Circle Takes The Square - As The Roots Undo

Circle Takes The Square - "As The Roots Undo"
chronique Circle Takes The Square - As The Roots Undo
2003, la scène screamo est en deuil, un an auparavant l’un de ses plus grands groupes split. Orchid n’est plus, PG.99 commence lui aussi à être en crise. Bref, rien ne va plus. Et c’est là, cette même année qu’arrive Circle Takes The Square (CTTS pour les intimes donc), groupe venant de l’Etat de Georgie va redonner un souffle nouveau à cette scène s’enlisant peu à peu dans des contrées ne leur appartenant pas. CTTS va incarner, un peu à ses dépend, le screamo moderne, un screamo sans réelles frontières, piochant ses influences autant dans le hardcore que dans la pop, tout en respectant les dogmes posés par les anciens. Commençant par une démo, quelques split, puis un premier LP assez convaincant, le groupe sort en 2003 «As The Roots Undo», album fou et magnifique, impressionnant et déconcertant.

Décrire la musique de CTTS par des mots est quasi impossible tant elle parvient à traverser l’auditeur de part en part, tant elle est puissante, variée et imprévisible. Mais en quelques métaphores et/ou comparaisons, on pourrait assimiler ce cd à une grosse douche froide suivie d’un plongeon dans l’eau bouillante, c’est un peu mettre la tête dans les toilettes et tirer la chasse d’eau, mais c’est aussi parfois comme une grosse claque dans la gueule, tout comme cette musique peut rappeler la tendresse de son premier baiser et les émotions procurées par un tel acte.
Cependant dire tout cela ne suffirait pas à la description. Mais disons que si la colère pouvait s’incarner, ce serait à travers la voix du chanteur, si la folie voulait nous toucher, ce serait à travers la batterie de ce groupe et si la beauté venait à nous atteindre, ce serait par l’intermédiaire des guitares du combo.
Voilà, décrire la musique du groupe en tant que `chose’, en tant que simple chanson est inutile, est une cause vaine. Cette musique se vit, se ressent, s’apprivoise aussi peu à peu, le groupe jouant toujours de plus en plus avec nos nerfs, nos oreilles, nos émotions.

Dire que ce groupe est différent des autres serait un euphémisme du plus bel effet, et pourtant, le groupe emprunte des éléments à tant d’autres groupes ou styles tout en les mettant à leur sauce et insufflant une personnalité folle à l’intérieur. Ce que le combo fait, ce n’est pas du screamo, ni du hardcore, ni de l’émo ou autres choses, car leur musique reflète à elle toute seule le mot «Fusion». C’est la rencontre et la parfaite harmonie entre touts les styles pouvant exister, on y retrouve de tout, que ce soit du rock, de la pop, du screamo, mais aussi du hardcore chaotique, de l’émo ou du post-rocck, etc…C’est tellement de choses me direz vous, et pourtant, à l’entendre, on a l’impression que c’est si simple, si naturel, comme si le groupe ne jouait pas, mais vivait au plus profond d’eux-mêmes la musique, une sorte d’improvisation, de connexion entre les musiciens, leurs instruments ne servant que d’interprètes à leurs âmes, à leur folie.

Musicalement on pourra tout de même rapprocher certains passages à des groupes tels que Converge pour un certain chaos régnant tout au long de l’album, la touche d’Orchid n’est jamais loin, surtout quand il s’agit de poser des vocalises hurlées sur des passages mélodiques, le sens pop et parfois expérimentale semble tout droit hérité de groupe comme Envy, et la folie pourrait sembler sortir d’albums de Fugazi pour ce côté rock enflammé. Le tout mis en évidence par une production parfois pop, et tantôt très black métal pour cette mise en avant des voix.

L’album se compose de huit titres, dont une intro, presque inutile, mais qui parvient à faire entrer l’auditeur directement dans une sorte d’angoisse, de peur de l’inconnu face à ces doux sifflements. Huit titres, c’est un peu court dirons certains, mais quand on sait qu’un grand nombre de morceaux atteint plus de huit minutes, et qu’ils s’enchainent tous plus ou moins les uns les autres sans pause, on comprend qu’ici les titres ne servent qu’à se retrouver un peu dans tout ce déluge.

«Same Shade As Concrete» arrive, premier vrai morceau, et on est tout de suite frappé par la vitesse d’exécution, cette urgence, surpris par ces deux voix qui se complètent, se répondent. Et plus surprenant encore, une voix féminine tient la vedette aux côtés du chanteur. Et pas une voie fluette, non, une fille qui hurle, mais qui chante, parle, éructe aussi, au même titre que le chanteur. Après cette surprise, c’est la confusion qui prend le dessus. Confusion face à cet aspect totalement déstructuré, éclaté en puzzle, on ne sait plus où donner de l’oreille. En même temps on est presque oppressé par l’atmosphère régnant ici, entre chaos, nihilisme des paroles et la folie des musiciens.

Quatre morceaux défilent, et on arrive à «Interview At The Ruins», pièce maîtresse de cet album. Débutant sur des airs post-rock, on passe le temps d’un instant à du pur black métal avec une voix sortie d’outre tombe mêlée à un riff tout aussi troublant, pour ensuite partir sur une ballade mélancolique et un final a cappella tout simplement mystique, magique. Tout est fait pour perdre l’auditeur, le troubler et le choquer. Il en sera de même jusqu’à la fin de l’album, sur des morceaux de plus en plus longs, et de plus en plus magnifiques. Compos où le groupe s’amuse à casser, puis à reconstruire quelques mesures plus loin la mélodie encore plus belle qu’avant.

Ce disque est l’une des meilleures des choses qui soit arrivée à la musique, bien qu’à l’écoute de ces huit titres il est difficile d’encore parler de musique tant on s’éloigne de ce qui est connu, ou fait. En s’attaquant ainsi aux acquis et en remettant autant la musique en question, le groupe ne rajoute pas une pierre au grand édifice de la musique, il a créé un mur entier. Voilà ce que devrait être le screamo à présent.
photo de DreamBrother
le 28/04/2007

3 COMMENTAIRES

viking jazz

viking jazz le 28/04/2007 à 20:11:56

rien que la pochette donne envie !

blinkboboss

blinkboboss le 16/10/2010 à 12:46:31

description PARFAITE! tu as sue trouver les mots qui me manquaient!...
ce groupe est absolument ENORME,j'n'avais jamais resszenti ca avant CTTS

frolll

frolll le 15/01/2012 à 12:00:32

vu hier soir en live au mag4 à bxl : TUERIE

et puis,

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