Astrodeath - Astrodeath

Chronique CD album (33:42)

chronique Astrodeath - Astrodeath

Pour chroniquer des albums, il faut bien des qualités. On pourrait en faire une liste à la Prévert. Objectivité, ouverture d’esprit, vocabulaire, capacité à décrire des sensations auditives à l’écrit, j’en passe et des moins pires. Mais il y en a une que l’on oublie souvent, c’est de bonnes connaissances en giflologie. En effet, chroniquer un album, c’est aussi maîtriser la mesure de la claque reçue à l’écoute de ce dernier.

Pour ce faire, le chroniqueur se doit de maîtriser l’échelle de Pelmen, qui tire son nom du grand claquologue sibérien, Vasily Pelmen, que l’on voit ici en plein travail scientifique.

 

 

L’échelle de Pelmen, ou sa transcription en français selon le BEIGNET (Bureau d’Evaluation International de la Gifle, de la Nasarde, de l’Emplatrage et de la Torgnole) se décompose ainsi :

  • le coup de vent : ça te décoiffe à peine la houpette, ta chronique ne sera pas très chouette
  • la claquounette : un album qui t'a à peine percuté, pas grand chose à garder
  • la petite claque : un album qui t’a titillé, mais pas assez pour y rester
  • la bonne claque : ça te fait rosir les joues, l’album t’a mis un petit coup
  • la gifle tranquille : tu ne l'avais pas vu venir, à une note honnête tu vas te tenir
  • la gifle sèche : tu t'y attendais, la bonne note ne sera pas volée
  • la petite mandale : ça commence à faire bien mal et ça t’inspire royal
  • la mandale : tu tentes d'appeler SOS Chroniqueur Battu, dommage qu'articuler tu ne puisses plus
  • la super mandale : ta mâchoire tombe par terre, ta chronique ne sera pas une mince affaire
  • la grosse mandale : ta tronche est étalée sur le mur, le 10/10 est presque sur.

 

2019 avait été une belle année pour moi en terme de claques. J’ai pris de belles gifles, quelques mandales sympathiques et tout cela m’aura fait facilement oublier les pardonnables claquounettes.

Il semble que 2020 ne laissera pas mes joues barbues se remettre de cette année 2019 surtout avec le duo australien Astrodeath et son album éponyme qui aura l’honneur de me mettre ma première grosse mandale.

 

Imaginez un mélange entre Incesticide et Bleach de Nirvana, imaginez du Soundgarden dopé au son des Melvins, imaginez Clutch qui ferait un tribute-album à Botch. Rien de tout ça ne vous parle, franchement, foutez vous en royalement et allez urgemment vous perdre dans l’intensité de ces 33 minutes de riffs juteux et aux poils drus. Montez à pleine balle le son de vos enceintes et laissez débouler l’énergie salvatrice de ces 8 titres.

 

A la frontière entre rock très sale et métal lourd, Astrodeath est d’une sincérité palpable et d’une maturité étonnante. Les parties de guitares sonnent globalement rock/sludge mais développent un style métissé de tournures rock, blues, grunge, doom, parfois hardcore. Les riffs sont mid-tempo, gravitationnels, superbes. Les montées chromatiques sont divines (le refrain de “Mountain Of King”), les rythmiques binaires et rentre-dedans et, de fait, d’une force incroyable. C’est globalement simple et basique mais bourré de gimmicks qui donnent une vie incroyable aux morceaux (l’intro de “8th House”).

Tim Lancken, le guitariste n’est pas avare de talents car c’est aussi un chanteur ahurissant, et sa tessiture symbolise la merveilleuse rencontre d’un Chris Cornell en moins lisse, d’un Greg Pucciato en moins énervant, d’un Jacob Banon en plus audible et même d’un Kurt Cobain en plus...vivant.

Enfin, Yoshi Hausler n’est pas en reste avec ses grooves de batterie bien lourds et puissants. On est bel et bien en présence d'un véritable duo de musiciens qui savent mettre en avant leurs instruments.

 

Le son de cet album est une leçon. Fan de son, audiophile, apprenti mixeur, prenez en de la graine parce que Nick Franklin et Matt Stewart, son assistant, signent un travail de très grande qualité. 

Pour commencer, les guitares ont un grain incroyable, la saturation est dosée avec une précision chirurgicale, elle laisse toujours respirer l’ensemble, n’est ni écrasée, ni écrasante et fait crépiter les harmonies de chacune des cordes. 

La basse plus classique dans son approche sonore fait malgré tout parfaitement bien travailler les enceintes. 

La batterie est très égalisée dans le bas, un micro-poil trop en arrière des guitares parfois. Mais ce côté très mat et manquant de claquant n’affaiblit pas l’ensemble comme on le pourrait croire, au contraire par une magie de mixage que je n’arrive pas expliquer, chaque frappe, chaque coup de kick, chaque coup de cymbale est là, présent et impose le rythme autant que le respect. Et ça fait tellement du bien d’entendre des toms qui ne sonnent pas comme des poubelles Curver. 

La voix est hyper dynamique, judicieusement placée dans l’espace sonore et l’égalisation rend parfaitement la tessiture versatile de Lanken.  

En résulte une puissance sonore ahurissante, un son plein de vie qui ravira autant les amateurs des 70’s que ceux des 90’s et qui justifierait complètement d’opter pour la version vinyle et son grain si particulier. 

 

Astrodeath propose un excellent album, vivant, au son léché et à l’interprétation intense qui nous transbahute d’un style à l’autre autour d’une base sludge/rock. On ne regrette qu'une chose: c'est qu'il soit un peu court car les 33 minutes passent vite, trop vite et on a un sérieux goût de reviens-y

 

Mention spéciale au label français Black Farm Records qui a eu le nez creux en soutenant cet excellent groupe.

 

On aime : le son magnifique, la simplicité pleine d’ornements des morceaux, leur intensité, prendre une grosse mandale 

On n’aime pas : ce nouveau dentier qui n’est vraiment pas très pratique au quotidien

photo de 8oris
le 17/02/2020

3 COMMENTAIRES

Seisachtheion

Seisachtheion le 17/02/2020 à 08:22:55

Joli traité de baffologie !

cglaume

cglaume le 17/02/2020 à 11:16:57

L'exemple typique de la bonne chronique : tu n'es pas client du style, mais tu as quand même envie d'écouter pour voir... :)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 17/02/2020 à 18:09:08

La chronique qui fait qu'après faut en faire des aussi biens; encore.

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