Tool - Ænima

Chronique CD album (60:17)

chronique Tool - Ænima

Dire qu'il y'a des albums dont je commence la chronique en appuyant sur play... tellement, ça respire l'évidence. Après toutes ces années, il y'en a eu plusieurs. Prétention de l'auteur, même pas.
En 427 papiers -pas tous ici - (oui, si j'imprime ces avis considérés, ce sera forcément sur du papier, malin va !) en moins d'une dizaine d'années, ce ne sont pas les poncifs et les clichés qui ont manqués !

Alors, tu penses, Ænima, anniversaire ou pas, ça reste l'arlésienne pour bon nombre de narrateurs. Sauf que cet album existe bel et bien. Qu'en 20 ans, tout a été dit sans que tout (les 77 minutes) ne soit forcément compris ou digéré.

Une seule évidence, Tool est devenu Tool avec cet album.

 

Prends “Stinkfist” avec sa belle tronche de single, son imagerie, finger deep within the borderline, au cas où t'as pas compris. Ce putain de morceau est juste un monument. 100 batteurs vont se casser la gueule dessus. 100 chanteurs seront pathétiques. La basse est un cas d'école. Seul le riff te fera sentir grand comme une rock star... peine perdue. Bon, c'est à peu près comme ça sur tous les titres, ne soit pas rassuré !

 

Cherchant l'idée, je mate la pochette dans tous les sens. C'est la première fois que je peux lire une telle liste de consultants... du visuel au pro tools en passant par l'avocat du groupe ; à propos d'un disque. Je n'y avais pas prêté autant d'attention, il y'a 20 ans...
Ce who's who jeté au centre du livret mérite de figurer au générique de n'importe quel blockbuster. Et c'est bien de cela qu'il s'agit en parlant d' Ænima. Enfin presque,... car en comparaison, on parlera davantage d'un film indépendant américain, que d'un cador du billboard ! 4 millions (d'entrées... ) de plaques vendues à ce jour.

 

L'album est parcellé de différents segments, “Useful idiot”, “Message to Harry Manback”, “Intermission”, ou “Cesaro summability” . Ce dernier à pour titre un théorème mathématique quand “useful idiot” fait référence à l'armée soviétique. Harry Manback – Hotsy Menshot est membre des truculents Green Jelly, groupe dans lequel Maynard J. Keenan et Danny Carrey ont joués. Hotsy Menshot de son vrai nom Gary Helsinger est devenu directeur commercial chez Universal. - Little pig, little pig, I blow you up...
 

L'intérieur du livret, nous offre, quand à lui, 16 pochettes d'albums supposés du groupe ; la bonne blague et son pesant de noms débiles. I smell urine, Tetanus for beakfast, The Christmas Album by Tool, The Other white meat (avec des daupins blancs en couv')...

La rondelle du CD représente dans certains cas une contorsionniste (tu m'étonnes !) et dans d'autres contiennent des symboles mystiques (amis du tattoo, c'est pour vous) et le mot ASTAROTH. Les signes égyptiens représentent l'Air, l'Eau, le Feu, le Corps et l'Esprit... un dernier symbolise Aphrodite... ça et là quelques éléments, apportés avec soin par Danny Carrey, le batteur.

 

Revenons à l'essentiel... Paul d'Amour, crédité pour 4 titres "Stinkfist", "Pushit", "Eulogy" et “Ænema”, a laissé son poste de bassiste à Justin Chancellor... avec un certain soulagement mutuel, selon les dires des autres membres. “Eulogy” voit Keenan endosser le rôle d'un prédicateur, un gourou – Will you know, Would you die for me – Le thème est inquiétant et fascinant, le titre l'est tout autant. “H” pour Half – à moitié vide, à moitié plein – et aussi le tiraillement d'être entre le bien et le mal. “Forty six and 2” s'adresse à nos chromosomes et notre condition d'être humain. “Hooker with a Penis” où Keenan règle ses comptes avec des suiveurs qui ont pris le groupe en grippe les traitant de vendus... Henri Rollins, présent sur Undertow est dans le collimateur. 

 

Musicalement le ton se durcit dans la deuxième partie de l'album. “Jimmy” voit Keenan se mettre à la place d'un gamin de 11 ans qui perd sa mère (?). “Die eier von Satan”, titre chanté par Marko Fox, bassiste de Zaum – un projet éphémère avec des Tool et des A Perfect Circle - en allemand qui parle des couilles de Satan ! Ça sonne indus à l'allemande justement (cfr: Einstürzende Neubauten). “Pushit” sonne bizarrement rock psyché façon californienne après ce raffut.
“Ænema” contraction entre Anima, l'âme comme appelé par le psychiatre Carl Jung et Enema, la pratique médicale qui consiste à l'injection de liquide(s) dans le rectum... est probablement la caution la plus Heavy et derechef la moins représentative de l'oeuvre. La plus politique aussi...

“(-)Ions” trinqueballe sa trousse médicale, lui aussi. La partie est instrumentale, mais les ions sont des atomes chargés en électricité positive ou négative qui influencent tout amas d'atomes que nous sommes !

Le terminus “Third Eye” long de plus de 13 minutes, fait référence au troisième oeil (hé oui), cette perception supposée qui se matérialiserait au milieu du front par un oeil qui s'ouvre... Dans le titre, guitaristiquement relevé, des extraits de Bill Hicks et deux de ses morceaux “The war on drugs” et “Drugs have done good things” y sont repris. Hicks était un humoriste américain, acteur et musicien à ses heures, né en 1961 et mort en 1994, qui a du faire face toute sa vie à diverses addictions et pour qui des groupes comme Tool (forcément), Fugazi, Radiohead (époque The Bends), vouent une forme de culte. Dans ses oeuvres, Hicks, dénonce le capitalisme et de manière plus amusée les affres de la pub.

 

Disque influent qui traverse les âges réalisés par des hommes... sous influences eux aussi. Ænima, c'est Peter Gabriel qui réalise un album avec Al Jourgensen et Les Jane's Addiction en backing band, pour faire simple (enfin !). On retrouve David Bottrill (Musicien, et Directeur Artistique) qui assure les parties de claviers et le mixage sur ce disque. Bottrill est connu pour son travail avec King Crimson et Peter Gabriel à l'époque... il s'occupe quelques années plus tard de l'excellent The Ideal Crash des belges de dEUS, eux aussi retournés par Ænima.
À sa sortie en 1996, je lisais, - album concept -, -album avec des morceaux à tiroirs – et l'on disait plus ou moins la même chose de The Process de Skinny Puppy (une fixette sur le contenu sniffé en plus). L'un comme l'autre promènent leurs auditeurs tout le long du temps d'écoute qui demande une vraie attention. 

 

Undertow, en carte de visite, aura montré le visage le plus incisif du groupe. Ænima présente bien plus de nuances et donne/montre/demande une certaine maturité pour vivre pleinement ce projet hors-norme.

 

428 Done.

photo de Eric D-Toorop
le 18/09/2016

3 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 18/09/2016 à 20:51:41

Dans le top 5 des meilleurs albums all time of my life, tout simplement ;)

Padam

Padam le 29/10/2018 à 14:59:22

Fouetez-moi je n'aime pas Tool. Maynard avec sa voix de pleureuse, ces compos prétencieuses et interminables... musicalement brillant ce groupe me laisse complètement de marbre, un long filet d'eau tiède.

el gep

el gep le 29/10/2018 à 19:41:53

C'est pas faux...
J'ai adoré Tool mais depuis des années, je ne me l'explique pas vraiment ce revirement de goût/dégoût, mais c'est un peu ainsi pour moi aussi.

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