Anna Von Hausswolff le 18/10/2022, La marbrerie, Montreuil (93)

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“La patience récompense” (Paulo Coelho. A moins que ce soit Lao Tseu ou un proverbe moldave). Certains événements relèvent de ladite récompense. Le dernier album d’Anna Von Hausswolff date de janvier 2022. Et il s’agit d’un live. Et nous continuons ici à le désigner, 11 mois plus tard, comme l’AOTY. L’album de l’année : un live ?! Quelle hérésie ! Quelle outrecuidance ! Quel non-sens ! Quid des moult créations originales sorties depuis ? Ce qui fait pourtant la force de Live at Montreux Festival, c’est sa setlist qui donne une idée précise du répertoire de la fée suédoise, et son mix qui rend compte de l’intensité dudit concert, l’ensemble érigeant l'objet au rang de ces albums live mythiques, historiques et incontournables, comme le Köln concert de Keith Jarrett, le Live after death de Iron Maiden ou encore le Live à Pompéi de Pink Floyd. Le genre de concert qui divise le monde en 2 catégories : ceux qui y ont assisté, et ceux qui auraient voulu y être. A titre personnel, j’appartenais à la seconde catégorie et je n’avais pas acheté de version physique du live d’AVH, car Dame Patience me glissait à l’oreille l'espoir de la voir sur scène et l’achat du vinyle s’imposerait ce soir-là, naturellement. Bien m’en a pris, puisque la patience récompense. C’est donc un soir d’octobre que le miracle advint. Pour quelque 700 personnes, la jauge de la Marbrerie, à 2 encablures de Paris.

 

Paris... AVH en garde un souvenir mitigé, si l’on use d’un euphémisme. D’ailleurs, elle évoque avec humour ledit souvenir sur les réseaux sociaux, dans un post qui rassemble quelques-unes de ses anecdotes de tournée : “Got sick, got better, got sick again, got a coach roach in my Mac Donald’s salad, had the best paella of my life, stayed at a typical german serial killer motel with blood stains on the broadloom, stayed at a luxury hotel in Porto, travelled in a van from Sweden to Portugal and back, got bed bugs, and last not least : didn’t bump into trouble in France !”  (“J’ai été malade, je suis allée mieux, j’ai été à nouveau malade, j’ai trouvé un cafard dans ma salade au McDo, j’ai dégusté la meilleure paella de ma vie, séjourné dans un motel de tueur en série allemand, avec des taches de sang partout, j’ai dormi dans un hôtel de luxe à Porto, voyagé dans un van de Suède jusqu’au Portugal, aller et retour, j’ai eu droit à des punaises de lit, et, last but not least, n’ai eu aucun désagrément en France !”) : la référence à la France, on la comprend tous. AVH a défrayé la chronique, fin 2021, car, alors en tournée à travers l’Europe pour une série de concerts instrumentaux, présentant son travail sur l’orgue, elle se voit contrainte d’annuler sa date à Nantes, des cathos extrémistes ayant bloqué l’accès à l’église recevant l’événement. Le lendemain, l’Eglise Saint-Eustache, à Paris, préfère se rétracter, de peur de voir fondre sur elle les hordes révulsées de l’Inquisition. Le concert a pourtant lieu, frappé du sceau du secret, dans un temple protestant, conférant à son public le statut de happy few.

 

Dans le fond, quand on assiste à un concert d’AVH dans une salle comme la Marbrerie, dans des conditions intimistes, donc, idéales, avec ces coursives en hauteur qui offrent une visibilité totale, cette cantine qui propose, avant le concert, des plats de bon aloi faits maison pour quelques deniers, aucun caniche croisé mais que des connoisseurs dépourvus de pédanterie, cette proximité avec les artistes, le public se tassant directement au pied de la scène, n’agrandissons-nous pas la famille des happy few ? C’est sans nul doute le sentiment partagé par tous, ce soir-là, au vu des sourires introspectifs esquissés sur les visages, de la communion pleine de retenue entre Anna et la foule, qu’elle fend littéralement en s’y engouffrant délicatement, au moment du rappel, pour une ultime chanson tout en délicatesse et caresses.

 

Entre-temps, elle nous aura servi de la nouveauté, mais surtout ses plus belles pièces, de The truth the glow the fall à The mysterious vanishing of Electra, en passant par le monumental Ugly and vengeful, monstre de près de 20 minutes qui convoque Dead Can Dance, la liturgie moderne, la grand messe de sorcière et le post-metal enfiévré qui invite à la transe, au frétillement de tétons et au tutoiement de l’infini. Quand on assiste à ce genre de concert indescriptible, on comprend le choix du Montreux Jazz Festival. Car l’osmose qui règne entre les musiciens relève de la magie des formations de jazz. On y épuise les riffs, fait tourner les schémas à l’envi, et on explose en chœur, après s’être lancé des regards de connivence et de discrets signes complices. La chef d’orchestre emporte sa troupe à sa suite et à la rencontre du public réceptif et conquis d’avance et le concert prend alors des allures de moments suspendus. De ceux qui vous donnent la certitude d’exister et qui se vivent comme une récompense. Ce soir-là, la mienne fut un vinyle signé.

photo de Moland Fengkov
le 19/11/2022

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2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 24/11/2022 à 15:59:00

Faut vraiment que je me penche sur son cas, depuis le temps que ça m'intrigue!

Moland

Moland le 25/11/2022 à 22:17:49

Si tu as l'occasion de la voir en live, fonce. Tu vas tutoyer l'infini, je te le garantis. Quant à sa discographie, y a rien à jeter. Que ce soit de l'instrumental pur quand elle livre un album à l'orgue ou que ce soit ce qu'elle sert d'habitude, un mélange de rock ritualiste, de post rock, de post metal, et de gothique éthéré, c'est fabuleux. Du reste, tu peux trouver chez nous les chroniques de son "Live at Montreux Festival" et l'album de son autre projet, Bada. Bonne balade ! 

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