Blacklab - Abyss

Chronique CD album (41:15)

chronique Blacklab - Abyss

Avis aux petits jeunes habitués aux productions lisses et léchées, à grand renfort de compression, de batterie triggée et vocaux parfaits revus et corrigés via autotune plus ou moins bien dosé, ce second opus de BlackLab, Abyss, est fait pour vous. Parce qu'il n'y a rien de plus lisse et parfait que de la japoniaiserie tout public, allant même jusqu'à parfaire l'image en plus du fond, telle la grande époque boys/girls band de nos années 90, avec en bonus un bon coup de chirurgie esthétique mâtiné de photoshop.

 

Non, je plaisante, les Djuliens et autres fanatiques de Five Finger Death Punch – que l'on peut comparer à One Direction version mauvais garçons avides de sensations fortes finalement (boutade) – en prendront pour leur grade avec cette plaque. Le son est juste bien cracra comme il faut, style « on te place quelques micros à l'arrache devant l'ampli où le gain a été poussé au max (les potards des effets et saturation de la pédale d'effets également d'ailleurs) ». L'autotune semble également être un lointain (mauvais) souvenir tant la nana, quand bien même son grunt rend bien, assume parfaitement d'avoir un registre clair approximatif. Et en plus, de ce duo féminin, aucune ne joue sur le décolleté, le pot de peinture et la belle gueule fantasmante.

 

Qu'est-ce qu'il reste à BlackLab finalement ? Des nanas qui aiment le doom du bon vieux temps, orienté occulte et le côté plus « léger et 'n roll parfois psyché » du stoner passé à la moulinette marécageuse du sludge. Et qui, surtout, savent nous le montrer de la meilleure des manières. Parce que si leur premier méfait, Under The Strawberry Moon, m'avait déjà bien botté l'année dernière, Abyss enfonce d'autant plus le clou aujourd'hui. Le produit pue autant la passion et l'authenticité que le caractère rance de sa mise en son. Une authenticité qui semblera faire écho à classicisme au premier abord et pourtant, le duo parvient étonnamment à se frayer une place particulière au sein du bourbier de la scène doom/sludge.

 

Abyss est déjà ce genre d'album qui paraît faussement homogène. De la simple poudre de perlimpinpin dû au côté brut et cracra de sa mise en son. Car il s'avère finalement extrêmement varié, bien davantage que son prédécesseur qui était davantage axé doom. Ici, le côté stoner/sludge que l'on voyait déjà vaguement apparaître à titre ponctuel sur Under The Strawberry Moon est bien plus assumé et appuyé. Le tout enrichi de quelques autres facettes sous-jacentes, provenant de styles autrement plus légers et accessibles, assez inhabituelles sans jamais perdre en cohérence via un bon vieux traitement de choc en mode « on sort le rouleau compresseur en chemin plus que bourbeux ». C'est ainsi qu'on découvre avec « Fade And Melt » que des riffs Black Sabbathiens se mélangent fort bien à des aspects hérités de la pop psyché afin d'obtenir des ambiances entre rituel ethnique (serait-ce ça le vaudou nippon ?) et hargne black metal. « Weed Dream » porte en lui quelque chose de très punk rock, mouvance riot grrrl, sur lequel on appose un bon rocher de vingt tonnes. Heavy/doom encore une fois Black Sabbathiens et urgence du garage punk s'entremêlent sur « Forked Road » qui sent bon le circle pit anarchique. Plus surprenant encore ce « Sleepless Night » où doom fornique avec une rythmique blues/rock bien retro avant de se conclure sur une dernière partie de morceau où l'on attendrait presque à voir débouler la voix de Jus Oborn tant elle semble tirée des archives d'Electric Wizard.

 

Outre toutes ces bonnes idées, on pourra citer ce « Sun » de clôture, vortex lourd et hypnotique, qui résume à lui tout seul la plus grande qualité que BlackLab montrait déjà lors de son précédent méfait et ne fait que confirmer d'autant plus sur ce Abyss : une aura profondément viscérale qui transcende. Même si dans un premier temps, le découvrateur n'ira pas forcément cerner toutes les petites subtilités exposées dans le paragraphe précédent tant elles sont bien intégrées et digérées lors de la première écoute, il se dégage quelque chose de cet ensemble. Un trip aussi intense que magnétique, tantôt purement acidulé/psyché, tantôt spirituel/occulte. Et que l'on ne se retrouve pas forcément face à un combo aussi lambda que l'on aurait tendance à penser en prêtant une oreille peu attentive des premières minutes. Non, elles ont de la gouaille et de la personnalité ces deux nanas. Le seul truc qui les handicape finalement, c'est qu'elles sont paumées en plein cœur de l'archipel nippon dont les frontières sont toujours complexes à traverser afin de creuser son trou en dehors.

photo de Margoth
le 28/08/2020

0 COMMENTAIRE

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements