T / M / K - Need the Needle (Hate Songs For Mary / Love Songs For Lucy)

Chronique CD album (54:23)

chronique T / M / K - Need the Needle (Hate Songs For Mary / Love Songs For Lucy)

Je ne suis pas persuadé qu’aucun jeune étudiant en musicologie, ni aucun érudit passionné de bruyantes bizarreries se soit jamais aventuré à une étude comparative entre Metal avant-gardiste et Nawak metal. En même temps, il faudrait déjà que ces 2 appellations – voire l’existence-même de ces 2 sous-genres – soit si ce n’est officielles, du moins reconnues. Quoiqu’il en soit, il me semble que la chronique de Need The Needle (Hate Songs for Mary / Love Songs for Lucy) est une occasion plus qu'appropriée pour se lancer dans ce type d’exercice. Mais rassurez-vous, nous nous en tiendrons au strict minimum…

 

Comme son nom l’indique plus ou moins clairement, le Nawak metal implique d’emblée une certaine dimension fun. D’où les qualificatifs occasionnels de « barré », « délirant », « déglingo » ou « déconnant » accolés au genre. Les formations s’illustrant dans le domaine ont souvent le sourire en coin, le clin d’œil facile, et en général elles ne se prennent pas trop au sérieux. Tout le contraire – serait-on tenté de dire, dans un brusque élan généralisateur – du Metal avant-gardiste, qui le plus souvent se veut plus sérieux dans sa démarche, plus « CON-CEP-TUEL ». Ou pour le dire autrement: plus prétentieux. Côté maîtrise technique et culture musicale, les artistes des 2 chapelles n’ont généralement rien à envier les uns aux autres. Par contre côté accroche, là où l’acrobate nawak tente de rendre son patchwork musical un tant soit peu cohérent, histoire que le résultat reste un morceau – et pourquoi pas un tube, ce n’est pas si rare! –, le dandy ‘vangardiste n’aura aucun scrupule à abandonner toute contrainte structurelle, à mépriser les points d’ancrage pouvant faciliter la tâche de l’auditeur, voire à nier l’idée-même de musique – ou du moins de mélodie – pour donner dans l’« expression artistique pure », guidé par le triumvirat Expérimentations / Psychotropes / Melon-gros-comme-ça. Bref, pour vous le dire comme je le pense: le Metal avant-gardiste, s’il peut certes susciter l’intérêt – au moins intellectuel –, est bien souvent la matrice d’œuvres pédantes – au pire chiantes, au mieux bénéficiant d’une durée de vie, et d’un nombre d’écoutes, très réduits.

 

Avec Need The Needle, on tient là l’archétype de l’album de Metal avant-gardiste, de celui qui fait se pâmer une poignée de dilettantes opiomanes à monocle, mais dont l’intérêt est proche de 0 pour le mélomane épicurien. T / M / K, groupe italien autrefois connu sous le nom de Thee Maldoror Kollective à l’époque où il malmenait un mélange incertain de black et d’indus, et dorénavant rebaptisé en Textbook of Modern Karate, a pile-poil le profil du collectif artistique à dimensions variables qui accouche de concepts top-chan-mé plutôt qu’il n’écrit des pièces musicales destinées au commun des mortels. D’ailleurs sur ce 4e album, les 15 titres qui s’enchaînent ne sont rien d’autres que cela: des titres. Autrement dit des associations de mots "trop délire" accolés à des tronçons arbitraires de la petite heure de délire expérimental qui nous est proposée. Tout cela navigue entre « musique » de film (de celle qu’on colle en ambiance de fond pour habiller certains tableaux, pas de celle qui magnifie un générique de fin ou une scène-clé), metal atmosphérique noisy, jazz brumeux, easy listening lénifiant et glitch minimaliste.

 

Pourtant, dans le néant de cet océan fumeux sans queue-ni tête surgit parfois à l’improviste, et pour de courtes périodes seulement, des passages plus franchement sympas, sans que l’on comprenne trop ce qu’ils viennent foutre là. Ainsi, sur « The Burglar, The Herdsman & The Jew » a-t-on soudainement droit à un épisode psyché Estradasphéro-Chrome Hoofien, vers1:18. Plus loin, au début de « A Gibbet Rootwork », on profite d’un mix orchestre jazzy / guitare groovy & grésillante qui flatte notre fibre « Snap ya fingaz boy ». Au milieu de « The Saigon Reduxes », on se rafraîchit tout d’un coup au son d’une comptine délicatement rêveuse, tandis que sur « Comin’ To a Town Near You », on retrouve l’univers de Torm avec un metal reggae-ifié psychologiquement instable. Et, obéissant à la même logique, le petit quart d’heure que dure le « Sorcellerie Bruitiste » final est parfois traversé de passages sympathiques (comme cette électro robotique minimaliste à 3:20, ou ces effluves d’orient russophone après la barre des 8:10…)  – ce qui ne permet malheureusement pas de raccrocher une mâchoire inférieure déboitée depuis fort longtemps par des baillements intempestifs et violents. Ces instants où l’on se réveille enfin pour entrevoir un univers de possibles (rapidement ramenés à néant), on se prend à penser aux passages les plus hermétiques de Disco Volante (Mr Bungle) ou des 2 derniers Sebkha-Chott. Mais les horreurs ambiantes amusicales que sont « 3 Pennies National Messiah » ou encore « Burn Lucy, Burn » nous ramènent vite à l’indigeste réalité de ce Need The Needle qui – effectivement – pourrait bien pousser les plus fragiles à tâter de la seringue.

 

Alors je sais qu’on est en général tenté de voir dans les critiques acerbes d’œuvres exigeantes une preuve de manque d’ouverture d’esprit et de culture musicale… Pourtant je pense ne pas trop correspondre à cette description réductrice. Mais là désolé, ces assemblages arty de bouts de bric et de broc sans souci de cohérence globale ni d’accroche, très peu pour moi. Alors si vous pouvez accepter de vous laisser bercer pendant une heure par des atmosphères changeantes s’enchaînant sans beaucoup de logique ni de mélodie, l’univers de T / M / K saura peut-être vous séduire. Perso, je jette l’éponge.

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courteNeed The Needle est l’exemple-même de l’œuvre expérimentale indigeste qui ne se soucie guère d’offrir du grain à moudre aux amateurs de mélodie, de puissance ou de groove. Tout juste pourra-t-il plaire à ceux qui aiment être bercés par des atmosphères inconfortables et changeantes. Bref, c’est l’exemple typique de l’album à écouter quand on n’a pas envie d’écouter de la musique (et à plus forte raison du metal!).

photo de Cglaume
le 24/05/2013

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