Der Weg Einer Freiheit - Noktvrn

Chronique CD album (47:44)

chronique Der Weg Einer Freiheit - Noktvrn

Une chose me semble certaine à l’issue des différentes écoutes de Noktvrn de Der Weg Einer Freiheit : cet album, le 5e du quartet allemand, risque fort bien de mettre à l’épreuve celles et ceux qui – fanbase comme auditeurs plus distants – les suivent depuis leur formation en 2009, tant la volonté manifestée par ce groupe, spécialement par son mastermind Nikita Kamprad, de changer les perspectives est ici vivace, parfois même radicale !

 

Tout part d’une rencontre, d’une double rencontre en fait : celle d’un homme – Nikita – et d’un moment charnière – la Nuit –,celle d’un groupe et d’un auteur d’exception : Frédéric Chopin. Même si les autres membres – Tobias Schuler derrière les fûts, Nicolas Ziska à la basse et Nicolas Rausch à la gratte – ont contribué plus que précédemment au processus d’écriture, le vocaliste et guitariste demeure la pierre angulaire de l’édifice Der Weg : c’est à lui, d’abord, que sont revenus la rédaction des lyrics et l’enregistrement studio des lignes de chant, guitare et basse ; c’est lui, ensuite, avec l’assistance technique de Jan Kerscher, qui s’est occupé de la production et du mixage effectués au cordeau ; c’est lui, enfin, à l’occasion d’une nuit de création, qui a donné la teinte conceptuelle du nouvel album.

 

En effet Noktvrn est-il une référence à Nocturnes, la petite vingtaine de pièces dédiée à l’univers de la nuit, composées par le compositeur franco-polonais entre 1827 et 1846. Le récepteur privilégié de cette musique est alors emporté dans ce moment-miroir, la nuit, là même où se côtoient et s’entremêlent rêves et pensées, où se déploie un territoire qui, « entre apparence et réalité », décomplexe tout à la fois nos libertés et nos craintes.

 

Hameçonné par l’artwork épuré de Max Löffler, propice à moults interprétations, puis alléché par le titre bien pensé de la première pièce ("Finisterre II"), j’ai été de suite mis dans le mood par les deux petites minutes de cette intro magnifiée par la seule guitare acoustique, qui trouve un prolongement quasi naturel par les deux premières minutes éthérées de "Monument", déchirées (enfin) par un emballement très « Der Weg » ! Et oui, cela reste du « Der Weg », ce Black Metal tellement racé, élégant, raffiné même, fortement intellectualisé sans pour autant se dérober devant les lignes de force originelles de cette musique noire, qui par exemple rejaillissent avec intensité dès l’entame de l’impressionnant "Morgen".

 

Les Allemands ont toujours eu une conception très personnelle du Black Metal, mais ils proposent avec Noktvrn une véritable mue vers un BM qui change constamment de couleurs, où les épanchements crépusculaires sont ornés de belles et parfois longues coulées, tantôt atmosphériques, tantôt progressives, tantôt avant-gardiste, voire post- (très post-). Même la langue se transforme ! Ceux que j’avais qualifiés auparavant de « Goethe in Black », ne le sont plus complètement, étant donné le choix de l’anglais pour deux morceaux : "Immortal" et "Haven". Voilà une grande première, pour partie liée à l’introduction de chant clair, qui aurait été selon le frontman plus compliqué à rendre compatible avec sa langue maternelle. L’anglais teinterait mieux… Quoi qu’il en soit, l’effet n’est pas altéré. L’écoute de "Immortal" est émotionnellement déchirante, pris en tenaille entre la voix du guest Dávid György Makó de The Devil’s Trade et celle de Kamprad ! L’outro, quant à elle, est l’écrin d’un chant simple et clair (très clair), profondément mélancolique, qui s’étire langoureusement durant l’intégralité du morceau.

 

En fait, tout au long de ses 47 minutes, la 5e offrande de DWEF nous transporte dans un entredeux, d’un côté le ciel « éclairé par le feu », de l’autre « le bas d’une obscurité sans fin ». En quête de lumière et d’une lueur d’espoir, vous serez en fait emportés par « un flot nocturne de tristesse et de chagrin », pris dans un séjour ineffable de mélancolie et de douleur, un séjour qui trouve sa quintessence musicale dans les onze minutes vertigineuses de "Gegen das Licht" (la basse y est le maître instrument). Vous serez plus généralement marqué par ce travail pétri de modernité, inspiré, intimiste, propice à la confidence. Une invitation à l’intime, une « musique-état d’âme » à la sensibilité diffuse.

photo de Seisachtheion
le 17/11/2021

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 17/11/2021 à 09:34:02

Il faudrait que je me mette sérieusement à ce groupe...

Pingouins

Pingouins le 24/11/2021 à 21:43:57

La pochette, excellente dans sa simplicité, m'a intrigué, la chro m'a donné envie d'écouter, les quelques morceaux que j'ai entendu m'ont bien plu. J'approfondirai, merci :)

pidji

pidji le 30/11/2021 à 22:21:04

Du coup j'ai écouté l'album en entier, c'est très bon.

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