Ulcerate - Stare Into Death And Be Still

Chronique CD album (58 mn)

chronique Ulcerate - Stare Into Death And Be Still

Que la Nouvelle-Zélande peut être fière ! Elle abrite en son sein un groupe, Ulcerate, qui vient certainement de pondre avec son Stare into Death and Be Still, un des albums Death Metal de l’année 2020. En tout cas avons-nous à faire à un très sérieux prétendant. Cette formation nous avait habitué depuis près de vingt ans à des productions qualitatives et exigeantes, ne serait-ce qu’avec The Destroyers of All (2011) et, dans une moindre mesure, Shrines of Paralysis (2016). Mais là, MAIS LÀ, le talent et la maitrise du trio formé de Jamie Saint Merat (batterie), Paul Kelland (chant, basse) et Michael Hoggard (guitare) semblent avoir atteint son acmé ! Au passage, la signature chez un label français ne semble pas étrangère pas à tout cela…

 

Une fois qu’on a balancé ça en prolégomènes, il faut assurer, à moins de prendre le risque de recevoir une salve de critiques bien méritées dans la face !

 

Il ne faut que quelques minutes, dès l’écoute de "The Lifeless Advance", pour comprendre qu’il va en falloir des aller-retours entre la première et la dernière piste, pour tenter de dompter cette bête musicale. Pour ma part, je n’y suis toujours pas parvenu…

 

Naviguant sans cesse entre toutes les facettes du Death (Tech Death à la Cryptopsy ou Ad Nauseam, Brutal Death à la Suffocation ou Dying Fetus et surtout Post-Death plus aérien à la Gorguts), Ulcerate nous donne une leçon d’expérimentation, dont le riffing – bien davantage en fait que le chant ou la batterie – est la clef-de-voûte, absolue et décisive. Les riffs décoiffent par leur complexité ; ardus à déchiffrer, ils exigent une écoute attentive – ça reste du Ulcerate bordel ! – qui épuisera à la longue toute oreille, même celle éreintée à l’exercice.

 

Tout ce mix porte dans le même temps la marque du Black Metal sombre, tourmenté et dissonant défendu par Debemur Morti et par sa tête-de-proue Blut Aus Nord qu’il est délicat de ne pas convoquer ici, notamment sur le dernier titre. D’autres commentateurs, plus avisés que je ne le suis, y voient une autre influence française, celle de Deathspell Omega ("Visceral Ends"). Une chose est sûre : Stare into Death and Be Still s’intègre sans jurer au sein du roster de ce label, dont le niveau d’exigence n’est plus aujourd’hui à démontrer. Or, au départ, ce n’était pas gagné du tout !

 

En empruntant un chemin non balisé, situé à mille-lieux d’un Death monolithique, condamné à la thrombose musicale, le trio néo-zélandais – ils ne sont vraiment que trois !? – nous sort la tête de l’eau avec des morceaux remarquables de variété et de profondeur, à l’exemple "Exhale The Ash". On suffoque, on titube de plaisir devant un si bel ouvrage !

 

S’enquiller l’intégralité des huit morceaux et la quasi-heure d’écoute qu’ils exigent – le morceau le plus « court » fait 5mn40 – n’est certes pas chose aisée, mais vous sortirez sans doute marqués, peut-être même groggys par un tel chaos, maitrisé techniquement de bout en bout.

 

Sans défaut notable, la production parvient en effet à exploiter toutes les richesses de ce Death, d’où s’extirpent à la fois la puissance de frappe d’un son lourd, implacable et étouffant et la légèreté de passages plus atmosphériques, presque sensibles (4e minute d’ "Exhale The Ash" et de "Drawn into the Next Void", 6e minute de "Stare into Death and Be Still", premiers souffles de "There is No Horizon" et d’ "Inversion").

 

En somme, c’est comme si vous étiez les victimes consentantes d’une sorte de déferlements sereins et raffinés, dont trois métalleux venus des confins de notre monde sont les auteurs, à la fois agresseurs et esthètes, brutasses et aèdes !

 

Ne luttez pas, c’est inutile : Stare into Death and Be Still va vous happer dans un vortex d’ambiances multiples et vous plonger dans une expérience, dont la profondeur abyssale vous fera perdre de toute façon vos repères, vos certitudes. "Stare into Death and Be Still", "There is No Horizon" (quelle fin !) et plus encore "Inversion" (un joyau) illustrent à merveille le tourbillon qui vous attend.

 

Chercher un qualitatif en tête-de-gondole de cette chronique a été justement l’occasion pour moi de tenter de maîtriser ce qui ne pouvait l’être … « Quintessentiel » m’est finalement venu, dans la mesure où j’ai le sentiment que le style hétérodoxe assumé dans ce 6e album d’Ulcerate renvoie à ce que devrait être le (Death) Metal : la recherche de l’essentiel, la quête de l’inconfort, la poursuite de ses limites, si tant est qu’elles existent. Justement, les bornes, là, je ne les vois pas.

 

Et dire que j’étais tout près de laisser l’écoute de cet album de côté, enseveli que je suis sous les sorties qui mériteraient d’être chroniquées ! Merci à ceux qui ont ramené le dernier Ulcerate dans mon viseur. Sans être forcément le mieux outillé pour cela, j’ai tenté d’approcher cette œuvre méticuleuse, virtuose, proche d’être magistrale. Bref, un subtil condensé de pur Metal, dont on ne peut sortir tout à fait indemne.

photo de Seisachtheion
le 20/05/2020

5 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 20/05/2020 à 12:47:41

Ce n'est pas pas tasse de thé habituellement, mais à la lecture des premiers retours, j'ai jeté une oreille, il a l'air assez phénoménal

cglaume

cglaume le 20/05/2020 à 16:34:16

Mais c'est vrai qu'il est accro le stiche en plus !!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 21/05/2020 à 19:00:08

Je serai définitivement toujours un défenseur acharné de la thrombose m

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 21/05/2020 à 19:00:51

...ais un rapide survol de l'album ne m'a pas déplu: à creuser donc.

pidji

pidji le 28/05/2020 à 23:36:12

Bon j'ai mis le temps, mais après une première écoute, c'est carrément bon. Je vais pas tarder à me le refaire :D

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