Evile - Hell Unleashed

Chronique CD album (41:45)

chronique Evile - Hell Unleashed

La liste des chroniques disponibles sur CoreAndCo en atteste: le lapin qui vous cause est un gros fan de Thrash. Pourtant la surabondance de skeuds affiliés au genre sous laquelle furent placées les années 2005 à 2010 – grosso domie – ne m’a que moyennement offert d’occasions d’avoir la truffe humide. Il faut dire que si mon premier contact avec la vague Revival Thrash a été carrément Yummi! (grâce au très bon Hazardous Mutation de Municipal Waste), la deuxième couche fut carrément moins inspirante. Celle-ci a pourtant pris la forme d’un album remportant alors pas mal de suffrages: Enter The Grave, des Anglais d’Evile.

 

[voix de narrateur]Voilà donc expliqué le pourquoi de la faible couverture discographique dont bénéficie en ces lieux le combo aujourd’hui ausculté. Par ma barbe: les mystères se dissipent les uns après les autres![/voix de narrateur]

 

Alors OK, tout comme on est conscient que les albums de Swedeath vont forcément coller fort aux basques d’Entombed et de ses lieutenants, on se doutait bien que ces petits jeunots portés sur la nostalgie des vastes à patches n’allaient pas faire dans la surenchère imaginative. N’empêche: les copier-coller effectués par Evile s’étaient avérés vraiment trop nombreux et flagrants pour que l’on puisse en faire abstraction, ce qui nous avait gâché tout le plaisir pourtant pris à cavaler à rase-bitume dans les virages (pour vous faire une idée: le thermomètre d’époque affiche une température bien tiède).  

 

De l’eau, de la bière et quatorze années ayant coulé sous les ponts, on pouvait espérer que la longévité du groupe – qui sort ici son 5e album – soit synonyme de courbe qualitative ascendante. Avec au final moins de remarques désobligeantes et de « Fait rien qu’à copier sur son voisin » à griffonner dans la marge. Et à vrai dire ça n’est pas loin d’être le cas, comme dirait l’autre. Même si l’élève mérite encore qu’on lui glisse un « Peut néanmoins mieux faire » en bas du bulletin. On passe à la ligne et on fait le point sur tout ça.

 

Si pas plus tard que ‘y a pas longtemps les Anglais singeaient encore beaucoup les hauts faits de Slayerlica et ses amis de la Bay Area, Hell Unleashed s’engage à présent dans une direction un peu moins urbaine, un peu plus guerrière. Sur une bonne moitié des compos, pour peu que l’on fasse un léger pas en arrière, on a en effet  l'impression d'entendre en filigrane les riffs d'Arise. Le 4e opus de Sepultura, parfaitement, le morceau-titre de ce skeud béni ayant manifestement servi à concocter tantôt une intro (« Hell Unleashed »), tantôt des couplets-voire-plus-si-affinités (« Paralysed », « War of Attrition »)… Mouais, il ne copie plus sur le voisin de droite Mister Evile, mais c’est pour mieux mater par-dessus l’épaule de celui de gauche … Quoique si, le voisin de droite se fait lui aussi encore et toujours ponctionner: la preuve sur le début d’« Incarcerated » qui, rapidement, montre des signes de métissage entre « Dead Skin Mask » et « South of Heaven ».

 

[Tante Adèle]Dites voir: et si les gugusses tentaient une analyse? En prenant mieux conscience de leurs traumas infantiles, peut-être les petits gars d’Evile sauraient-ils dépasser leurs influences et pourraient-ils ainsi se [re]construire afin d’aller enfin de l’avant pour tracer leur propre route? [/Tante Adèle]

 

A creuser. Quoique la psychiathrashie reste une discipline à inventer.

 

C’est donc un virage plus extrême qu’entreprend Eve Ayle (ce serait plus sexy. Non? Surtout avec un album intitulé Hélène Licht) sur ce nouvel opus. Et la raison de ce revirement relatif trouve sans doute sa source dans le départ de Matt, moitié de fratrie Drake qui, jusqu’à Skull, tenait les postes de chanteur et gratteux rythmique. Sans lui le chant perd en jameshetfielderisme, tout comme les compos d’ailleurs qui prennent un peu de poils et de gras. Et Ol – l’autre moitié de la fratrie, qui reste à bord et s’occupe à présent de malmener le micro – d’en profiter pour affirmer bien haut que ses influences ne proviennent pas toutes de Reign in Blood et Ride The Lightning. Matez donc en piste #7: vous observez là une reprise – la première que le groupe ait jamais enregistrée si l’on en croit le discours officiel – de Mortician! Oui oui. Le souci c’est que sans la disto’ grésillante, la BAR déchaînée et les vocaux gerboulants de Will Rahmer, le titre perd en charme pour finir carrément comme LE morceau traîne-la-patte de l’album. C’est ballot. Et même quand le tempo accélère, la chose s’avère tellement basique comparativement au reste de la prestation des Anglais qu’on peine à s’empêcher de jeter un coup d’œil à notre montre…

 

Malgré tout le tableau n’est pas si noir. Parce que crénom, sur ces 40 minutes le tempo est vraiment élevé, sans pour autant que la lassitude jamais ne poigne (si si: subjonctif du verbe poindre). Parce que celui-ci est non seulement élevé, mais également trépidant, haletant. En cela les Anglais ont saisi ce qui faisait la force de Sepultura. Par ailleurs Ol Drake est toujours ce soliste hors pair qui nous gratifie très régulièrement de bons petits leads aussi fulgurants que bien sentis. Et puis on ne peut nier que les deux premiers morceaux sont une franche invitation au kiff thrashophone, le mélange américano-brésilen obtenu par cette réappropriation de l’œuvre ‘pulturienne étant franchement jouissif. On valide également avec force enthousiasme un « Disorder » plein de plans croustillants, un « The Thing (1982) » qui fait honneur au film de John Carpenter, ainsi que le fulminant morceau-titre que vous connaissez peut-être pour l’avoir entendu en tant que porte-étendard de ce nouvel album.

 

Donc non, le nouvel Evile risque fort de ne pas finir en haut du podium Thrash 2021, parce qu’il reste encore un peu trop sous influence. Par ailleurs, en dehors des quelques titres cités dans le précédent paragraphe, il peine trop souvent à développer une accroche durable. Mais l’énergie qu’il déploie, et le savoir-faire technique dont il fait preuve (tant au niveau de la maîtrise instrumentale qu’à celui du travail de composition) le maintiennent sans mal dans le peloton de tête des combos qui bottent les fesses avec le plus de vigueur. Maintenant à vous de voir si ces 9 titres evile le coup que vous mettiez la main au porte-monnaie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: son frangin parti, Ol Drake se retrouve à présent seul aux commandes. D’où le troc des 3 barils de Metallica pour 1 baril de Sepultura période Arise. Plus méchant, peut-être même plus véloce, le Evile nouveau est toujours aussi pertinent lors des solos et expert dans sa confection de plats de spaghettis riffés. Mais il reste encore trop impersonnel pour qu’on s’y accroche plus que de raison.

 

 

photo de Cglaume
le 22/04/2021

3 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 22/04/2021 à 20:22:10

Et mais c'est bien ça.

fingal

fingal le 26/04/2021 à 13:47:59

Très bien résumé. Je dirais qu'au final, et même après plusieurs écoutes, c'est plutôt bof. Ta note est bien gentillette au final.

cglaume

cglaume le 26/04/2021 à 14:20:13

C'est les encouragements du conseil de classe haha

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