Sorcerer - Devotion

Chronique CD album (30:34)

chronique Sorcerer - Devotion

« JACQUOUUUUUUILLE », me prend l’envie de hurler chaque fois que mes yeux se posent sur le style moche, bête et méchante digne de la compil’ en vieux françois autoproduite des meilleures paillardes des Joyeux Compagnons du Lard Boursouflé que m’inspire l’artwork de Devotion. Il faut dire que même en termes de classification, on se figure davantage le prototype du vieux groupe de black tradi bien raw de nos campagnes qu’une bande de post-hardcoreux transpirant d’une joie de vivre à faire ternir l’éclat de leur Ville Lumière d’implantation pour se cacher derrière ce mystère communicationnel. Pas de label, pas de nom d’album ni de groupe, aucune typographie susceptible de mettre la puce à l’oreille : Sorcerer t’aura berné jusqu’au plus petit retranchement de ton processus d’intronisation à sa musique, c’est fort.

 

Les premières notes de JACQUOUUUUUUILLE – pardon, de Devotion – laissent effectivement planer le doute une brassée de secondes supplémentaires quant à l’ambiance de film d’horreur médiévale soigneusement distillée. Ce qui ne laisse que mieux un bombardement de rythmiques thrash secouer un post-hardcore soigneusement sludgisé. Aucune déception à redouter de ce côté-là de l’album, Sorcerer se complaisant dans le goût des intros léchées. Lorsque Black Sabbath ne s’y invite pas au cœur de stridulations occultes (« In the Arms of Mortality »), le petit dernier de la tracklist par ordre de longueur, que tu te figurais comme un intermède, t’en gratifie d’une plus courte, à l’enchaînement donc encore plus punchy. Tu te croyais sur le chemin d’une promenade bucolique aux abords des prés fleuris du Gévaudan, te voilà pris en chasse par sa bête comme une jeune lycéenne en maillot deux pièces par Jason Voorhees.

 

Et pourtant, l’absence de lyrics et la stabilité harmonique de « Fortress » en font malgré tout bel et bien un intermède, encerclée de démonstrations de rythme et d’énergie dignes des plus gros circle pits de Rise Against. Il faut croire que la musique de Sorcerer est bel et bien à l’image du roi Dagobert attablé devant un sanglier aux œufs de caille topé de vinaigrette à la truffe : infatigable et impitoyable.

Infatigable ne serait-ce que par la galaxie de fulgurances sonores dont le groupe a parsemé JACQUOUUUUUUILLE – pardon, Devotion. Et que je te renvoie aux inflexions acérées des modulations de Marduk ; et que j’instille en toi la même rage que les riffs de Toxic Holocaust ; et que la solidité de mes paysages sonores te rappelle qu’il y a de la concurrence à Regarde Les Hommes Tomber en la matière ; et que tu savoures un peu de Birds in Row dans la pure dissonance post-hardcore structurant l’album.

Impitoyable de par des compos tranchantes au mixage impeccable, ponctuées de leurs petites doses de fulgurances. Mélodies hard rock, trémolos saccadés, variations atmosphériques et soli aux intonations naviguant du mélodeath au death 'n' roll s’érigent en autant de sublimations d’une amplitude sensorielle fleurant bon At The Drive-In, Liturgy et Cancer Bats.

 

Une pépite, en fin de compte, qu’offrent à la scène alternative les vrais faux fous du Puy du même nom. Ne traîne que d’un seul pied la microdéception d’une title track en-deçà du reste. Lancinante, pugnace et stridente comme le post-hardcore sait capitaliser, enjolivée d’un brillant solo de… dix secondes ; trop lisse malgré tout pour prétendre porter les couleurs de JACQUOUUUUUUILLE –

Nan bon là quand même pardon les gars mais choisissez mieux l’artwork pour le prochain skeud, pitié ; j’avais pas spécialement envie de kiffer un album au détriment de nuits de sommeil définitivement hantées par l’image du croisement génétique d’Hubert de Montmirail et l’extraterrestre de La Soupe aux Choux, quoi…

photo de Aldorus Berthier
le 31/05/2024

7 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 31/05/2024 à 10:31:30

Ben franchement il est cool ! J'me le suis pas mis beaucoup parce que je tiens un peu de couleur dans le gris de ma vie, mais y'a une super ambiance et j'aime bien leur mélange des genres.

el gep

el gep le 31/05/2024 à 10:35:49

Pour une autre représentation du jilbab !
L'est pas si mal c'te pochette, m'enfin ! C't'intrigant, au moins...

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 31/05/2024 à 11:38:24

La représentation du Moyen Âge dans les têtes du vulgum pecus est toujours aussi intéressante : entre un pauvre film français et un camail en mailles aboutées... 

Pingouins

Pingouins le 31/05/2024 à 12:35:31

Un album que j'ai pas mal fait tourner, bien content que tu te sois occupé de le chroniquer, ça en fait un de moins sur ma liste 😃

Aldorus Berthier

Aldorus Berthier le 31/05/2024 à 12:52:50

@Tookie : Allons, jsuis sûr ça se trouve une nuance de gris moins déprimante que les autres. M'a filé la pêche, quand même, c't'album !

@Gep : Pas faute d'avoir essayé de m'y faire en plus mais vraiment j'y arrive p-JACQUOUUUUUUILLE !

@Crom : Le pire c'est que j'aime même pas le film en question...

Aldorus Berthier

Aldorus Berthier le 31/05/2024 à 13:27:16

@Ping' : J'espère au moins que le contenu est à la hauteur de ton appréciation 👌

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 31/05/2024 à 17:42:35

Bon c'est du Post-HxC classique.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

HASARDandCO

Scheme - S/t
Chronique

Scheme - S/t

Le 31/03/2021

Signs - Planets
Chronique

Signs - Planets

Le 26/06/2009