur petit truc en plus. Après, est-ce que mon caractère de chiotte fait de ce nouvel effort une grosse merde obsolète ?... Non. Clairement, non.

 

Les bordelais ne sont pas les premiers à sortir du magma dissonant des 90’s en flirtant avec efficacité, mélodie et velléités disons plus  « commerciales ». Si je dis ça, c’est parce que ce keep focus est justement loin d’être une merde. Dès le titre éponyme d’ouverture, on se rend compte (si c’était pas déjà fait) que les Sleeppers savent torcher de pures compos entêtantes et équilibrées malgré leur relative longueur. Les riffs font mouche, les phrasés de Mammouth (et ceux de Laul plus tard) itou… On retrouve presque le Sleeppers d’Interraction avec un je ne sais quoi de plus pop et c'est un véritable plaisir. Ce plaisir se renouvellera d’ailleurs à l’occasion de plusieurs titres de l’album pour notre plus grand bonheur.

 

Par contre, et comme dans quasi tous les albums du groupe, les titres sont clairement inégaux et c’est là que le bât blesse vraiment. Parce que là ou un titre plus faible se révélait juste être anecdotique sur Cut Off (par exemple), il devient carrément chiant comme la pluie sur Keep Focus. Probablement la faute à ce fameux rouleau compresseur (et normalisateur) qui est passé sur les compos desSleeppers. Alors ouais, on tape grave du pied sur « Keep Focus » ou sur le refrain de « Skin », on headbangue virilement sur « the box » et on frissonne gentiment sur « Divide » ou sur « Hidden beauties » mais, d’un autre coté, on a trop souvent l’impression d’écouter des ébauches de compo (certes très produites et très arrangées) quand c’est pas ce fameux ennui qui finit par nous toucher. Pire encore, ce nouveau visage qu’offrent les Sleeppers à nos feuilles s’avère flirter parfois avec des esthétiques plus alterno  voire punkoïdes et ça, désolé, je peux pas (même si je veux bien avouer que c’est un petit quelque chose qu’ils ont peut-être toujours eu). A ce titre, la seconde piste du disque me donne plus qu’envie de vite passer à la suivante. Dans le même ordre d’idées, certaines mélodies (les arpèges mélodiques en particulier) ont souvent un petit goût de déjà entendu ; il en va de même pour une bonne moitié des bidouilles électro qui habillent les chansons sans parler de certaines mises en place (les montées tribales sur fond de samples historico-philosophico-politiques de « post traumatic » sont assez scandaleuses à ce titre).

 

Après, je persiste et je signe, ce disque des bordelais reste un très bon album si on le compare avec ses éventuels concurrents contemporains. Le résultat est solide, varié, sonne incroyablement bien et fait tout de même preuve d’une sacré richesse de ton et d’ambiance. Les guests, à ce titre, n’y sont certainement pas pour rien et semblent orienter la locomotive qu’est Sleeppers vers de nouveaux horizons… Il suffit par exemple d’écouter le taff’ d’Ez3kiel sur « Divide » pour s’en convaincre. Outre cet aspect, les quatre bordelais arrivent toujours à raconter de putains d’histoires à travers leur chanson comme ils font de la plus magistrale manière sur la conclusion de l’album. Je n’en resterai peut être pas moins difficile avec ce groupe qui m’a ouvert à pas mal de choses en son temps, je n’écouterai peut être pas ce disque autant que j’ai pu écouter Cut Off ou Interactions, mais jamais, au grand jamais, je ne dirai que les Sleeppers sont morts s'ils continuent à pondre des albums de cette trempe.

photo de Swarm
le 19/06/2012

1 COMMENTAIRE

speedkills

speedkills le 20/06/2012 à 10:57:07

Critique dure mais globalement plutôt juste sur cet album.
Par contre sur signal from element il y a de vrais perles : Darwin, Ruines, et surtout surtout l'excellentissime Landscape

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