Tool - Fear Inoculum

Chronique mp3 (86:38)

chronique Tool - Fear Inoculum

NDLR : pour cet album tellement attendu de 2019, il ne fallait pas moins de 2 chroniques pour essayer de disséquer au mieux ce "Fear Inoculum" de Tool !

Ce sont donc R.Savary et Tookie qui s'y sont collés.

 

 

La chronique de R.Savary :

 

Premiers jours du mois d'août 2019, après des siècles de « hello, goodbye » et de « Où est Charlie », TOOL publie en streaming sur le net un premier titre de son futur nouvel album (myspace n'existe plus depuis le précédent album, et il s'en est passé des choses dans le monde aussi, et nous sommes plusieurs à avoir pris du galon également).

 

Et bien, en août 2019, nous ne savions alors pas si le titre "Fear Inoculum" (ça fonctionne bien au Scrabble) lancé à nos sages visages serait le titre d'ouverture de l'album Fear Inocolum, il était évident qu'il ferait bien pâle figure à côté de TOUS les titres qui lançaient les précédents opus. Comme Old Man Gloom avait, il y a quelque temps, lâché aux media un disque différent pour la promo de celui qu'ils allaient véritablement sortir, on pouvait penser que TOOL lui aussi se jouait de nous tous. Mais non. Ce morceau est bien sur l'album, et il en est bien le premier titre. Il fait donc bien pâle figure, Hugues (et même s'il y chante joliment). Il ne faudrait pas nous dire que c'est la faute à « la maturité » quand même...

 

Si les américains veulent autre chose pour leur musique, allez « plus loin », allez « plus haut », grand bien leur fasse et c'est bien le minimum au regard de leur stature. Surtout que 10,000 Days répétait - tout en développant - une formule déjà bien en place depuis Lateralus. Et surtout - et contre tous - après toutes ces années à faire, pour certains, autre chose que du TOOL. Par contre les premières écoutes de l'album ne nous laisseront pas en terrains inconnus. Le son atmosphérique de la basse généralisé depuis Lateralus, le son des roulements de batterie, le son clair du chant, les « tics-tics » tel un pinson sur du metal ("Eulogy"?), etc, etc, on connaît déjà chez TOOL. Idem on retrouve les intermèdes-bizarreries (ici "Litanie contre la Peur" et "Mockingbeat") qui nous rappellent par exemple "(-)ions" ou "Useful Idiot" sur Ænima. La presque seule nouveauté niveau son étant une distorsion sèche et compressée utilisée par la guitare à deux-trois moments.

 

Après les premières écoutes, ce qui frappe davantage c'est ce qu'il n'y a pas.

Effectivement quand les précédents albums étaient « massifs », imposants,  tout en restant menaçants à tous les niveaux, Fear Inoculum paraît lui plutôt monolithique. Difficile à bouger. Il n'y a plus vraiment de variations de chant ou de changements de micros/types de chants/positionnements de la voix dans le son (oui il y a certes un effet vocal sur "Invicible"), plus d'accélérations ou de variations de rythmes, plus de percussions tribales/médiévales/celtiques, plus de retournements de situations, plus d'explosions, et, pire, plus du tout de moments de grâce absolus à clouer le bec et les neurones comme seul TOOL sait savait le faire. Par « moments de grâce » j'entends (en y pensant, surtout sur Ænima) : le « I don't mind » et la tempête sonore qui déboule vers 4:40 sur "H"., le final de "Forty Six & 2" et notamment à partir de 5:36, idem vers les 8:49 de "Pushit", les passages vocaux saccadés sur "Third Eye" jusqu'à l'explosion sur le final à partir de 9:20, et la chute martiale... En plus, on pourrait même douter de la sincérité de certains riffs/parties guitare pas forcément bien sentis (à partir de 7:35 sur "Descending" par exemple). On sort des premières écoutes à se dire que le morceau "Stinkfist", de Ænima, à lui tout seul est plus intéressant que ce nouvel album et que le côté « mystérieux » du groupe semble maintenant sur-joué depuis Lateralus... et pour conclure ce point, attention je vais lâcher trois bombes : l'intro de "7empest" rappelle à "Street Spirit (Fade Out)" de Radiohead (je ne suis pas de très bonne foi mais quand même), des lignes guitares de "Descending" ressemblent à du mauvais Maiden, le chant de ce même morceau sonne Depeche Mode. Même si ce n'est pas forcément mal pour le dernier point, l'écoute en est pour autant froissée. Oui la plus grosse nouveauté est que parfois ça sonne mal.

