Exocrine - Maelstrom

Chronique CD album (41:29)

chronique Exocrine - Maelstrom

J’en vois déjà qui soupçonnent et maugréent, persuadés que la mafia bordelaise a un dossier « à la Benjamin Griveaux » sur ma pomme, et qu’elle s’en sert pour me fait chanter. Ou alors que je couche avec l’adjointe à la culture de la préfecture de Gironde. Comment expliquer sinon cette pluie de bonnes notes et de gloussements extatiques provoqués par les albums successifs de Gorod et Exocrine? Eh bien non, désolé de te décevoir ami théorieducomplophile: l’ex-bastion de Juppé abrite deux formations aussi excellentes que manifestement infaillibles… Ici je ne suis qu'un chroniqueur-simple-spectateur qui rapporte ce qu'il entend, sans intérêt dans la partie autre que la satisfaction d'écouter de la bonne musique à haut potentiel addictif. Pour toi il faudrait saquer un album de temps en temps, même excellent, histoire de garder une crédibilité critique? 

 

… Eh bien sacrifions cette dernière. Car Maelstrom, le 4e album de ceux qu’on va de moins en moins pouvoir appeler « les benjamins », porte bien son nom: c’est une puissante bourrasque sonore qui emporte tout sur son passage, y compris notre totale adhésion. Ce n’est ni un nouveau changement de batteur (exit Michaël Martin, welcome Théo Gendron), ni une approche un brin plus expérimentale (on en reparle…) qui vont changer la donne. Au contraire: cette nouvelle sortie est encore plus reluisante et plus robuste que les précédentes – pour autant que cela soit concevable.

 

Alors pour ce qui ne change pas: Exocrine pratique un Death Metal d’artistes chirurgiens-bûcherons qui fait aussi mal quand il heurte la mâchoire qu’il subjugue quand il abreuve les connexions auriculo-synaptiques. Les guitares virevoltent et bourdonnent avec la véhémence d’un essaim de drones-bourdons. La section rythmique déclenche à elle seule une apocalypse cybernétique. Et pourtant l’auditeur ne se fait pas (…seulement…) pulvériser comme un vulgaire moucheron. Car les angles de cette mâle frénésie métallique sont arrondis par la lime de majestueuses mélodies, d'une accroche imparable découlant d’une grande intelligence de composition, et de magnifiques drapés progressifs qui, en habillant de napperons en dentelles le marteau-piqueur bordelais, produisent de saisissants effets de contraste. Gorod, Kronos, Carcariass, Necrophagist, Decapitated sont certains des noms qui traversaient déjà l’esprit en écoutant Molten Giant, et qui s'en reviennent aujourd'hui encore – de ce point de vue pas de changement majeur. Par ailleurs, pour délaisser un instant les oreilles au profit des mirettes, on remarque que le groupe conserve un goût très sûr en matière de pochette qui bute, la thématique « bébête colossale qu’il vaut mieux ne pas faire chier » étant cette fois déclinée dans sa dimension balnéaire, pour un effet maximum.

 

Mais comme on dit par là-bas: « Dans le vignoble, si point n’avance point n’est noble ».

(Ou pas. Ce dicton a été inventé de toutes pièces. Qui a dit qu’on ne pouvait créer des aphorismes sur mesure d’abord?). Et Exocrine a manifestement l’intention de devenir un baron du genre. Car petit à petit, sans aucune concession en termes de technicité, de brutalité ou de mélodicité, la formation s’ouvre à plus d’expérimentations. Devient plus « progressive », si vous voulez. Dès le morceau-titre – qui ouvre l’album – après que les sabres-lasers à 6 cordes aient zébré l’espace et que nos molaires aient été déchaussées, on voit apparaître – non? Si!!! – un discret chant féminin.

 

« Quoi? Venduuuuuuuuuuuuuuuuuus! »

 

Taratata. Ecoutez le morceau, ramassez vos dents, et on en reparle.

 

On passe sur « The Kraken »… introduit par un scintillement électroïde.

 

« Quoi? Le groupe veut singer Carpenter Brut? Ou The Algorithm? »

 

Arrête de faire ton Zemmour l’ami: quand les guitares ne tricotent pas avec majesté, le morceau tartine sévère – Julien Truchan ne serait pas venu gruîker en guest s’il avait s’agit d’une reprise chiptune de « Tata Yoyo ». Et quel que soit l’endroit de la tracklist où l’on pose l’oreille ou presque, c’est ce même genre de surprises qui nous attend. De l’emphase orchestrale sur « Abyssal Flesh ». Un soupçon de douceur jazzy-bucolique sur « The Wreck ». Des notes de piano éparses sur fond de saccades à la Decapitated sur « The Kraken » (encore lui). Et pas moins de trois morceaux qui concluent chaque tiers de l’album par le spleen d’une trompette s’épanchant sur fond de ressac océanique.

