Dark Heresy - Abstract Principles Taken to Their Logical Extremes (réédition)

Chronique CD album (1:00:32)

chronique Dark Heresy - Abstract Principles Taken to Their Logical Extremes (réédition)

« Bizarre, vous avez dit bizarre...? »

 

« Bizarre Death Metal » est une étiquette qui conviendrait parfaitement au premier et unique album de Dark Heresy que Svart Records a décidé de rééditer l’année dernière. Mais il y a déjà trop de sous-sous-sous-genres: pour décrire Abstract Principles Taken to Their Logical Extremes on s’en tiendra donc au plus usité mais tout aussi pertinent « Avant-Garde Death Metal », toutefois préfixé d’un « Old School » qui fait évidemment référence à l’année de sortie (1995), mais plus encore à ce son typique, granuleux, parcheminé, qui fait automatiquement rejaillir derrière nos paupières mi-closes le célèbre AAD qui – il fut un temps – ornait le dos de nos CD.

 

Dark Heresy, donc, s’est forgé au siècle dernier une petite réputation dans son Angleterre natale. J’avoue que je n’en avais moi-même jamais entendu parler, mais apparemment pour beaucoup de locaux (Herman Li de DragonForce semblerait-il, mais aussi Mat McNerney de Dødheimsgard / Grave Pleasures) la formation est considérée comme « culte ». Et si l’heure de musique proposée sur son unique album ne réussit pas forcément à convaincre le cœur, la tête comprend tout à fait comment et pourquoi ce statut a été gagné. Car Abstract Principles Taken to Their Logical Extremes (on se contentera de APTTLE par la suite) est une espèce d’anomalie pittoresque qui doit autant au Death Metal sombre et torturé de Morbid Angel qu’au Black un peu décalé des premiers Gloomy Grim, le mariage des tourtereaux étant célébré par Disharmonic Orchestra au sein d’une chapelle Folk... Ça titille l'imagination, non? Et pour parachever de cimenter la « cvltitude » de la chose, sachez qu'en leur temps les loustics ont investi le célèbre Marquee Club en tant que headliners... On fait moins solides bases pour bâtir une légende! 

 

Il y aurait sans doute des comparaisons plus judicieuses que celle effectuée plus haut avec Gloomy Grim (Xuxu ou Seisach nous feront peut-être l’honneur de livrer des parallèles plus pertinents). Toutefois ce qu’il faut retenir de cette évocation du monde merveilleux des corpse paintés, c’est que certaines ambiances torturées, une prod’ souffreteuse (le groupe aurait-il économisé sur le mastering?) ainsi que le chant de Kola Krauze (autant koala que panda, donc) devraient plaire aux adorateurs de Belzedroitaubut. Cela explique d’ailleurs sans doute que Dark Heresy ait à l’époque ouvert pour Ancient Rites, Cradle of Filth ainsi que Dissection.

 

Si je laissais entendre au détour d’une phrase plus haut perchée que l’intellect est plus marqué par APTTLE que la tripaille, c’est que l’album cumule certaines de ces tares qui me ramollissent à coups sûrs mes corps caverneux. Des morceaux à rallonge (environ 10 minutes, par deux fois) peinant à maintenir la cohérence nécessaire au plaisir du mélomane. Du riff et de la rythmique de traviole à tire-larigot, avec de la dissonance et du croche-pied en veux-tu-en-voilà. Du chant clair précieux semblant émaner d'un jouvenceau à particule – qui fait naître ce même genre d’envie de « frontmanicide » que l'écoute de la plupart des albums de Misanthrope. Des langueurs Doom/Death maladives (notamment sur le long « Tyler’s Stand »). Des pâmoisons acoustiques délicates rappelant le Wildhoney de Tiamat. Du synthé jouant parfois avec la limite de nos nerfs (cf. l’harmonium pénible au milieu de « Thy Blood »)… N’en jetez plus, j’ai les nerfs comme un Crom piégé à l'intérieur du siège de campagne de Rachida Dati!

 

Forcément, tous ces travers ne mettent pas le lapin dans les meilleures dispositions. Pourtant on sent que, même au sein des plus tortueux méandres, le groupe se fait souvent un devoir de conserver un semblant de mélodie. Et d’ailleurs, quand ils concentrent leurs forces sur un format plus court, les Anglais réussissent alors à convaincre. Sur « Engines of Torture » par exemple, dont l’approche vicieuse est largement compensée par une accroche et une efficacité certaines (…et puis bon: sur le premier morceau, les tympans ne saturent pas encore). Même chose sur « Hole », dont la touche Cabaret Jazz réussit à raviver l’étincelle au fond des prunelles fatiguées. Sauf qu'une heure de zigzags vicieux et de décharges électriques dans les noix, ça finit par user. Et bien qu’amateur de tous ces hurluberlus qui essaient de sortir des sentiers battus, je dois avouer que malgré des qualités certaines, l’album de Dark Heresy ne finira pas dans ma shortlist des petites merveilles oubliées à découvrir ab-so-lu-ment.

 

 

PS: je n’ai pas pu en juger sur pièce, mais les infos données par Svart Records laissent à penser que cette réédition est particulièrement bien empaquetée. On nous promet en effet des interviews, moult notes (manuscrites, pas "de musique"), ainsi que tout un tas de flyers et de photos inédites. Avis aux fétichistes!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Abstract Principles Taken to Their Logical Extremes est de ces albums qui bénéficient du fameux statut « culte ». Quelque part entre les registres de Disharmonic Orchestra et Morbid Angel, entre les scènes Black avant-gardiste, Dark Death accidenté et Doom/Death à petit doigt en l’air, l’album comblera les fans de bizarreries extrêmes, tortueuses et sophistiquées. Pas un album pour tout le monde, donc…

photo de Cglaume
le 15/05/2020

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