Die Krupps - Vision 2020 Vision

Chronique CD album (56:39)

chronique Die Krupps - Vision 2020 Vision

Chargé ras la cuvette en EBM qui donne envie de se secouer le sac à wurst sur le tanzfloor, ainsi qu’en riffs Indus manufacturés par les meilleurs ouvriers des chaînes de production de la Ruhr, Vision 2020 Vision s’insère au poil de Luc près entre la boîte à tubes The Machinists of Joy et le plus « Mad Max Metal » V – Metal Machine Music. Et ce jusque dans son visuel où cohabitent la trombine à Ray-Ban de Jürgen Engler – qui renvoie à la pochette de l’opus de 2013 (mais si) – avec une Maison blanche en flammes annonçant l'ère post-apocalyptique de l’opus de 2015. La chèvre, le chou… Et la bière: parce qu'ici on cause Germanie, Metal et vie nocturne. Les choses semblent donc claires: ce nouvel album offre un peu de tout pour un peu tout le monde, l'ensemble des ingrédients étant dès lors réunis pour que Die Krupps fête ses 40 ans (‘de dieu, déjà??) au plus haut de sa popularité et de sa verve créatrive.

 

...Ou presque.

 

Non parce qu’en fait le chapitre consacré aux joyeux machinistes reste largement au-dessus du reste de la production diekruppsienne de ces 10 dernières années. Car si Vision 2020 Vision a effectivement plein de bonnes choses à offrir à nos impatientes oreilles, il travaille aussi pour le lobby des dentistes en s’assurant que nos dents grincent à intervalles réguliers. On va donc commencer la chronique présente en crevant ce gros abcès, parce que la balance a tendance à nettement pencher du côté sac-à-pus au terme des écoutes nombreuses de ce nouvel album... Et qu’on ne va pas pouvoir retenir la bile un paragraphe de plus.

 

Pour commencer: oui, certes, l’efficacité allemande, « Deutsche Qualität », blah blah blah… Il faut le reconnaître, une fois de plus Die Krupps s’avère hyper rentre-dedans, sait appuyer là où ça fait bouger la nuque, et propose exactement ce à quoi on s’attendait. Mais ceci à un prix: zéro risque (ou presque. On en recause plus tard), et l’application systématique et paresseuse d’une formule qui a fait ses preuves mais qui finit par gaver quand on a finalement mis le doigt dessus. De la même manière que vous n’arrivez plus vraiment à écouter ce que vous dit votre collègue Bruno depuis que vous avez remarqué qu’il ponctue 4 phrases sur 5 de « j’veux dire » irritants, on se met à avoir du mal à adhérer au propos de Jürgen Engler quand on réalise que quasiment tous les titres passent par les mêmes phases:

1. démarrage sur une boucle Electro / EBM qui fait swinguer la tourneuse-fraiseuse

2. ajout d’une grosse couche de riff Indus aussi mécaniquement implacable qu’artistiquement simpliste

3. retrait de la guitare pour laisser le maître des lieux blablater sur des bidibips enjoués

4. Et bam, refrain

 

Ce qui nous amène au 2e chef d’accusation. La pauvreté absolue des refrains. OK, on parle de Teutonic Dance Machine Metal, m’enfin quand même. Car ces récurrents appels à la communion musicale ne se contentent pas d’être tiédasses: certains ruinent carrément des titres qui, sinon, auraient pu avoir une destinée tout autre. Je me contenterai des 2 exemples les plus emblématiques de cette faiblesse. « Obacht » tout d’abord, dont la force de frappe le prédestinait au Hall of Fame de The Machinists of Joy, mais qui, au lieu de cela, se vautre comme une merde sur un refrain au sex-appeal digne d’un junkie édenté. Même constat pour « Allies », morceau qui mêle habilement tension dramatique et parfum subtilement 80s, jusqu’à ce qu’arrivent des « Lies lies… » qui donnent envie de se couper les veines. Ou celles de son voisin. C’est d’un pauvre, Mein Gott!

 

« Bon, il a fini avec ses jérémiades le lapin? »

 

Hé non… Car il faut encore fustiger le pilotage automatique sans passion de « Welcome To The Blackout » et « Active Shooter Situation », et plus encore l’horrible « Fuck You », morceau plus primaire et plat qu’une sole de l’ère mésozoïque, qui exprime sa révolte avec la pertinence et la répétitivité d’une IA de cour de récréation, et qui sample Donald Trump avec la subtilité d'un Ice T s'essayant à l'Indus sur le titre « Born Dead ». Lamentable… Et même les meilleures intentions (rendre hommage au Genesis de Peter Gabriel, ce dernier ayant avoué par le passé avoir été influencé par le premier album des Allemands) se retrouvent à paver l’enfer ici créé, la reprise de « Carpet Crawlers » dénotant plus qu’elle ne contraste, les limites du chant de Jürgen n’ayant jamais été aussi évidentes et provocatrices d’une gêne certaine chez l’auditeur…

 

Mais qui dit Die Krupps dit également convulsions incontrôlables du corps, déhanchements sous la boule à facettes de la batcave, et gros beats qui butent. Il faut donc être équitable et avouer le plaisir pris à l’écoute du très sexy « Trigger Warning », reconnaître l’habile mélange de tension et de velours à l’œuvre sur un « Wolfen » à l’atmosphère immersive, lever le pouce sur un « Extinction Time » qui ravira les fans de Punish Yourself et Ministry… J’en passe et des moins-sympas-mais-tout-à-fait-potables-quand-même.

 

Du coup, dur de bouder durablement dans son coin.

 

N’empêche, malgré quelques titres hyper séduisants, Vision 2020 Vision laisse sur une sensation plutôt amère. D’autant que beaucoup des déceptions se retrouvent regroupées sur la 2nde moitié de l’album, ce qui – une fois de plus – fait regretter que la tracklist n’ait pas suivi un régime amincissant. Il n’en reste pas moins que les fans inconditionnels sauront trouver ici largement de quoi continuer à révérer leurs idoles, tandis que les amateurs dont le sens critique n’est pas aveuglé par une dévotion aveugle trouveront cette Vision moins séduisante que celle proposée sur les sorties précédentes du groupe. M’enfin celui-ci ne passe-t-il pas l’intégralité de cette petite heure à nous expliquer que dans ce monde tout va de plus en plus à vau-l'eau? N’est-ce pas après tout la meilleure façon d’illustrer son propos?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: continuant sur son habile mélange de Metal Indus et de Teutonic EBM, Die Krupps poursuit sur la lancée des 2 albums précédents, mais nous déçoit en partie, la faute à trop de facilité, de simplicité, d’approximations et de loupés. Vision 2020 Vision fournit certes assez de munitions pour recharger le magasin de la mitraillette Tanz Metal, mais l’arme a tendance à s’enrayer un peu trop souvent. N’empêche, après 40 ans d’activité, un tel résultat reste largement honorable…

 

 

 

photo de Cglaume
le 02/03/2020

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