Yann Le Baraillec (Motocultor Festival) - Interview du 23/04/2024

Yann Le Baraillec (Motocultor Festival) (interview)
 

Pourriez-vous nous présenter le Motocultor  Festival  et nous en dire un peu plus sur l’envers du décor ? Son organisation, son fonctionnement, le nombre de personnes qui y travaillent à l’année mais aussi lors du festival en lui même ?

 

Yann Le Baraillec : Alors, c’est une association, Motocultor Fest Prod, qui est organisatrice du festival avec un conseil d’administration de six personnes. On est passé en un an de deux salariés (équivalent temps plein) à cinq équivalents temps plein. Là, il y a toute une nouvelle organisation qui se met en place avec ce nouveau renfort, ce nouveau développement de l’équipe permanente. Aujourd’hui on est sur une convention sur cinq ans avec les Vielles Charrues et la situation financière du festival s’améliore donc on peut continuer notre développement. Autrement, il y a une cinquantaine de postes « Responsable Bénévole » pour gérer les différents pôles du festival ( le pôle bar, le pôle parking par exemple) et puis on a neuf cent et quelques bénévoles au moment du festival.

 

Êtes-vous satisfait de cette édition 2023? Quel bilan tirez vous en terme de fréquentation mais aussi en terme d’organisation sur le nouveau site de Kerampuilh ?

 

C’est intéressant de… comment dire. 2023 est une année de transition parce qu’on était dans un autre département avant. Le festival s’est créé dans le Morbihan à côté de Vannes, à Saint Avé. Pendant huit ans on était sur la commune de Saint Nolff et en 2023, on a fait le choix de déménager en ayant l’opportunité d’aller à Carhaix. Du coup, avec du recul, il n’y avait qu’à Carhaix que cela pouvait se faire sans discontinuité parce que c’est vraiment une commune où les élus, les habitants participent bénévolement et participent aussi à l’organisation des Vieilles Charrues. Il y a une culture du festival à Carhaix et une forte expérience dans l’organisation d’un évènement de grande ampleur sur la commune. Comme ils savaient ce que c’était d’organiser un festival, quand on a échangé avec eux, ils sont venus voir l’édition 2022 et une semaine après, le choix était fait et acté et on a pu avancer. Je pense que ça n’a pu être fait que parce que l’ancien maire était président des Vieilles Charrues et fondateur et beaucoup, dans son équipe municipale, ont eu des responsabilités au sein des Vielles Charrues et connaissent l’organisation de festival. Du coup, les contraintes d’organisation d’un festival sur un nouveau territoire étaient minimes grâce à leur expérience. Même au niveau des prestataires locaux ; quant t’es prestataires des Vieilles Charrues, tu as un expérience de trente ans, tu arrives avec des solutions sur mesure(…) donc avant même qu’on démarche les gens, on avait des mails avec des solutions sur mesure. « Ahhh, bah, c’est parfait » ! (rires!). Il n’y a plus qu’à les appeler, en cinq minutes c’est calé. Du coup, ça a été assez facile en fait et ça ne pouvait l’être qu’à Carhaix. On a de la chance d’avoir cette commune motivée et ça a sauver le festival. Et le public à suivi, puisqu’on a battu notre record de fréquentation ce sur quoi je n’aurais pas parié au début.

 

Maintenant que les marques sont prises à Carhaix, quelles innovations, quelles nouveautés avez-vous prévues pour cette édition 2024 ?