 

Conséquence de cette surabondance de bon karma, il est relativement difficile d’extirper des titres favoris de cette cuvée 2020. Néanmoins, quand Pidji va me demander quel titre passer dans sa Nième émission de CoreAndCo Radio, il y a de grandes chances que ça se joue entre « Orbital Station », « Starvation Project » et « The Chosen One ». A un cheveu. Je vous invite donc à écouter ces titres en priorité quand viendra l’heure de vérifier si « c'est du pipeau ou pas les élucubrations du cglaume ».

 

Alors c’est sûr, si pour vous le Death est forcément synonyme d’humeurs suintantes, de chairs pourrissantes ou d’effluves suffocantes, vous allez peut-être respirer un peu trop à votre aise à l’écoute de Maelstrom – dont la prod est parfaite, mais que les nécrophiles trouveront forcément trop clinique. Mais si comme moi vous avez autant aimé le dernier Beneath The Massacre que le dernier Gorod, vous allez être conquis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Ascension <= Molten Giant <= Maelstrom. Eh oui, le Death implacable, incroyable et délectable d’Exocrine a réussi à graver un échelon de plus sur l’échelle de l’excellence Brutal-Tech-Mélo-Death-métallique, en incluant cette fois des éléments un peu plus Prog / osés qu’auparavant (de la trompette, quand même!), sans pour autant renoncer à rien de ce qui fait qu’on aime le groupe. Yummi!

photo de Cglaume
le 25/06/2020

15 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 25/06/2020 à 10:40:45

Alors : OUI.
C'est toujours un grand oui, même si j'ai dû me faire à l'aspect plus sophistiqué que ses prédécesseurs. M'enfin, ça tartine quand même méchamment.
Pas facile le choix pour la radio... j'aurais hésité entre The abyssal flesh et les deux titres d'ouverture, comme quoi, tout est bon dans ce disque ! Enfin l'adjoint à la culture de Bordeaux c'est Fabien Robert. Bon courage, n'oublie pas le beurre.

Seisachtheion

Seisachtheion le 25/06/2020 à 11:00:52

🤤

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/06/2020 à 12:01:55

J'ai hésité à rapprocher vraiment le groupe de Griveaux mais ça a l'air bien.

Kriss

Kriss le 25/06/2020 à 19:04:50

Bonjour pour information et formation de l'oreille c'est une trompette et un bugle et non un saxophone 

Kriss

Kriss le 25/06/2020 à 19:06:24

Bonjour pour information et formation de l'oreille c'est une trompette et un bugle non un saxophone 

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/06/2020 à 19:25:18

Bonjour pour information et formation de l'oreille c'est une trompette et un bugle non un saxophone

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/06/2020 à 19:25:36

Bonjour pour information et formation de l'oreille c'est une trompette et un bugle non un saxophone

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/06/2020 à 19:26:35

ça vaaaaaaaaaaaaa !!!!!!!!!! Si on ne peut plus rigoler sur du "Tech-Death brutal et proggy à la fois" !!!

Sylvain

Sylvain le 25/06/2020 à 19:53:35

C'est bien de la trompette par l'excellent Chris Gendron.
Merci à tous pour votre soutien

Seisachtheion

Seisachtheion le 25/06/2020 à 20:35:55

Théo Gendron, une machine... 

cglaume

cglaume le 26/06/2020 à 08:27:54

Désolé pour cette approximation: je corrige. En tous cas le contraste est très bon !

pidji

pidji le 28/06/2020 à 22:39:00

J'ai essayé d'écouter, mais ce son de double pédale, non merci, c'est vraiment pas pour moi. Je croyais que le trig était devenu has-been ?

8oris

8oris le 03/07/2020 à 15:23:45

Je suis fan de Gorod, archi-fan de BTM , méga-fan d'Archspire et pourtant, je n'ai pas vraiment apprécié cet album. J'ai trouvé ça long, lourd, touffu, plein de passages inutiles, les changements rendent les morceaux trop patchwork et trop random , je me suis perdu environ 1418 fois et le son n'est pas gégé et comme dit Pidji, le kick est juste abusé (la snare aussi en passant) et comme il y a du tapis de double de partout, c'est encore plus cramable. Les cuivres sont sympas, m'ont un peu certains Cephalic Carnage, la folie en moins, l'originalité en moins aussi. Idem pour l'intro piano de Galactic Gods, sympa mais un peu fastoche, du bon vieil arpège des familles et qui en plus enchaîne avec un truc mais alors rien à voir. J'ai l'impression qu'ils avaient trouvé un super plan en sweep et qu'ils ne savaient pas où le mettre du coup, hop, on en fait une intro..
Bref les mecs taquinent sérieusement, c'est évident mais c'est clairement pas suffisant pour moi, ça manque d'unité et clairement de finesse, ce qui fait la différence entre du bon gros technical death qui tâche et de l'excellent technical death. ;) qui fait tâche! ;)

cglaume

cglaume le 03/07/2020 à 18:08:46

A ce point ? Pas sensible du tout aux accroches (c'est ce qui me parle le plus perso) ? Le mystère des goûts et des couleurs... On ne peut jamais être sûr à 100%...

8oris

8oris le 05/07/2020 à 15:58:43

Non, vraiment, je n'ai rien trouvé de marquant dans cet album mais comme tu le dis si bien, c'est une histoire de goûts. ;)

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements