Five Alarm Funk - Anything Is Possible

Chronique CD album (01:02:52)

chronique Five Alarm Funk - Anything Is Possible

À moins d’une violente déconvenue qui rompe le contrat de confiance établi avec le groupe qu’il chérit, l’obsessionnel ne s’arrête que lorsqu'il a mené sa quête jusqu’à son terme. Or, pour le moment, nulle déception n’est venue entacher la découverte des albums successifs de Five Alarm Funk, bien au contraire. Il n’existe dès lors aucune raison pour que votre interlocuteur cesse d'explorer à reculons la discographie des plus musicalement cosmopolites des Canadiens…

 

…Là, comme ça vous avez le pourquoi de cette chronique d’un album de 2010 en pleine mi-2024.

Car auparavant – vous le sauriez si vous étiez plus assidus – il y a déjà eu en ces lieux standing ovations et gloussements ravis pour saluer la saine euphorie provoquée par les antidépresseurs discographiques intitulés Big Smoke (2020, 9,75/10), Sweat (2017, 9/10), ABANDONEARTH (2014, 9,5/10) et Rock the Sky (2012, 8/10)… Une véritable folie douce ce groupe, je vous jure : baignez-vous dans leurs eaux pétillantes et chaleureuses, vos psy me remercieront.

 

Ce périple effectué en moonwalk nous ramène donc aujourd'hui en 2010, afin d'y célébrer la sortie d'Anything Is Possible, le 3e album. En l’abordant, on s’attend à tout, vu la teneur de ce titre anxiogène (Tout est Possible !) faisant redouter le pire à qui souhaite retrouver tel qu'il l'a quitté le Five Alarm Funk qu’il connait et aime tant.

… Après un court instant de doute – qui aura duré mêmes pas deux minutes, « Infernal Monologue » enchaînant chœurs enfantins approximatifs et mise en marche quelque peu laborieuse – nous voilà vite rassurés :

 

« There is only one thing on my mind tonight Babe, and it’s to Funk ! »

 

C’est via la voix du frère jumeau blanco de James Brown – i.e. celle de Tayo Branston, également batteur – que le groupe réaffirme la ligne de conduite à laquelle il ne compte a priori jamais déroger : disto’ juteuse, swing insolent, rythmique enlevée, percus égrillardes, cuivres brûlants et basse dodue, l'orgie instrumentale résultante ayant pour but d’accoucher d’un Funk bien Rock, gorgé de vie – et même, si si, ces choses-là se sentent, de cyprine. Pas de clavier, non, les Canadiens préférent que ça claque via des beats énergiquement marqués, un duo de guitares fringantes, et des cuivres qui sont seuls chargés de mettre de l’huile. Le synthé, l’orgue, tout ça c’est bien beau, mais ça clignote un peu trop : au programme ici ce sont des coups de soleil que l’on veut, pas de l’écran total crémeux.

 

Oui, bon, c’est vrai : on affirme crânement que ça fonke et que ça roule-et-roque, mais ceux qui connaissent les loustics savez que ça n’est pas tout, loin de là. En effet nos Canadiens aiment également le Ska, les déhanchés latino, le Surf Rock, un brin de Reggae, et bien sûr les piments mariachis, le tout généralement cuisiné en mode instrumental, sauf quand Tayo décide de montrer qu’il peut assurer derrière le micro « … like a Sex Machine, man ».

 

La tracklist s'avère particulièrement généreuse, avec 14 titres pour plus d’une heure : cela signifie normalement des hauts – si tout fonctionne ainsi que sur les albums suivants – mais aussi, fatalement, des bas – on croise les doigts... Des hauts, c’est surtout de cela dont il s’agit (… OUF !). Sur la superbe traversée du désert mexicain de « Titan ». Sur la généreuse salade « Demons Be Gone ». Sur la joyeuse chevauchée Surf’n’Ska de « Doctor Child ». Sur la pétillante jamesbrownerie « Payday ». Et plus encore sur mes deux favoris – on a le droit d’avoir ses chouchous, non ? – « Zenith Escalator » (l’accueil en fanfare Funk par excellence) et « UK 47 » (trépidante poursuite en voiture sur les routes de Floride, permanente au vent et pattes d’eph’ par-dessus les ‘tiags).

 

On a également évoqué « des bas » ? Oh, trois fois rien. En dehors de cette première piste un peu empâtée, on peut éventuellement évoquer « Cave of the Gypsy Troll », qui nous avait fait baver avec son titre croustillant, mais qui, malgré des percus et une basse à l’affût, s’avère trop coulant, trop flappi pour faire la course au coude à coude avec ses camarades de tracklist. « Soft Six » offre quant à lui une pause plus mélancolique, sa valse introductive, son spleen cuivré, son accordéon même, n’offrant – sur sa première moitié du moins – que peu d’occasions de pratiquer le limbo et les blagues de Toto.

Et puis il y a cette démarche, déjà relevée sur Rock the Sky, à laquelle ma pomme adhère moins aisément que le fan de Jazz : cette tendance à ne faire rien d'autre qu'alterner les solos sur une trame musicale plus ou moins fluctuante, plutôt que d’empaqueter des morceaux plus classiques, plus structurés, plus clairement délimités. Notez qu’il s’agit plus là d’un feeling que d’une vérité à prendre au pied de la lettre, les Canadiens ne proposant dans les faits rien qui ressemble à une jam session.

 

Quoiqu'il en soit, ça y est, voilà encore un jalon validé : « Level 5 completed » !

 

Décidément, quel pied ce parcours de discographie ! Surtout que les boss de fin de niveau sont plus du genre à offrir l’apéro qu’à nous canarder avec des bombes à eau. Du coup j’ajoute fissa « Zenith Escalator » et « UK 47 » à ma playlist Best of Funk, et je saute de ce pas sur Voodoo Hairdoo, la cuvée 2008. Vous avez compris : on en recause en ces lieux pas plus tard que bientôt !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : le contrat de confiance Five Alarm Funk, c’est la garantie d’une disto’ bien juteuse, d’un swing insolent, de rythmiques enlevées, de percus égrillardes, de cuivres brûlants, et d’une basse joliment dodue, l’orgie musicale produite faisant copuler joyeusement Funk, Rock, Ska, Musiques latines et Surf Rock dans un grand Rhaa Lovely vitaminorgasmique. C’est cette vérité, pas démentie une seule fois depuis maintenant bientôt 15 ans, que Anything Is Possible vient marteler à ceux qui savent pertinemment que la musique kiffante ne se réduit pas aux sorties des 2 derniers mois.

photo de Cglaume
le 18/05/2024

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