 

Alors, il y a plusieurs choses. On va revoir toute l’implantation et l’organisation au niveau des entrées pour supprimer toutes les files d’attente qu’il y a eues l’an dernier en rajoutant plus d’agents et faire beaucoup plus de couloirs. On va adapter le dispositif pour qu’il y ait beaucoup moins d’attente. C’est le gros point qu’on a voulu changer cette année. Il y a aussi un changement au niveau des scènes et notamment sur l’implantation des deux scènes plein-air. On a fait une étude de sol qui va nous permettre de mettre la Dave Mustage à la place des stands de restauration pour éviter qu’elle soit dans le sens des vents dominants ce qui est très contraignant en cas de pluie. On pouvait faire ce dispositif l’année dernière parce que l’étude de sol n’était pas encore faite et le dossier de sécurité était déjà déposé donc on a fait le choix de prendre le risque d’avoir de la pluie sur cette édition. Maintenant qu’on a les résultats on se permet de faire cette modification. Il y aura donc les deux scènes côtes à côtes du coup : la Suppositor Stage et la scène principale.

 

Donc ça implique un changement au niveau de l’espace VIP aussi, si je ne me trompe pas ?

 

Du coup, sur l’espace VIP et le camping bénévole qui étaient effectivement sur cette zone l’année dernière, on va mettre un énorme espace restauration. Il y aura bien évidemment à manger, mais aussi un troisième bar avec plusieurs références de bières bretonnes et … du vin. Sur les bars principaux, les références seront 100 % bretonnes avec plusieurs références pour satisfaire tout le monde et les goûts de chacun.

 

Pourriez-vous nous présenter cette affiche 2024 ? Vos coups de cœurs, vos découvertes, vos surprises, vous, en tant que directeur du festival ?

 

On est très contents d’avoir, même si ce n’est pas mon style de musique, Architects ; c’est une bonne tête d’affiche pour le samedi, un peu comme Bullet for my Valentine l’année dernière. Pour être clair, c’est pas ma came, à titre personnel, mais le fait d’être sur quatre scènes aujourd’hui nous permets d’aller sur d’autres styles, d’autres horizons musicaux dans le métal avec des choses qu’on ne faisait pas. Ça permet de renouveler l’affiche. Il y a quand même un partie du public assez jeune qui écoute du metalcore et c’est une bonne chose mais on a a remarqué ces dernières années que l’âge médian augmentait régulièrement d’un an donc il fallait continuer à satisfaire notre public historique. On l’a fait avec cette quatrième journée et cette quatrième scène ce qui nous a permis de nous ouvrir à d’autres genres de musique. Ça nous a permis d’élargir notre affiche et diversifier notre public. On a donc un peu plus de metalcore aujourd’hui.

On a aussi une affiche stoner très intéressante avec Baroness, qui étaient déjà venus au Vieilles Charrues il y a très longtemps. C’est un groupe qu’on essaye d’avoir de plus de nombreuses années. On est très très contents ! Clutch c’est pareil ! On est très heureux de les faire revenir. C’est plus le genre de groupe que j’écouterais.

En metal progressif, je suis très content de faire venir Avantasia. C’est assez rare de les voir et cela faisait plusieurs années qu’on était dessus. Cette année, le public de metal prog’ peut se faire plaisir au Motocultor. C’est un style que j’aime beaucoup personnellement et on a pas forcément mis ça en avait au Motoc parce que les groupes sont assez limités. Étant donné qu’Avantasia venait, on a décidé d’en mettre sur les quatre jours et faire un truc sympa plutôt qu’Avantasia soient les seuls metal prog’ au milieu de nulle part. Là, on a Opeth qui revient sur la première journée. On a aussi Magma et Ange, deux groupes qui ont plus de cinquante ans de carrière. C’est d’ailleurs sûrement un des dernier concert de Christian Décamps parce qu’il arrête après. C’était une opportunité, et puis dans le Finistère, Magma et Ange ne s’étaient pas vu depuis très longtemps et c’est une chose que le public local écoute donc c’est à la fois intéressant pour le public habitué et pour le territoire dans lequel on s’implante. Il y a aussi Alan Stivell, qui est une légende de la musique bretonne, qu’on refait aussi pour les mêmes raisons. C’est un point d’ancrage local et c’est important d’avoir des groupes comme ça, comme Alan Stivell. Il y a en pas cinquante-mille qui sont compatibles avec un festival de metal. On avait déjà fait ça en 2019 et ça avait super bien marché. On a aussi Thurston Moor, le leader de Sonic Youth, qui est là le jeudi. C’est vraiment une super bonne prise. Ce sont des choses qu’on ne pouvait pas faire lorsqu’on était que sur du metal. Je trouve ça super intéressant de pouvoir aller dans plein de styles de musique et pouvoir avoir ce genre de références musicales chez nous. Et puis il y a Neko Light Orchestra qui viendront jouer la musique de Game of Throne et du Seigneur des Anneaux. Ça va être un genre de rock/orchestra avec des musiciens symphoniques. Ils font beaucoup de salles, peu de festivals, donc je pense que ça va être bien !

 

Mince ! Vous avez déjà donné quelques bribes de réponses à ma prochaine question. Comment faites vous pour programmer Alan Stivell aux côtés de Baroness ou Bernard Minet aux côtés de Decapitated ?Comment construisez-vous vos affiches ?

 

Et bien, du coup le fait d’avoir 110 noms à proposer nous permet d’aller dans plein de niches différentes et de satisfaire nos habitués et d’aller de temps en temps vers d’autres niches bien précises comme avec Baroness. En même temps, on peut s’ouvrir vers d’autres groupes humoristiques comme Didier Super ou Bernard Minet. C’est un retour vers l’enfance pour Bernard Minet et à l’adolescence pour Didier Super et je pense que ça va parler à pas mal de gens. Et ça c’est vraiment le fait d’être passé à quatre scène sur quatre jours qui nous permet de faire tout ça. Ça nous permet de saisir des opportunités. Avant il y avait plein de groupes qui pouvait le jeudi mais que nous nous ne pouvions pas prendre et maintenant dès qu’il y a des opportunités avec des groupes sur le jeudi, on peut se permettre de les avoir et ça étoffe l’affiche. De toute façon, tous les festivals metal sont passés à quatre jours ; c’est impossible de revenir en arrière, c’est devenu la norme. Et puis ça permet d’optimiser les coûts donc pour notre budget c’est vraiment important.

 

Justement, en parlant des coûts ! Ce n’est vraiment pas un révélation de dire que tout augmente et que certains festivals sont en difficultés, notamment avec la hausses de cachets, des matière premières, du carburants mais aussi la baisse des subventions (…). Donc tout augmente, sauf le pass du Motoc’, ou très peu. Comment faites vous ?

 

On réduit à fond notre marge ! Ce qui veut dire qu’il faut qu’on soit quasiment complet pour équilibrer le festival vu que les groupes nous coûtent de plus en plus cher. En fait, il y a deux cas de figure : soit il y a certains groupes qui demandent à être très cher et c’est déraisonnable de les prendre. Mais on peut quand même en prendre un ou deux de temps en temps pour l’équilibre de l’affiche. Souvent on les refuse, parce qu’avoir un zéro de plus par rapport à ce qu’on payait il y a trois/quatre ans, c’est inacceptable. Donc, voila, dans la plupart des cas, on refuse ça. Après, forcément, on accepte les coûts qui sont dû à des réalités, des dépenses supplémentaires qu’ils ont réellement. Voilà, dans ce cas là, on accepte les augmentations. Et puis, il y a les groupes qui font moins de concerts et qui veulent être mieux payés... ça… … si on veut des groupes comme Wardruna l’an dernier, bah, on a pas le choix (rires). L’affiche 2023 sans Wardruna n’aurait pas été pareil. Il y a des choix à faire et on les fait. La petite augmentation des tarifs qu’on a faite cette année et la fréquentation qu’on a eu nous permettent à peine d’être à l’équilibre.

 

Quels sont les objectifs pour cette année ?

 

Alors, l’année dernière, on était quasiment complet le samedi. Pour cette année, on maintient la jauge pour le moment et l’idée serait d’arriver à faire complet sur une ou deux journée et à terme, pourquoi pas, d’être complet sur les quatre jours. Donc voilà l’objectif à terme. Oui, ce serait bien et rassurant de l’être plusieurs mois avant le festival. Ce serait plutôt rassurant d’avoir ce modèle économique là et plutôt que d’augmenter la jauge comme on le faisait les autres années, là on stabiliserait.

 

Oui, c’est ça. On peut dire que vous êtes sur votre vitesse de croisière à 15 000 par jour ?

 

Oui. 14 000 payant par jour.

 

Sur un tout autre sujet, vous lancez la toute première édition du Re-Animator à Saint-Nolff, pour la fin du mois de mai. Pourriez vous nous en dire un peu plus sur ce festival et pourquoi être revenu à Saint-Nolff ?

 

Alors, en fait, c’est le petit frère du Motocultor appelé Re-Animator, en lien avec le film des années 80 sur lequel on a beaucoup trippé au moment du groupe Motocultor. C’était un film référence pour nous, nanar et très drôle en même temps. Vraiment culte ! Donc quand on a cherché un nom pour cet évènement à Saint-Nolff, on est assez rapidement tombé sur ce nom là, parce que ça rime avec Motocultor, ça fait penser au metal qui va revenir d’entre les morts à Saint Nolff. Du coup, ce nom cochait toutes les cases pour l’objectif qu’on voulait. Nous on vient du territoire de Vannes, on y habite et on connaît tout le réseau. On trouvait ça dommage de ne plus avoir d’évènement sur notre territoire d’origine. Maintenant le Motoc est à Carhaix et il finira sa vie là-bas (rires!). Et puis on voulait faire quelque chose de plus intimiste parce que mener deux festivals de front, ce n’est pas possible. De tailles similaires, du moins. Donc, on veut vraiment faire quelque chose d’intimiste, avec une jauge de 500 sur un terrain privé et quand même varier l’affiche, comme avec le grand frère. Il y a une partie déco qui sera beaucoup plus importante. L’aspect déco sera bien marqué et sera intéressant.

 

Le temps passe vite, cela sera déjà ma dernière question. Avec la mise en lumière des VSS, comment, en tant que directeur de festival, gérez vous la question. Avec un public en attente de sécurité, la question de ne doit pas être simple.

 

Ah. Oui, oui, bien sûr, c’est un sujet compliqué. En fait, depuis 2022, on a un stand VSS, ce qui n’était pas le cas avant. Pendant le Covid, on a pris, comme tout le monde, des mesures là dessus. Et puis il y avait une forte volonté interne de personnes qui voulaient gérer un stand VSS. Donc, on a aujourd’hui, on a un excellent binôme qui gère le stand. Et depuis deux éditions, on est accompagné par des structures extérieures pour former nos d’équipes, nos chefs de postes et salariés. Donc au fur et à mesure on forme nos équipes sur ces questions et on met des moyens supplémentaires sur la question de la sécurité. L’année dernière il y avait des maraudes nocturnes qui ont été mises en place par des bénévoles et il y a des équipes d’agents de sécurité supplémentaires. Tout ça, ce sont des moyens qu’on renforce chaque année et qu’on renforcera en 2024. Les budgets, sur cette question, ont fortement augmentés entre 2022 et 2024 et on continuera de les renforcer. Et puis, il y a une forte implication de nos équipes du stand prévention là dessus ; elles font un super boulot.

 

Merci beaucoup d’avoir pris de votre temps pour répondre à ces questions. Bon courage pour le restant des préparatifs !

 

Merci à toi ! A bientôt !

photo de Vincent Bouvier
le 03/06/2024

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 03/06/2024 à 14:49:31

Chouette initiative cette itw 🤘

Vincent Bouvier

Vincent Bouvier le 09/06/2024 à 08:13:52

Merci! 😊

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