TAUBRĄ - Therizo

Chronique CD album (41:22)

chronique TAUBRĄ  - Therizo

Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour débusquer au sein du roster de Debemur Morti le tout nouveau side project du Suisse Berg (compositeur et guitariste de cette merveille absolue qu’est Aara), né aux frémissements de l’année 2022. Son nom – TAUBRĄ – renvoie à un langage proto-germanique et signifie « sorcellerie ». Berg, euh pardon B. ici, ne souhaite pas suivre la trajectoire d’Aara ou de son autre beau projet Modern Rites, qui n’ont pour l’heure et qui n’auront sans nul doute qu’une existence en studio. Voulant dès le départ déployer cette entité impie sur scène, il s’est entouré de trois personnes pour réaliser ce dessein funeste, dont deux compatriotes : T. le bassiste de Malphas et J., à savoir Jöschu Käser, batteur d’une pléthore de groupes dont Aara justement, Malphas à nouveau ou encore Forgotten Tomb. Il convient de rajouter R., Ruben Haug, un gars de Trondheim, chanteur de longue date du groupe norvégien Legiones et plus récemment de Dooms Vail et de Ilhalung, Les pistes de ce tout premier méfait, Therizo, sorti le 13 octobre dernier, ont été enregistrées à différents endroits de la Suisse et de la Norvège, avant que le mixing et mastering soient effectués en Espagne, à Madrid, au Empty Hall Studio, spécialisé dans le Metal extrême.

 

En fouinant ici et là, je me suis rendu compte que Malphas était une créature mi-homme, mi-corbeau, invoquée comme l’un des 72 démons par l’Ars Goetia. Or, ce grimoire du XVIIe siècle, véritable abécédaire occulte des entités infernales, est certes – en compagnie du Pseudomonarchia daemonum de Johann Meyer (1577) – la lecture fondamentale pour tous ceux qui veulent entamer leur catéchuménat démoniaque, mais surtout ici la source d’inspiration principale et décisive de TAUBRĄ.

 

Une inspiration pour ses mots : R. a su imprimer une réelle marque sur les paroles et la tracklist de Therizo ! Tout y est : ambiance mortifère, tentations goétiques, religion déchue, temples maudits, mentalités faibles.

 

Une inspiration pour son identité visuelle, que l’artiste norvégien Kjell Åge Meland a su capter dans un artwork semblable à une cérémonie incantatoire brumeuse, mobilisant les esprits malfaisants, les démons de l’Ancien Temps (Decarabia est le p’tit préféré de TAUBRĄ).  

 

Une inspiration pour sa musique. Dans Therizo, B. a souhaité ancrer fermement son Black Metal dans l’occulte avec un album borné par une intro et une outro, courtes l’une comme l’autre, pour mieux placer et conserver l’auditeur dans une atmosphère inconfortable et néfaste. On serait peut-être tenté d’approcher cette orientation musicale et conceptuelle de celle prise récemment par ASET – il n’a pas été inintéressant d’ailleurs d’enchainer les écoutes et la rédaction des chroniques les concernant –, mais avec un résultat final tout de même plus probant du côté du projet suisso-norvégien.

 

Cette musique « sombre et mystique » ne déborde pas d’originalité d’accord, mais nous avons droit malgré tout, durant un peu plus de 40 mn, à une combinaison maitrisée entre un chemin traditionnel et agressif, celui de la seconde vague norvégienne de la fin des années 1990 et des voies bien plus mélodiques, celles de l’atmoblack de ces dix dernières années. Chaque morceau propose alors, chacun son tour, passages sinistres, élans atmosphériques et séquences brutales. Brutal… "Reek of the Earth" l’est par exemple ! Même captif d’une violence primaire, le riffing de Berg, celui-là même qui a fait d’Aara un projet si fort, est de suite repérable par son élégance et sa puissance évocatrice, d’autant qu’il est souvent mis en lumière par le mixage au début des compos ("Congregation of the Unholy" 2e minute, "Sigd", 2e-3e mn, "Dire Necropolis", 1ère/2e mn, "Rembrandt of Death" 3e mn énorme, "Vale of the Taubra" 2e mn, ...). B./Berg ne peut donc nullement renier la paternité de TAUBRĄ !

 

En clôture de ce périple au sein d’un monde abyssal dépourvu de lumières, où on chancelle « entre chaos, extase, ténèbres et contemplation intérieure », le morceau éponyme est – je trouve – une dernière proposition idéale pour récolter les fruits de toute l’énergie occulte semée pendant les six titres qui lui ont précédé. Pour un ensemble réussi, duquel se dégage une aura sinistre et pourtant si … attrayante.

photo de Seisachtheion
le 24/11/2023

10 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/11/2023 à 10:29:59

La chro fait envie.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/11/2023 à 11:11:31

Ah c'est bien le type de BM que j'aime : je vais creuser ce soir.

cglaume

cglaume le 24/11/2023 à 13:30:33

Arf, j’avais lu Taubira 😅

Xuaterc

Xuaterc le 24/11/2023 à 14:22:40

motdièsemitout c'est aussi le type de BM que j'apprécie le plus, majestueux, guerrier ey épique. A ranger à côté des dernier BAN, Pénitence Onirique ou Ershetu

el gep

el gep le 24/11/2023 à 15:16:40

Glaume: moi aussi, j'ai pas osé le dire...

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/11/2023 à 16:51:04

Taubira/Black Metal, ce serait raccord (oui vous y avez pensé).

el gep

el gep le 24/11/2023 à 21:10:40

Oh merde.

Moland

Moland le 24/11/2023 à 22:31:46

J'ai osé faire la blague sur Facebook, illustration à l'appui. Je vois que je suis pas seul. 

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/11/2023 à 11:15:08

Tu aimes être banni donc.

Moland

Moland le 26/11/2023 à 13:42:53

Han merde ! :)

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