 

Pourtant "Descending" serait bien sans ses lignes guitares en trop. "7empest" serait très bien sans cette intro mal sentie. "Invincible" serait bien s'ils avaient mis un peu plus d'essence pour le laisser décoller et ne pas laisser le titre s'étouffer. "Culling Voice" serait meilleur sans le dernier riff guitare archi moche, l'intro/première partie de "Pneuma" est chouette mais ensuite ça tourne en rond (avec un riff pas top)... Il faut donc comprendre qu'il y a de très bons moments, par contre il n'y a pas de très bons titres en entier (même si j'aime bien quand même "Culling Voice" et "7empest" – qui s'approche du TOOL dantesque d'antan) et il faudra donc absorber l'album en entier pour pouvoir y trouver quelque chose. Ce point amène au fait que, peut-être, il n'était pas destiné à ceux qui ne feraient « que » l'écouter. Peut-être est-il destiné à ceux qui contre quelques billets ont acheté la version physique avec des visuels ou autre et qui possèdent un casque super hi-fi binaural et qui possèdent un écran multi-plasma 450° pour y projeter ce que le groupe avait en tête et ce qu'il voulait mettre dans les nôtres. Chacun pensera ce qu'il veut à ce niveau, musique-image-art-nouveauté-foutaise-prétention-argent trop cher-Exploding Plastic Inevitable-c'est noël je vais lui offir un disque de TOOL.

 

Alors nous voilà donc avec ce 5e album de TOOL, 13 ans après le précédent, et que doit-on en faire ? Certes il y a peut être eu des histoires juridiques pour retenir la sortie de l'album (problème de stars ?), alors certes ça prend du temps de trouver le son parfait – car le son est excellent – (problème de perfectionniste ?), mais dans tous les cas il sera bien difficile de contredire les « tout ça pour ça ». Pour les ultra fans, malgré le fait qu'ils se fassent dépouiller de leurs économies, ils ont un nouvel album à - enfin - écouter et cela apportera de la nouveauté pour les setlist des concerts (ou, s'il leur en reste, ils se les feront à nouveau dépouiller) ; pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, cela apporte quelque chose qui vaut le détour même si on les invite à ensuite aller écouter les précédents albums ; pour les « ni-l'un ni l'autre », ça n'apporte rien : on a pu patienter pour entendre ce disque, on continue de patienter quand on l'écoute, on patiente encore quand il finit, attendant qu'il commence.

 

Donc pas de réel tremblement de terre à l'horizon capitaine, comme pour Chinese Democracy (vous saviez que j'allais le placer !) ce nouveau TOOL arrive trop tard, et dans ces treize années ils auraient au moins du sortir un autre album pour relever le niveau et réellement nous surprendre.

 

Sa note : 6/10

 

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La chronique de Tookie :

 

Tout a déjà été dit sur ce dernier Tool. Tout et son contraire.


Tu penses que parce que COREandCO publie un double article avec des mois et des mois de retard sur le créneau de promotion et tout le recul nous allons avoir un avis plus pertinent que les autres ?
Ho que non mon bon : fanatisme ou pas, Fear inoculum est une énigme impénétrable et une oeuvre faite pour diviser.

 

Passons le caractère historique de cette sortie, ignorons un peu le temps de création, l'impatience des fans légitimement à bout. Non qu'il ne soit pas intéressant, bien au contraire ! Mais tout le monde (ou presque) connaît tout ce qui a entouré la publication de cet album.
Il y a néanmoins un sentiment qui peut dominer avant même d'écouter ce disque : tout est fait pour être déçu.
Le temps a rongé le raisonnable : les espoirs se sont multipliés, l'idéalisation s'est affinée et on retirait, inconsciemment, naturellement, logiquement, petit à petit le charme de la découverte d'un single pour un groupe très (trop) attendu.
Certains se sont laissés surprendre, enthousiastes. D'autres ont été déçus pour tout un tas de raisons.

Parce qu'il y a des raisons d'être déçu quand on écoute le titre éponyme qui ouvre cet album. On ne peut pas reprocher à Tool d'avoir perdu sa finesse, elle explose en moins de 2 minutes. Ce savoir-faire, cette gestion des percussions, ce goût pour l'introduction et la mise en ambiance est toujours aussi remarquable. Mais il y a un terrible goût de déjà-entendu.
Comment en vouloir au clan des "blasés" d'être déçus, par un titre qui ressemble à une piste de 10.000 days ? Après tout, le temps aurait pu faire son oeuvre et Tool aurait pu se détacher de ce disque d'une autre décennie.

Et puis il y a ces terribles interludes. On aurait pu croire le groupe plutôt à l'aise dans ce type d'exercice, les sons d'ambiance, chevillé un album autour de ces courtes pistes aurait pu se révéler être leur truc, mais ils manquent non seulement d'intérêt et surtout de liant avec le reste d'un disque...qui apparaît finalement assez inégal.

