Tao Menizoo - Journey Through A Devastated Mind

Tao Menizoo - "Journey Through A Devastated Mind"
chronique Tao Menizoo - Journey Through A Devastated Mind

Tu te promènes sous un crachin persistant, louvoyant entre de lourdes carcasses métalliques qui rouillent le ventre à l’air. Il fait toujours entre chien et loup ici, l’arc-en-ciel des possibles chromatiques ne s’étendant que du « gris-limaille de fer » au « noir-boule-de-suif ». Le vrombissement sourd des machines lointaines et le crépitement de l'eau sur la tôle font écho aux rugissements étranglés de tes démons intérieurs. Une dépression insidieuse te ronge les sangs et les tripes, mais la rage brûlante qu’ils ont allumée en toi t’empêche d’y prêter attention plus sérieusement qu'à un désagréable bruit de fond. Tu t’en es pris plein la gueule… Mais bordel, le retour de bâton qui s'annonce sera un monument de violence dressé à la gloire du dieu Talion!

 

Bon, ok: cette carte postale introductive est un peu facile, et elle ne correspond pas véritablement à la toile de fond thématique de Journey Through A Devastated Mind – l'album nous faisant voyager à travers des paysages désolés, certes, mais intérieurs. Pourtant cela reflète assez bien l'atmosphère générale de la petite heure que dure ce 3e album de Tao Menizoo. A vrai dire, les franciliens ont toujours eu cette composante froide, mécanique, presque indus dans leur musique, mais la présence plus affirmée de poussées thrash, d'une certaine hargne hardcore et d'un groove puissant contrebalançait jusque là quelque peu le tableau. Cette fois par contre, le groupe s’est enfoncé plus profondément encore dans les méandres d’une dépression poisseuse nourrie à l’ombre d’on ne sait quelle Matrice, et le résultat est un album certes toujours rageur et relativement violent, mais où dorénavant le noir du cambouis et les sentiments de mort prédominent. Mais loin de conduire le groupe à nous livrer un album de metal depressivo-anesthésiant ou donnant dans un cyber-goth pour ado en pleine crise de mal de vivre, cette noirceur amplifie encore la densité de la musique, qui s'avère au final plus proche du trou noir, corps stellaire, que du trou noir, trophée de fin de soirée batcave.

 

 Sur Journey Through A Devastated Mind, Tao Menizoo propose donc un metal sombre, grésillant, déshumanisé, hypnotique – indus presque – servant de tribune à un chant acrimonieux émanant tout droit du spectre d’un coreux prisonnier de limbes cybernétiques, celui-ci nous criant sa rancœur, son désespoir, sa colère et sa résignation. Semblant flotter à travers ces paysages mécanico-post-apocalyptiques, la guitare lead est une sirène lointaine, solitaire, qui perce le smog de ses trilles lancinantes et stridentes. On pense à tout un tas de "joyeux lurons": un Voivod en pleine dépression, un Grorr sous la pluie, un S.U.P. morose, voire un Treponem Pal mad-maxisé. Et pourtant, à notre grande surprise, on ne se retrouve pas transi de froid au sein de cet univers apparemment hostile, et cela parce qu’une chaleur sourde rayonne en continu de la basse ronflante de RNN. Mais ce n’est pas la seule explication. L’autre élément qui, à défaut de réchauffer nos doigts gourds, passe notre âme à thermostat 9, ce sont ces ambiances prenantes, ces visions tourmentées mais magnifiques, ces mélodies grandioses qui parsèment l’album. Ainsi est-on transporté par la puissante résignation mélancolique de « Released », par l’avancée inexorable et fatale de « The Lie Within », par la majesté quasi-black épique de « Your Weakness » ainsi que par l’abandon terrible de « Emotional Control ». Et même si la magie n’opère pas toujours avec autant de force sur l’ensemble des morceaux, le voyage est tellement fascinant qu'on ne se rend même pas compte qu'on le finit trempé jusqu’aux os et recouvert d’une suie noire comme l’enfer.

 

Si les musiques sombres, désincarnées et industrielles sont souvent le terrain de jeu privilégié des âmes en peine tatouées à la lame de rasoir – autrement dit pas forcément mon trip –, sur Journey Through A Devastated Mind, ce type d’univers est transcendé par la vision d’un groupe à forte personnalité. Certes, ça ne vaudra pas un bon vieux CD de zouk ou de disco si votre objectif premier est de faire la bamboula au bar de la plage, mais si vous ne dites pas non aux atmosphères tourmentées et majestueuses, avec cette dernière livraison de Tao Menizoo, vous ne pouvez pas faire fausse route.

 

PS: j’ai failli oublier de vous dire que le mastering est assuré par l’excellent Brett Caldas-Lima (Kalisia)!

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: noirs desseins, tourments de l'âme et ciel menaçant sur une Terre où ne restent plus que des machines aveugles… Voilà pour la carte postale. Pour les références: S.U.P., Grorr, Voivod, Proton Burst, Treponem Pal.

photo de Cglaume
le 04/12/2012

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