C'est là le dernier gros défaut de cet album. Où va Tool ? Que fait Tool ? Fear Inoculum connait des très hauts et des petits bas mais manque de clarté sur son ambiance générale. Alors que le disque se révèle être une oeuvre un peu folle et démesurée jusque dans son digipack (à la hauteur de ce que l'on attendait de lui cette fois), on a finalement une suite un peu nébuleuse de titres inégaux qui ont chacun leurs qualités et leurs faiblesses mais qui ne font pas vraiment "un album".

 

Mais ce sentiment se fait au-delà de toute considération musicale. Parce que, dans le fond, Fear Inoculum butte. Et il n'est pas utile d'étaler son vocabulaire pour l'expliquer, ça se résumer en deux courts paragraphes.

Que le titre d'ouverture soit gavé de gimmicks du groupe, tout comme l'ensemble des titres, finalement, qu'est-ce qu'on en a à foutre ? (Tu m'autoriseras cet écart de langage). On voyage, on est toujours bluffé par la finesse avec laquelle le groupe écrit et interprète ses morceaux. On a des morceaux de bravoure artistique phénoménaux comme l'incroyable périple "7empest". Hors interludes, les titres dépassent allègrement les 10 minutes, mais toujours avec facilité, avec légèreté. Tool embarque celui qui l'écoute. Peu importe alors que ces "pavés musicaux" manquent de liant entre eux : ils sont un album à eux seuls. Six. Six univers Tooliens.
Il y a peut-être un manque d'audace, de réinvention, mais on a le Tool qu'on attendait avec le son que l'on espérait avec les percus qui résonnent comme on les adore.


Le soin avec lequel Tool a écrit ce disque le place déjà au-dessus du panier : on se perd avec plaisir dans les méandres de morceaux plus ou moins lumineux mais dont la légereté sonore charme. Tool c'est depuis toujours une singularité sonore inégalée qui se perpétue sur ce disque, en dépit d'un grand nombre d'années sans la moindre activité.  

Alors oui, il y a de grosses faiblesses à ce Fear Inoculum, mais elles sont balayées par la personnalité inégalable de Tool. On discerne parfois mal où le groupe veut en venir, mais il sait effacer en quelques instants le souvenir de l'interlude perturbant et un peu creux qui précède.


Tool est de retour, quelque soit le niveau d'attente qu'on lui accordait.

 

Sa note : 8.25/10

 

 

Soit une moyenne globale de 7.125/10 !

 

photo de R.Savary
le 24/12/2019

7 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 24/12/2019 à 10:01:57

Il manque un liant général à cet album, et quelques coups de folie.
Le fan que je suis est un peu déçu, mais globalement, c'est un très bon album qu'on découvre au fil des écoutes.

sepulturastaman

sepulturastaman le 24/12/2019 à 12:06:46

De l'avis de R.Savary, il lui manque des sacrés coups de gaz, des explosions multiverses même, je crois bien que je suis le genre de gars resté scotché au Lateralus, dommage pour moi.

gulo gulo

gulo gulo le 27/12/2019 à 06:52:26

Il est bien long, cet échauffement, coach... On a les doigts bien assouplis là, on commence, ou bien ? Ah ben non, le disque est fini. Allez, à demain...

Dams

Dams le 27/12/2019 à 16:46:33

C'est un album qui ma demandé du temps, en même temps Tool, j'ai beaucoup aimé le titre éponyme, mais après c'était plus complexe.
Déjà les interludes, sans intérêts pour moi, ensuite la basse est en retrait par rapport aux autres albums, dommage.
Néanmoins, des titres complexes mais paradoxalement accrocheurs, Descending, Invincible, Pneuma ou encore Fear Inoculum.
Une batterie absolument omniprésente et monumentale. Et la voix de Maynard qui ne hurle plus, mais qui est toujours aussi bien fusionnée avec la musique du groupe.
Bref, oui j'ai aimé ce nouveau Tool.

el gep

el gep le 31/12/2019 à 17:17:40

Moui... la soi-disant complexité et richesse de Tool... Je trouve ça finalement assez basique comme Prog-Metal... Oui, la batterie joue beaucoup de notes, mais à part ça, c'est pas si foisonnant. Ce qui n'est d'ailleurs pas forcément une critique de ma part.
Sinon je trouve ce disque par instant beau, souvent chiant, avec l'impression qu'ils ne se sont pas beaucoup foulés.
Le plus gros problème selon moi: c'est lisse, mais LISSE, MAIS LISSE! Y'a rien qui dépasse! Brrrrr... quelle horreur! Mais de la vie bordel, DE LA VIE ENFIN!

cglaume

cglaume le 31/12/2019 à 21:36:58

Haha Gepounet. J'espère que je finirai par te croiser en vrai... :)

el gep

el gep le 02/01/2020 à 09:28:04

Ehéh ah ben moi aussi! Mais je ne crois pas être quelqu'un de très drôle.

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